ACTION DU FROID
suivant l'intensité de son action, à de l'éry thème, à de la vesication, ou à des gangrènes plus ou moins profondes. Toutes choses égales, les parties les moins volumineuses et les plus éloignées du cœur subissent les altérations les plus considérables. L'élude expérimentale des modifications que le froid apporte dans l'état des parties et dans leurs fonctions permet de s'expliquer la production de ces lésions. Sous son influence, les vaisseaux se contractent, probablement par action réflexe, en même temps que les tissus pâlissent et se rétractent ; le spasme vasculaire peut aller jusqu'à l'effacement complet du calibre et à la suspension du cours du sang. Hunter a montré que l'on peut inciser ou sectionner sans provoquer d'écoulement sanguin l'oreille d'un lapin que l'on a maintenue pendant une heure dans un mélange réfrigérant. Si l'application du froid est de longue durée, le rétrécissement des vaisseaux peut persister pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines; la coarclalion des veinules paraît être plus durable que celle des artérioles, el ce fait contribue à produire une tuméfaction œdémateuse des parties (1) . Quand la chaleur revient, la dilatation succède à la rétraction des vaisseaux el l'anémie locale fait place à l'hypérémie. Celte congestion secondaire peul entraîner par elle-même, lorsqu'elle est très intense, de graves désordres, et elle semble favoriser souvent la production de l'œdème, de l'inflammation et de la gangrène. Cohnheim lie l'oreille d'un lapin et la plonge dans un mélange réfrigérant: quand il lève la ligature, il voit se produire, si la température du mélange est de — 3° à — 4° une hypérémie intense, mais passagère; si elle est de — 7° à — 8°, nn œdème léger; si elle est de — 10 à — 12°, un gonflement considérable; si elle est de — 18 à — 20, l'inflammation suppurative et la gangrène; aussi esl-il dangereux de réchauffer trop rapidement les parties congelées.
Le sang se solidifie à une température peu inférieure à 0°; les vaisseaux se trouvant ainsi oblitérés, l'interruption de la circulation amène promptement la gangrène. Dans les mêmes conditions, les globules rouges s'altèrent; ils prennent un aspect crénelé (Pouchet); leur matière colorante se dissout dans le plasma et imprègne les tissus; les globules blancs perdent leurs mouvements amiboïdes et meurent. Si la température tombe au-dessous de 15°, la lymphe se congèle ; on peut trouver les principaux vaisseaux remplis de sang coagulé; les thromboses veineuses sont une source d'embolie pulmonaire. Les nerfs, d'abord excités par le froid, d'où les douleurs et les crampes, perdent ensuite leurs propriétés physiologiques (d'où les
0) Tédenat, Des gelures, thèse d'agrégation, 1880.
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paralysies motrices, sensilives et vaso-motrices); la myéline se coagjjtei se fendille et subit la dégénérescence Wullérienne ('filiaux et Grancher); les muscles sont également altérés dans leur structure; leurs libres se divisent onsarcous éléments; le froid dissout le ciment qui les unit; ils subissent une dégénérescence graisseuse rapide; ainsi que nous l'avons vu déjà, les altérations s'onl plus marquées dans les extrémités; en raison de leur gracilité et de leur éloignement du centre circulatoire, elles résistent moins. L'expérience suivante montre bien l'influence qu'exerce l'épaisseur des parties sur leur résistance au froid : on applique un thermomètre sur la face interne d'une joue et de la glace sur sa face externe ; on peut, au bout d'une heure, constater un abaissement de 8° si le sujet est maigre, tandis qu'il n'est guère que de 3° s'il s'agit d'un sujet gras.
Lorsque la congélation a duré peu de temps, les parties peuvent revenir rapidement à leur état normal, autrement il se produit des lésions consécutives de nature phlegmasique, avec ou sans perte de substance : les artères restent épaisses et enflammées, et leur calibre est diminué ; les os et les articulations peuvent être également le siège de phlegmasies ebroniques; ils se ramollissent, se creusent de cavités remplies d'un liquide souvent purulent ; ils sont fragiles ; leur périoste se détache; M. Legouest les a trouvés ramollis au delà des limites apparentes de la gangrène. Les cartilages articulaires sont érodés et décollés. Les nerfs s'enflamment et s'épaississent; M.Nicaise a trouvé, chez un sujet mort seize jours après une congélation, le nerf plantaire interne aussi gros que le cubital ; la névrite a, dans plusieurs cas, déterminé la production du mal perforant (1); celte môme altération peut secondairement se propager à la moelle et y déterminer des lésions qui, suivant leur siège, donnant lieu aux symptômes de l'ataxie, à des paralysies ou à des troubles trophiques (2).
L'action locale du froid peut se faire sentir à distance. Wihtërnitz a constaté que l'application de compresses imprégnées d'eau glacée sur l'avant-bras élève la pression dans les ramifications nées de l'artère principale en même temps qu'elle diminue la quantité de sang en circulation; le tracé sphygmographique indique une augmentation notable de la tension au moment où le refroidissement est produit, et cependant la température s'abaisse dans la main correspondante en même temps qu'elle s'élève dans l'aisselle, par reflux du sang. En appliquant de la glace sur le trajet du nerf cubital, Winteruitx produit le rétrécissement des artères de l'avant-bras par excitation des filets vaso-moteurs qu'il contient; ces réflexes vasculaires dépassent la
(1) Duplay et Morat, Archives de médecine, dS73i
(2) Jamain et Terrien Manuel (!■• pathologie et d» clinique chirnrg., 3° éilit, Paris, isrs,
ACTION DU FROID. 59 rétôn; Brown-Séquard a fait voir qu'il suffit de rndns dans de l'eau glacée pour amener f^^S ^i^ main; Winternit, a reconnu que l'application du froid sur les ri» it mités inférieures fait contracter les vaisseaux de se produire aussi cependant des actions vaso-dilatatrices tient une vessie de glace sur le ventre d'un lapin, on peut vou les vaisseaux de la pie-mère se dilater.
Nous devons mentionner enfin la possibilité d'une action a distance comparable à celle des brûlures, sur les muqueuses gastrique e intestinale que l'on a trouvées congestionnées, infiltrées de sang et ivi è ni g ulcércos
B Action générale. - Les individus exposés à un froid intense peuvent succomber rapidement; l'abaissement de température nécessaire pour amener la mort varie essentiellement suivant les conditions dans lesquelles il survient et surtout suivant le degré de résistance des sujets; tandis que l'homme vigoureux et accoutumé graduellement au froid peut supporter une température de - 40°, on voit des sujets affaiblis par les maladies, les privations, les fatigues ou des émotions dépressives, présenter des accidents graves et môme mortels s ils sont exposés à un froid beaucoup moins vif; la retraite de Russie est restée à cet égard tristement célèbre : les hommes pâlissaient, leur intelligence se troublait; ils éprouvaient une sensation de profond accablement et chancelaient; quelques-uns se plaignaient qu'un voile leur couvrît les yeux; d'autres accusaient dans les muscles du cou une sensation de raideur qui gagnait le tronc; ils tombaient, le plus souvent, en état de léthargie ou de syncope, la face livide, le pouls petit, imperceptible, la respiration ralentie, le regard fixe et ils mouraient rapidement.
Il suffit, pour tuer un nouveau-né, de lui laisser subir l'influence de la température extérieure sans le protéger par des vêtements.
Il est probable que ces accidents sont dus principalement à l'abaissement de la température du corps ; les expériences sur les animaux démontrent en effet que la mort survient chaque fois que la chaleur centrale descend au-dessous de 20° (Horwalh); mais cependant celte cause n'intervient pas seule, car souvent les troubles morbides ne se manifestent qu'au moment où le sujet refroidi se trouve trop rapidement réchauffé.
On a fait jouer également un rôle à l'accumulation dans les viscères, et plus particulièrement dans les centres nerveux, du sang chassé des téguments parla contraction de leurs vaisseaux ; d'après Horwath (1),
(1) Horwatlu Centralbh fur die medk. Wissensch,, 1804 et 186ii.
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cette fluxion collatérale se produirait seulement du côté des veines abdominales, qui se trouveraient énormément distendues alors que les autres organes et particulièrement le cerveau seraient anémiés.
F.-A. Pouchet (1) a constaté que, dans les parties congelées, les globules rouges sont détruits, et il pense que, si les lésions sont très étendues, les particules dissociées de ces éléments peuvent, en pénétrant dans la circulation générale, provoquer la mort.
§ 3. — Action du refroidissemment.
Ce mot sert à désigner l'impression que subit le corps humain lorsque la température du milieu ambiant s'abaisse brusquement; le refroidissement peut être purement relatif et il se produit aussi bien dans les climats chauds que dans les climats froids, pendant la saison chaude que pendant la saison froide.
Ses causes les plus habituelles sont les changements soudains de la température atmosphérique, l'exposition à la pluie, au vent ou aux courants d'air, Je passage d'une pièce chauffée dans une pièce froide ou au dehors, les bains froids pris alors que le corps est échauffé, les douches froides non suivies d'exercice, l'insuffisance des vêtements, etc. Sous son influence, l'organisme subit une perturbation qui détermine souvent, chez les individus prédisposés, la production de troubles morbides.
Leur nature varie suivant les sujets, et, chez le même sujet, suivant les circonstances dans lesquelles se produit le refroidissement. C'est tantôt une congestion ou une phlegmasie de telle ou telle partie de la muqueuse respiratoire (coryza, bronchite, pneumonie catanhale), de la muqueuse digestive (angine, gastrite ou entérite aiguë), ou de la muqueuse oculaire (conjonctivite) ; tantôt la phlegmasie d'une ou de plusieurs séreuses (artbropathies, pleurésie, endocardite, péricardite, méningite spinale) ou de certains viscères (néphrite albumineuse, pneumonie fibrineuse); tantôt la congestion ou l'inflammation des nerfs (névralgies et paralysies a frigore) ou de la moelle épinière, tantôt une myopathie. On invoque, pour expliquer la diversité de ces lésions produites par une même cause, la moindre résistance des organes atteints, sans dire ce que l'on entend par là, certaines prédispositions de nature indéterminée, et surtout les dialhèses dont l'influence est incontestable. Il faut citer enfin, parmi les causes qui favorisent le développement des lésions a frigore, la débilitation de l'organisme par l'âge, les privations, la fatigue et les maladies.
(1) Pouchet, Expériences sur la congélation des animaux (Acad. des sciences, 1865).
ACTION DE LA LUMIÈRE. 61
Nous avons admis que ces accidents ne se développent que chez les individus prédisposés; ce qui le démontre, c'est que, sur un certain nombre de sujets soumis simultanément à une même cause de refroidissement, quelques-uns seulement en éprouvent du mal à des degrés et sous des formes diverses. C'est sans doute pour cette raison que la pathologie expérimentale est impuissante à provoquer le développement des maladies a frigore.
On n'a pu encore déterminer le mode de production de ces maladies a frigore; peut-être est-il variable, et l'on est en droit de formuler, à cet égard, diverses hypothèses. Sous l'iniluence du refroidissement, les vaisseaux cutanés se contractent, sans doute par action réflexe; le sang refroidi est chassé du tégument externe et reflue vers les parties internes, où il peut devenir, chez des sujets prédisposés, l'occasion d'un processus phlegmasique. D'autre part on peut supposer que l'excitation des nerfs cutanés provoque, par action réflexe, des troubles dans l'innervation vasculaire ou trophique des mêmes parties. Enfin le refroidissement a pour conséquence habituelle la suspension des fonctions sécrétoires de la peau et particulièrement celle de la sécrétion sudorale ; on peut concevoir que les produits excrémentitiels dont l'élimination est ainsi entravée causent des accidents d'intoxication, ou qu'ils exercent sur certains tissus une action phlogogène, ou enfin qu'ils provoquent dans les autres appareils d'élimination un surcroît d'activité suffisant pour favoriser le développement d'une lésion persistante.
§ 4. — Action prolongée du froid humide.
L'humidité augmente dans des proportions considérables les effets nuisibles du froid; elle accroît le pouvoir conducteur de l'air et des vêtements, et par cela même les pertes de calorique. L'exposition prolongée au froid humide telle qu'elle est réalisée dans certains climats, dans les constructions neuves et dans les habitations souterraines, occupe une place importante dans l'étiologie des rhumatismes musculaires et articulaires, des myélites, des névralgies, du scorbut, de la dysenterie, des bronchites et des maladies de Bright.
ACTION DE LA LUMIÈRE Tous les êtres organisés subissent, à divers degrés, l'influence des
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radiations lumineuses, cl l'homme ne l'ail, pas exception. Chez les végétaux, elle tient sous sa dépendance la fonction ddoropkyllimna (Claude Bernard) et avec elle la réduction de l'acide carhonique ainsi que l'évaporation de l'eau dans les parties vertes des piaules. Chez les animaux, on a pu constater, dans plusieurs circonstances, son action sur certains phénomènes de nutrition : Moleschott a reconnu que les grenouilles éliminent plus d'acide carhonique à la lumière que dans l'obscurité; J. Béclard a observé les mêmes faits; les larves de ces mêmes animaux se développent mieux dans un milieu éclairé que dans un milieu obscur (Milne Edwards), et dans la lumière violette et bleue que dans la lumière jaune, rouge ou blanrhe (Béclard); les volailles destinées à l'engraissement sont enfermées dans des cages obscures, sans doute parce que les combustions respiratoires y sont moins actives. Platen a montré que la proportion d'acide carbonique éliminée par un lapin diminue de 13 à 14 p. 100 si on le maintient dans l'obscurité.
Pott a reconnu que celte même quantité varie beaucoup lorsque l'on soumet l'animal à l'influenee de diverses espèces de lumière : si elle est de 100 dans la lumière blanche, elle descend à 93 dans la lumière rouge, à 87 dans la lumière violette, alors qu'elle s'élève à 123 dans la lumière bleue et à 175 dans la lumière jaune.
Il est probable que, chez l'homme, la lumière exerce également une influence favorable sur la nutrition; Demme a reconnu que, chez les enfants renfermés dans dans des chambres non éclairées, la température du corps s'abaisse de 0°,1 à 0,3 en même temps que la sécrétion de l'urine devient moins active. On peut admettre avec vraisemblance que l'obscurité est un des facteurs qui rendent malsain le séjour permanent dans les lieux où le jour ne pénètre pas, tels que les mines et les caves, et contribuent à amener, chez les sujets qui y vivent, l'anémie, la scrofule et la tuberculose.
La radiation solaire peut, quand elle est intense, donner lieu à de l'éry thème; il en est de même de la lumière électrique. On ne sait pas si c'est à l'action de la lumière ou à celle de l'air qu'il faut attribuer la confluence plus grande de l'éruption variolique sur les parties découvertes.
L'œil parait être, de tous les organes, celui dont la nutrition est le plus directement subordonnée à l'action de la lumière. Fr. Boll a démontré que le rouge rétinien, produit pendant l'obscurité parla membrane limitante, se détruit dans la couche des bâtonnets sous l'influence de la lumière. Ce fait n'explique pas, mais permet de concevoir, comment l'action trop prolongée ou trop intense du même modificateur peut provoquer dans cet organe des troubles persistants