‹ Traité élémentaire de pathologie généraleChapitre 96 sur 183 · ARTICLE VU. — LIPOTHYMIE ET SYNCOPE · texte numérisé non relu

ARTICLE VU. — LIPOTHYMIE ET SYNCOPE

Le syndrome que l'on appelle lipothymie est caractérisé par une sensation de défaillance qu'accompagne un affaiblissement plus ou moins prononcé des mouvements cardiaques et respiratoires; dans la wncope, la perte de la connaissance est complète et le pouls ne peut plus être perçu. Il n'y a entre ces deux états qu'une différence d'intensité. On dit généralement que la syncope est l'arrêt du cœur; nous

ï)00 TROUBLES FONCTIONNELS (SYMPTOMES).

verrons bientôt que cette proposition est sujette à contestation.

Ces accidents s'observent dans des circonstances très diverses : ils peuvent survenir dans les maladies du cœur, et on leur attribue généralement la mort subite qui emporte parfois les sujets atteints de ces affections. Ou les considère comme fréquents surtout dans l'insuffitisance aortique et dans les myocardites.

L'anémie, quelle qu'en soit la cause, donne lieu souvent à la syncope; on voit alors assez fréquemment la perte de connaissance survenir au moment oii le malade passe brusquement de l'attitude assise ou couchée à l'attitude verticale. De là, la règle, formulée par Pion v, de faire coucher les individus menacés de syncope. L'inanition, la fatigue et les excès prédisposent à cet accident. C'est également à l'anémie que l'on rapporte les syncopes qui se produisent alors que l'on vide trop rapidement le péritoine ou la plèvre distendue par un épanchement considérable : on conçoit que le sang, affluant en abondance dans les vaisseaux des organes brusquement décomprimés, n'arrive plus en quantité suffisante dans les autres parties de l'arbre circulatoire. Ainsi agissent également les ventouses Junod et les pédiluves irritants chez les anémiques. Il n'est pas rare de voir la syncope se produire pendant les saignées.

Cet accident s'observe également dans la convalescence des maladies adynamiques et chez les sujets épuisés par une affection chronique; il survient parfois dans le cours des pyrexies graves et particulièrement dans celui de la fièvre typhoïde et de la variole; on l'explique alors généralement par la myocardite qui se produit dans ces circonstances. Dieulafoy (1) a attribué la syncope qui entraîne parfois la mort des convalescents de fièvre typhoïde à une action sur l'innervation du cœur des excitations parties des cicatrices intestinales.

La syncope est en effet parfois d'origine réflexe ; c'est ainsi que la douleur provoquée par certaines blessures, par des coliques intestinales et calculeuses ou par les coups sur la région épigastrique peut la produire (2). Il en est de même des émotions violentes que provoquent la peur, le dégoût et quelquefois aussi le plaisir.

On a cité encore l'helminthiase et la dyspepsie parmi les causes de cet accident.

Certains sujets sont atteints de syncope sous l'influence d'impressions inoffensives pour la plupart des autres, telles que l'odeur de certaines fleurs, la vue d'objets répugnants, la danse, etc.; il faut admettre chez eux une véritable idiosyncrasie. On l'observe surtout,

(1) Dieulafoy, De la mort subite dans la fièvre typhoïde, thèse do Paris, 18G9.

(2) On sait depuis de Goltz que la percussion de la région épigastrique amène l'arrêt du cœur des grenouilles.

mais non exclusivement, chez les névropathes et particulièrement chez les hystériques.

Les accidents de la lipothymie et de la syncope peuvent se produire graduellement ou soudainement; dans le premier cas, le malade éprouve une sensation de défaillance, de l'obnuhilation de la vue, des tintements d'oreille; il s'affaisse; son intelligence s'obscurcit; il ne se rend plus compte qu'imparfaitement de ce qui se passe autour de lui ; sa face est pâle et couverte de sueur ; assez souvent il se produit des nausées.

Si l'on prend le pouls, on constate que ses battements sont affaiblis, mais non ralentis. Dans la syncope, ils cessent complètement d'être perceptibles, en même temps que les mouvements respiratoires, d'abord faibles et superficiels, se suspendent également : c'est l'image de la mort. Dans certains cas, les bruits du cœur cessent entièrement pendant un laps de temps relativement considérable (Parrot) ; le plus souvent cependant le bruit systolique peut être entendu, bien que très affaibli, dans la région de la pointe. Au bout de quelques minutes, les battements du cœur reparaissent, d'abord avec un peu d'intensité, puis avec plus de force ; les mouvements respiratoires recommencent ; le malade reprend peu à peu conscience de lui-même; l'accident laisse à sa suite une sensation de fatigue et un état de stupeur qui d'habitude se dissipent rapidement.

La syncope est une cause relativement fréquente de mort subite, surtout clans l'insuffisance aortique et dans les fièvres ; elle peut entraîner la formation de caillots dans le cœur.

La physiologie des troubles qui la caractérisent n'est que très incomplètement faite; nous avons vu qu'ils intéressent concurremment le cœur et l'encéphale. Depuis F. Hoffmann, on considère comme primitifs les troubles de la circulation. On admet que les contractions cardiaques, en s'arrêtant, produisent l'anémie du cerveau et par suite la perte de connaissance. Nous ne contestons pas que dans un certain nombre de cas les choses ne doivent se passer de la sorte ; quand un convalescent de fièvre grave ou un malade atteint d'une affection cardiaque meurt subitement, il est probable que c'est par arrêt du cœur, mais il est beaucoup moins certain que les syncopes que l'on observe le plus souvent, celles qui surviennent chez les sujets nerveux, sous l'influence de la chaleur, de certains parfums ou d'une émotion, et qui ont surtout servi de modèle à la description classique du syndrome, reconnaissent le même mode de production.

Plusieurs de leurs caractères ne s'expliquent pas suffisamment par l'arrêt des contractions cardiaques. Il en ainsi par exemple de la pâleur de la face ; ordinairement l'asystolie a pour conséquence la

congestion et non l'anémie des téguments; elle produit de plus la dyspnée avec congestion pulmonaire, et non l'apnée. On peut voir d'ailleurs, d'après Spring, la connaissance persister avec un affaiblissement considérable des battements du cœur, tandis que dans la lipothymie la sensation de défaillance est le phénomène initial. Ce n'est donc pas sans raison que cet auteur se refuse à rattacher tous les phénomènes des syncopes à un arrêt du cœur; il croit à un trouble de l'innervation vaso-motrice, sans en spécifier la nature. Un spasme réflexe des artérioles céphaliques pourrait rendre compte à la fois de la pâleur de la face et des troubles psychiques.

L'arrêL du cœur peut être attribué, lorsqu'il se produit dans le cours d'une myocardite, à la paralysie musculaire, bien que l'on ne comprenne pas bien pourquoi en pareil cas l'arrêt est subit. Le trouble de l'innervation qui en est la cause prochaine dans les syncopes réflexes ne peut être déterminé; il n'y a pas lieu d'invoquer une excitation du nerf vague, car les contractions ne sont pas ralenties, mais affaiblies. L'hypothèse la plus vraisemblable nous paraît être celle d'une action d'arrêt sur les ganglions automoteurs, mais ce n'est qu'une hypothèse.

Il résulte de cet exposé que l'on confond probablement sous le nom de syncope des états différents, et que, par exemple, l'arrêt du cœur qui amène la mort dans la variole ou la fièvre typhoïde ne se produit pas suivant le même mécanisme que celui qui survient accidentellement chez les névropathes et les anémiques.

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