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CHAPITRE IV

ARTICLE Ier. — TROUBLES DANS LES SÉCRÉTIONS NASALES.

A l'état normal, la muqueuse nasale sécrète un liquide qui, mélangé aux larmes, se solidifie sous forme de concrélions peu volumineuses; celle sécrélion s'exagère sous l'influence des irritations directes ou réflexes que subit la membrane, et en même temps elle se modifie en devenant plus claire et plus ténue. L'inbalalion de vapeurs ou de poussières irritantes d'une part, l'action du froid de l'autre, sont les causes les plus habituelles de cette hypercrinie. Quand elle est de cause réflexe, son point de départ est le plus souvent le sommet de la tête; beaucoup de personnes ne peuvent rester tête nue dans un milieu frais sans qu'elle se produise; chez d'autres, l'action directe des rayons solaires aie même effet; c'est surtout chez les asthmatiques que l'on observe ces accidents; ils se produisent brusquement et précèdent ou remplacent l'accès. Les spores des plantes odoriférantes des gazons semblent avoir la même action; telles sont les poudres d'asarnm, de marjolaine, du muguet et d'iris; c'est à leur présence dans l'atmosphère que l'on rapporte généralement l'affection conuue sous le nom de coryza des foins (1).

Cette hypercrinie s'accompagne souvent du réflexe qui porte le nom A'éternmment ; il débute par une sensation de chatouillement dont le siège est la muqueuse nasale; puis survient une inspiration involontaire bientôt suivie d'une expiration brusque, explosive, pendant laquelle la voie buccale s'est fermée à la colonne d'air, de telle sorte que celle-ci passe tout entière par les fosses nasales qu'elle balaye pour ainsi dire eLdébnrrasse des mucosités qui y sont contenues. Ces hypercrinies ne sont pas nécessairement de nature phlegmasique ; elles peuvent, alors même qu'elles atteignent un haut degré d'acuité, ne durer que quelques heures; il semble qu'elles soient dues surtout à une ex'citalion des nerfs sécréteurs et peut-être aussi des vaso-dilatateurs de la muqueuse nasale.

La phlegmasie de la pituilaire que l'on appelle le coryza se produit rarement sous l'influence directe des substances irritantes. Sa cause la plus ordinaire est le froid; on la voit survenir également dans certaines maladies infectieuses, particulièrement dans la rougeole, dans

(1) Dieulafoy. Manuel de pathologie interne. Paris, 1880.

la grippe, dans la diphthérie, où elle offre des caractères spéciaux, et dans le typhus exanthématique. Ses caractères varient dans ces diverses circonstances. Dans la phlegmasie a frigore, le liquide, d'abord clair, ténu et abondant, se trouble, devient opaque et jaunâtre et prend bientôt les caractères du muco-pus; il forme alors, en se desséchant, des croûtes épaisses qui obstruent les narines.

Les fosses nasales exhalent chez certains sujets une odeur félide; c'est le symplôme connu sous le nom d'ozène; il est souvent sous la dépendance d'une affection scrofuleuse ou syphilitique du squelette; on réserve plus particulièrement la dénomination d'ozene vrai pour désigner les cas dans lesquels il n'y a pas de lésions ulcéreuse de la muqueuse. On a reconnu (1) que la maladie paraît alors caractérisée anatomiquement par la petitesse excessive des cornets; les dimensions du sinus se trouvant agrandies, le courant d'air expiratoire n'est plus assez puissant pour amener l'expulsion des mucosités nasales, d'où l'altération de ces produits et leur fétidité; on trouve en même temps la muqueuse enflammée, mais on tend généralement à considérer cette altération comme une conséquence de la petitesse congénitale des cornets ; la disparition de l'odeur quand on rétrécit artificiellement le sinus à l'aide d'un tampon (Gottslein) peut être invoquée en faveur de celte théorie.

M. Lœwenberg a constaté la présence, dans tous les cas d'ozène vrai qu'il a examinés, de gros micrococcus agglomérés par deux, ou multiples de deux (2).

ARTICLE II. — ÉPISTAXIS.

Cette hémorrhagie est de toutes la plus fréquente; elle a le plus souvent pour siège les vaisseaux capillaires; quelquefois cependant, alors même qu'elle survient sans traumatisme, elle provient d'une artériole. Le sang s'écoule par les orifices antérieurs et postérieurs des fosses nasales; il a tendance à se coaguler, mais, dans le cas d'hémorrhagie abondante, les caillots qui commencent à se former se trouvent incessamment entraînés; quand le sang est dégluti, il provoque assez souvent le vomissement; l'écoulement peut être assez abondant pour amener un état d'anémie profonde et même la mort si l'on n'intervient pas.

Le mode de production de l'hémorrhagie ne peut être déterminé avec précision dans tous les cas. Elle est assez souvent d'origine trau-

(J) R. Calmette, Analyses des travaux de Michel, Zaufal et Gottstein, etc. Revue de sciences médicales. 1880 (2) Voy. page 295.

TROUBLES DES FONCTIONS DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE. 507 matique; les déchirures de la muqueuse et les contusions du nez lui donnent lieu fréquemment.

D'autres fois on peut invoquer une augmentation de la tension vasculaire. Dans les affections cardiaques et pulmonaires, elle est provoquée par la stase dans la circulation veineuse. Chez les brigh tiques, la tension artérielle est augmentée en même temps que, dans bien des cas, les parois vasculaires sont altérées : ces deux causes concourent à produire l'épistaxis comme d'autres hémorrhagies. Les épistaxis, qui, chez certaines femmes, paraissent remplacer le flux menstruel, peuvent être rapportées à une augmentation de la masse du sang; cette même cause peut rendre compte de leur grande fréquence chez les adolescents; comme nous l'avons indiqué déjà, on peut supposer avec vraisemblance que le développement des éléments du sang est, chez ces sujets, relativement plus rapide et plus actif que celui du système vasculaire, d'où une disproportion entre le contenant et le contenu, une augmentation relative de la masse du sang et une tendance aux hémorrhagies; Grand idier explique par ce même mécanisme les hémorrhagies des hémophiles. Chez les leucémiques, l'obstacle mécanique est local; il est constitué par la formation dans les veinules ou les artérioles de conglomérats de globules blancs qui amènent des troubles locaux de la circulation et sans doute aussi des changements dans la texture des vaisseaux.

Les épistaxis que l'on observe au début des pyrexies peuvent s'expliquer par un trouble dans l'innervation vaso-motrice, ou par une modification dans la nutrition des petits vaisseaux; il en est de même pour les épistaxis de la maladie de Werlhoff. Le trouble dans la nutrition des vaisseaux paraît jouer le rôle dominant dans la genèse des hémorrhagies du scorbut et dans celles qui surviennent sous l'influence des maladies du foie. Nous rapportons à la même cause les épistaxis abondantes qui chez les vieillards précèdent souvent les thromboses et les hémorrhagies des artères encéphaliques; elles ont vraisemblablement pour siège des artérioles dont les parois altérées se laissent facilement déchirer.

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