PRINC. POUR TRACER LE CONTOUR. 6 I
long exercice de l’art de la peinture ont fait reconnaître pour justes.
On observera donc quelle est la partie et le point de la statue qui , comparativement au reste, brille de la lumière la plus vive, puis du second coup d’œil on saisira la partie et le point de cette statue le plus privé de lumière, et par conséquent le plus obscur, le plus brun. Ces deux points cardinaux étant bien reconnus , on s’en servira comme de points de départ : du côté où vient la lumière , pour aller de demi-teinte en demi-teinte, jusqu’à J a partie la plus lumineuse, et du côté où vient la lumière reflettée, pour avancer graduellement de reflet en reflet , jusqu’au clair de l’obscur.
La succession des demi-teintes, des ombres et des reflets étant exprimée, on en coordonnera alors le système, en ayant soin d’ajouter les ombres portées , qui, parleur projection et leur intensité particulières, forment un troisième point fixe de comparaison pour modeler avec justesse.
6a 1)E LA LUMIÈRE EX DU MODELE.
§ IV. — Disposition de la lumière qui éclaire les ateliers des peintres.
On a émis beaucoup d’avis différens sur la manière dont on doit faire pénétrer le jour dans les ateliers de peinture. Léonard de Vinci conseille de pratiquer la fenêtre à une hauteur telle que le modèle reçoive la lumière sous un angle de 45 degrés. Il donne pour raison qu’avec cette disposition on obtient des projections d’ombres par les parties saillantes, qui font ressortir les formes sans dureté, et d’où il résulte d’ailleurs une dégradation de lumière depuis le sommet de l’objet éclairé, jusqu'à sa base ou à ses pieds, qui plaît «à l’œil beaucoup plus qu’un jour qui vient de plus bas. En effet en éclairant l’objet de côté on le divise en quelque sorte en deux parts , l’une claire et l’autre ombrée. Ce conseil et ces remarques sont excellens, et l’on pense que pour les élèves qui commencent, il est surtout important de voir les objets qu’ils copient, éclairés par une lumière tombant de haut et qui n’en détruise pas trop brusquement la symétrie.
DISPOS. DE LA LUM. DANS LES ATELIERS. 63 Cependant il serait peut-être bon que dans l’atelier de tous les peintres et de leurs élèves, on pratiquât plusieurs fenêtres de différentes dimensions , placées de côtés opposés et à des hauteurs diverses. Par cette disposition, on varierait les effets de lumière à volonté , on exercerait sans cesse la sagacité des élèves d’une manière nouvelle, et on ne leur laisserait pas prendre l’habitude comme cela n’arrive que trop souvent, de donner à toutes leurs études un certain air de ressemblance qui résulte de l’habitude de copier d’après le même modèle placé à la même hauteur, éclairé du même jour et se détachant sur le même fond.
Quant à ce dernier inconvénient, qui n’est pas le moindre, rien ne serait plus facile que d’y obvier, en se procurant des étoffes communes de différentes couleurs, que l’on étendrait alternativement derrière le modèle chaque fois qu’on le changerait. Avec toutes ces précautions assez faciles à prendre , il semble que l’on empêcherait les élèves de contracter des habitudes qui s’invétèrent en très-peu de temps dans les ateliers, et que, de plus, on leur fournirait l’occasion
64 DE la lumière et du modelé, d’étudier la nature sous des aspects plus variés.
Cependant, comme les meilleures choses tournent en abus , il ne faudrait pas oublier la recommandation que fait Léonard de Vinci, pour la disposition du jour dans un atelier. Celle qu’il indique est en effet très-favorable au plus beau développement des formes, et comme une disposition bizarre du jour ne doit être prise par un peintre que quand la nature de son sujet ou l’heure indiquée en fait une loi, en principe, on peut regarder la direction de la lumière venant sous l’angle de 45 degrés, comme ce qui satisfait le mieux le goût et ce qui produit sur le spectateur la sensation la plus agréable. C’est d’après ce principe que la fameuse Joconde de Léonard de Vinci est éclairée;
§ V. — Manière de familiariser son esprit et ses jeux avec la dispensation de la lumière sur toutes sortes d'objets.
Dans l’étude et l’exercice des arts, l’instinct et la sagacité des sens font concevoir rapidement mille secrets de la nature que
MAN. DE FAMIL. SON ESP. ET SES YEUX. 65 nous n’apprendrions jamais que très-imparfaitement par la science. Aussi la faculté na^ turelle de l’observation instinctive et relié-* chie est-elle une qualité inhérente à tout homme qui est réellement né pour devenir peintre.
Il ne faut donc pas s’en tenir à l’étude régulière , et quelquefois un peu pénible , que l’on fait dans l’atelier du maître. Il faut devenir son maître à soi-même, et s’imposer des problèmes à résoudre, des difficultés à vaincre. Surtout, comme disait Apelle : Nulla dies sine lineâ. On doit avoir toujours le crayon à la main, et toutes les réflexions générales que l’on peut faire doivent se résoudre en un croquis ou un dessin qui prouve que l’on a trouvé un résultat.
Par exemple, on suppose qu’ après avoir dessiné et ombré trois ou quatre figures d’après le relief, le jeune élève, devenu un peu plus satisfait de son ouvrage à son dernier essai, aille faire une promenade hors de la ville pour se distraire. Il part le matin et revient le soir. L’esprit plein des difficultés que lui a données l’imitation du modelé sur le corps humain, avec quelle facilité ne saisirapeinture. 5
t-il pas les effets de la lumière, et la projection des ombres sur des terrains dont les formes irrégulières ont quelque chose de rudement taillé dans leurs détails, ce qui rend les oppositions plus fortes, et par cela même plus faciles à saisir et à comprendre. Si les sinuosités plus adoucies du terrain laissent quelque doute dans son esprit , il porte la vue sur des habitations, sur une église , dont la disposition régulière et les plans bien déterminés, servent d’explication à ce qui lui avait paru douteux.
Des animaux viennent-ils à passer ? il retrouve, sur des formes tout autres que celle de ses modèles ordinaires, l’occasion d’observer que la lumière s’y dispense d’après le même principe. Il voit que sur chaque objet pris en particulier, il y a un point plus lumineux que tous les autres, un point d’ombre plus vigoureux que le reste. Là, particulièrement en plein air, il observe la succession des reflets, qui sont plus vifs et plus distincts que sur sa statue, et dans son atelier.
Ces observations faites sur un individu, il les reporte sur un groupe, et enfin sur