OXIDES DE MERCURE
Le mercure est susceptible de deux degrés d’oxidation.
1° Protoxide ( oxide noir de mercure ) . — Cet oxide, qui est toujours le produit de Part, ne peut exister qu’autant qu’il est combiné avec un acide. Lorsqu’on l’en sépare en décomposant un protosel de mercure par un alcali fixe, il se présente sous forme d'une poudre grise noirâtre, inodore , de saveur âpre et fortement métallique , de pesanteur spécifique assez considérable , et communiquant à l’eau, dans laquelle on la fait bouillir, sa saveur et la propriété de précipiter en noir par l’acide hydrosulfurique. Mais ce précipité est-il bien le protoxide tel qu'il existait dans la combinaison saline ? Il est plus que permis d’en douter; car, si on le comprime fortement entre les doigts, on en exprime des globules de mercure métallique, et l’opinion d’un grand nombre de chimistes à cet égard est que cette poudre est formée de bioxide de mercure et de mercure métallique très divisé.
Préparation. — On l’obtient, comme nous l’avons déjà dit, en décomposant un protosel de mercure, le protonitrate de préférence, par suffisante quantité d’un soluté de potasse ou de soude caustique. Le précipité est recueilli sur un filtre, bien lavé à l’eau pure, puis séché à l’ombre.
2° Bioxide ( oxide rouge de mercure ou précipité rouge).
PH A RM ACOTECHNIB,
— Il est toujours le produit de l’art, et se présente, quand il est pur, sous forme de masses d’un rouge orangé, micacées et brillantes, inodores, d’une saveur semblable à celle du protoxide, et, comme ce dernier, se dissolvant un peu dans l’eau.
Dans le commerce, on trouve du bioxide de mercure d’une couleur rouge orangée assez intense et presque entièrement micacée : il ne faut point s’en laisser imposer par cette apparence, qui est trompeuse. Nous nous som mes assuré que ce beau peroxide contient toujours une certaine quantité d’oxide de plomb , et cette quantité est notable.
Préparation. — Les chimistes anciens obtenaient ce peroxide en chauffant , sans relâche et pendant plusieurs mois et même des années, sur un bain de sable et jusqu’à légère ébullition, dans un matras de verre à long col effilé en tube capillaire et à fond plat, appelé enfer cle Boy le, en raison de la longueur de l’opération, une couche d’une à deux lignes de mercure étendu sur ce fond. Par l’action de la chaleur, le mercure s’oxidait aux dépens de l’oxigène de l’air qui se renouvelait à la faveur de l’ouverture capillaire du matras, et se transformait insensiblement en cristaux lamellaires, quelquefois de plusieurs lignes de dimension, de bioxide pur. Comme on n’ajoutait rien au mercure, et qu’on ignorait, à cette époque, la nature de l’air que l’on rangeait parmi les élémens, et conséquemment le rôle qu’il joue dans la combustion et dans l’oxidation des métaux , on avait décoré ce produit du nom de précipité per se. Jusqu’à Lavoisier, la théorie du phlogistique servait à expliquer les phénomènes chimiques ; mais elle n’était point de nature à satisfaire le profond génie de cet illustre chimiste qui, en fesant cette opération et en méditant toutes les circonstances qui l’accompagnent, reconnut que le mercure en se transformant ainsi augmente de poids aux dépens de l’air atmosphérique. De là, la découverte de
CHIMICOBÀSIE.— MÉD1CAMKN S CHIMIQUES. 58 L l’oxigène et de l’azote; de là aussi l’origine de la chimie pneumatique et les brillantes découvertes qu elle a faites chaque jour depuis cette époque, découvertes qui ont non-seulement changé la face de la science , mais en ont encore étendu le domaine à 1 infini .
Aujourd’hui , le peroxide de mercure se prépare exclusivement en décomposant le nitrate de mercuie par la chaleur. L’opération peut se faire, soit dans des mat ras de verre, soit même dans des creusets de terre.
La température doit être élevée au point de décomposer tout l’acide nitrique, sans décomposer l’oxide mis à nu; c’est à un degré voisin du rouge obscur qu eiie doit être portée. Pour conserver au produit sa couleur, on le met à l’abri de Pair et sur-tout de la lumière.
Pour les usages de la médecine , il doit être amené à l’état de poudre très ténue, à l’aide de la porphyrisation , mais seulement au fur et à mesure du besoin : par cette division , il perd sa couleur primitive et acquiert une teinte orangée.