CYANURE DE POTASSIUM
Ce composé, qui n’est jamais natif, est en masse cristalline, blanche; d une odeur d’amandes amères ; d’une saveur âcre, produisant promptement une sensation d’amertume excessive, et laissant dans la gorge un fort arrière-goût d’acide hydrocyaniquc. Il est très soluble dans l’eau, et légèrement soluble dans l’alcool. D’après les observations intéressantes de MM. Pelouze et Géiger, son soluté aqueux concentré , soumis à l’ébullition à
GHÎMICOB/VSIE*— MÉDICAMEiNS CHIMIQUES.
l'abri du contact de l'air, se décompose par le seul fait de l’élévation de température, et se transforme en ammoniaque et en formiate de potasse. Le même soluté évaporé à l’air libre dégage lentement, mais d’une manière continuelle, de l’acide hydrocyanique, et en même temps il y a formation de carbonates de potasse et d’ammoniaque, de formiate de potasse, d’hydrocyanate d’ammoniaque, etc. A l’état solide même, s’il est renfermé dans un flacon mal bouché ou dont on retire souvent le bouchon, il ne tarde pas, sur-tout lorsqu’il est humide, à se transformer en acide hydrocyanique et en carbonate de potasse.
Préparation. — M. Robiquet a proposé le procédé suivant pour l’obtenir. On introduit du cyanure double de fer et de potassium pur et bien desséché dans une cornue de grès lutée que l’on place dans un fourneau à réverbère ; on adapte à son col un simple tube plongeant dans l’eau, en ayant soimde n’employer de ce liquide que ce qu’il en faut pour boucher l’orifice du tube, pour rendre sensible le dégagement du gaz, et pour servir de l'égulateur. On chauffe avec beaucoup de précaution dans le commencement, parce que la matière entrée en fusion pourrait se boursouffler et déterminer la rupture du vase. Sur la fin de l’opération, les bulles se succèdent avec lenteur, et c’est alors qu’on peut pousser le feu jusqu’à faire rougir la cornue presque à blanc. Lorsque le dégagement s’arrête, on enlève l’eau et on bouche l’orifice du tube avec un morceau de lut; on ferme également toutes les ouvertures du fourneau avec de la terre détrempée, et on laisse refroidir. Le lendemain, on brise la cornue dans laquelle on trouve une masse ordinairement composée de deux couches; l’une supérieure, formée seulement de cyanure de potassium , blanche , cristalline, compacte, et se divisant en fragmens cubiques; l’autre colorée en noir par le quadricarbure de fer , caverneuse et miroitante.
PHARMACOTRCHNIE.
Toutes les deux, dissoutes dans Teau, fournissent un soluté incolore après la filtration. La liqueur ne contient que du cyanure de potassium, si l’opération a été bien faite, le cyanure de fer ayant été complètement décomposé par faction du calorique. Quand, au contraire , le feu n’a pas été soutenu assez long-temps, une portion du cyanure de fer échappe à la décomposition, et le liquide conserve une teinte jaune plus ou moins prononcée.
On a proposé de dissoudre ainsi cette masse retirée de la cornue et de faire cristalliser , pour séparer le cyanure de potassium du carbure de fer qu’il contient: mais, comme nous l’avons dit plus haut, le cyanure se décomposant par faction de f eau et de la chaleur, il vaut mieux se borner à prendre, pour les usages de la médecine , la couche formée de cyanure de potassium, et se hâter de la renfermer dans des flacons de petite capacité, secs et hermétiquement bouchés.
CYANURE DE 7, T NC.
Ce sel , qui est toujours le produit de l’art, est sous forme pulvérulente, d’un beau blanc mat, d’une odeur d’acide hydrocyanique, d’une saveur métallique désagréable. ïl est insoluble dans l’eau et dans Lalcool; il est décomposé par faction de la chaleur.
Préparation. — On l’obtient en versant avec précaution, dans un soluté aqueux de sulfate de zinc purifié, un soluté filtré de cyanure de potassium 1res pur ; recueillant le précipité, le lavant avec soin et le fesant sécher à une température de 50 à 56 degrés centigrades au plus.
MM. Corriol et Berthemot ont proposé de remplacer le procédé que nous venons d’indiquer par le suivant qui, d’après eux, donne plus facilement du cyanure de zinc
CHIMICOBASÏE.— MÉDTCAMENS CHIMIQUES» ^g
pur. On place sur un fourneau un ballon de verre, au bouchon duquel sont adaptés deux tubes, Fun en S, l’autre recourbé à angle droit et se rendant dans un flacon à large ouverture. On introduit, dans le ballon, 50 parties de cyanure double de fer et de potassium ; on verse dessus, par le tube en S, 50 parties d’acide sulfurique concentré, étendu d’environ huit fois son poids d’eau; puis, dans le flacon à large ouverture, destiné à recevoir le gaz, on délaye avec de l’eau 25 parties d’oxide de zinc sublimé, de façon à en faire une bouillie assez claire. Le tout étant ainsi disposé, on chauffe le ballon; après quelques instans, la réaction commence, l’acide hydrocyanique se dégage plus ou moins promptement suivant la graduation du feu et est absorbé à mesure par bo vidé de zinc qui se transforme en cyanure.
Pendant le cours de l’opération, on agite de temps en temps l’oxide de zinc avec un tube, et on entoure le flacon de linge mouillé, afin de faciliter la combinaison de l’acide avec l’oxide. L’odeur d’acide hydrocyanique qui se manifeste, et le papier bleu de tournesol, qui rougit sensiblement par le contact de la liqueur, indiquent le moment où la saturation de l’acide est complète. Toutefois , si l’on employait de l’oxide de zinc hydraté provenant de la décomposition du sulfate de ce métal par l’ammoniaque, il faudrait se rappeler que, bien qu’il ne soit pas saturé entièrement d’acide hydrocyanique, le liquide dans lequel il est délayé fait virer au rouge la couleur du tournesol.