‹ Traité élémentaire de pharmacologie. Contenant la description sommaire des substances médicamenteuses simples; la préparation des médicaments officinaux et magistraux français et étrangers; l'appréciation des propriétés physiologiques des médicaments, leurs modes d'administration et l'art de formulerChapitre 244 sur 525 · HUILE ANIMALE DE DIPPEL · texte numérisé non relu

HUILE ANIMALE DE DIPPEL

(Huile de corne de cerf pyrogénée.)

Cette huile, composée d un grand nombre de principes neutres, acides ou alcalins, suivant M. Unverdorben, est très fluide, limpide, incolore; d’une odeur pénétrante ; d’une saveur brûlante ; très volatile et très inflammable; trèsaltérablepar la lumière et par l’air, sous l’influence desquels elle devient épaisse, jaune, brune, et enfin noire. Elle est presque insoluble dans 1 eau, mais elle se dissout bien dans l’alcool. Elle réagit à la manière des alcalis, et est susceptible de^se combiner avec ces derniers ; agitée avec un soluté concentré et chaud de persulfate de fer neutre, elle s’épaissit et noircit instantanément.

Préparation. — On introduit de la corne de cerf coupée en morceaux dans une cornue de grès, de manière à en remplir la panse aux trois quarts; on place la cornue dans un fourneau à réverbère qu’on recouvre ensuite de son dôme, et on adapte à son col une alonge à large ouverture que l’on fait rendre dans un ballon tubuîé d’une vaste capacité ; enfin, on termine l’appareil par un tube de Weîter plongeant dans l’eau. Après avoir luté au lut gras recouvert de lut de chaux, on chauffe ipodérément d’abord, puis on élève graduellement la température jusqu’au rouge, et l’on a soin de rafraîchir le ballon par un courant d "eau froide. L’opération est terminée lorsqu’il ne passe plus rien dans le ballon. On laisse refroidir l’appareil, puis on délute, et on retire du récipient les produits qui s’y sont condensés; ces produits sont de l’eau saturée de carbonate d’ammoniaque huileux et tenant en solution une certaine quantité d’acétate d’ammoniaque ( esprit volatil de corne de cerf), du carbonate d’ammoniaque huileux concret (sel volatil de

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corne de cerf) et de l’huile empyreumatique ; le premier de ces trois produits n’est plus employé ; on doit se rapporter, pour le second, à ce que nous avons dit déjà du carbonate d’ammoniaque, en traitant des préparations de cette base; nous n’avons donc par conséquent à parler ici que du troisième.

Pour séparer l’huile du liquide aqueux, on agite légèrement le mélange, afin de la rassembler à lasurface; puis on verse le tout sur un filtre de papier préalablement mouillé, de manière à pouvoir obtenir l’eau ammoniacale avant que l’huile ait pu pénétrer le tissu. On perce alors le papier au-dessus d’un second filtre non mouillé, que l’huile traverse sans difficulté.

Cette huile, épaisse et noire, a besoin d’être soumise à la rectification. Autrefois, on y procédait en l’incorporant avec de la poudre d’os calcinés à blanc, et la distillant ainsi à plusieurs reprises, avec addition d’eau, juSqu à ce qu’elle fût incolore et d’une limpidité parfaite. Mais aujourd’hui, on a recours à la simple distillation. On l’introduit dans une cornue de verre, au moyen d’un tube, pour éviter qu’elle ne soit en contact avec les parois du col; on adapte un ballon, on lute avec soin, et on chauffe modérément (la température ne doit pas dépasser 100 degrés centigrades). On arrête l’opération lorsque le produit obtenu est égal au quart de la quantité que l’on a versée dans la cornue, et on se hâte de le renfermer dans de petis flacons, que l’on bouche avec îa pius grande promptitude et que l’on dépose dans un lieu obscur. Si, par accident, l’iiuiie ainsi obtenue est un peu colorée, on doit la soumettre à une seconde rectification: on doit agir de même lorsqu’avec le temps, et malgré tous les soins apportés à sa conservation, elle est devenue noire; car, dès qu’elle a acquis ime teinte tirant sur le brun, elle ne peut servir aux usages de la médecine sans avoir été distillée de nouveau.

En distillait la soie écrite comme la corne de cerf, on

CHIMïCOBASXE.— MÊDICÀMENS CHIMIQUES. 4g3

obtient des produits analogues, et Y un d’entre eux, le liquide ammoniacal huileux, connu sous le nom esprit ammoniacal de soie crue , a été employé pôur la préparation d’un médicament qui a joui jadis d’une grande vogue, mais qui, de nos jours, n’est plus guères usité; ce sont les gouttes céphaliques d’ Angleterre. On les obtient en distillant dans une cornue de verre, au bain de sable et presque jusqu’à siccité, un mélange de trente-deux parties de cet esprit de soie et d’une partie d’huile volatile de cannelle. Cette formule, d’ailleurs, a été modifiée par quelques auteurs ; ainsi, plusieurs formulaires prescrivent la substitution de l’essence de lavande à celle de cannelle, et l’addition de quatre parties d’alcool rectifié.

CHARBON VEGETAL «

Dans les officines , on prépare ce charbon en calcinant le bois de la manière suivante: on le réduit en fragmens que l’on introduit dans un creuset et que l’on recouvre ensuite de grès lavé et séché. On chauffe jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de dégagement de vapeurs , et , après le refroidissement, on retire le charbon.

Pour pulvériser ce charbon, les auteurs du Codex conseillent de l’humecter avec suffisante quantité d’eau , de le piler ensuite dans un mortier de fer ou de le soumettre à l’action de la meule, d’en faire une pâte de consistance molle qu’on étend pendant plusieurs heures sur des toiles, afin qu’elle égoutte peu à peu, et de la disposer ensuite en pains orbiculaires que l’on fait sécher au soleil. L’insolation, disent-ils, donne au charbon une efficacité qu’il ne posséderait pas si sa dessication s’opérait à l’ombre , et c’est de plus le seul moyen de le dépouiller de toutes les odeurs et couleurs étrangères,

rHARMACOTECHNTE.

On obtient de la même manière Je charbon animal , en substituant les os au bois.

Outre ce charbon d’os calcinés, on prépare depuis quelque temps, en Allemagne , pour les besoins de la médecine , un charbon animal particulier; le mode de préparation est le suivant. Prenez une partie d’os bien concassés et deux parties de chair de bœuf ou de mouton dépouillée de graisse et coupée en morceaux , mêlez- Je s exactement et introduisez le mélange dans un brûloir à café. Chauffez modérément jusqu' 'à ce qu’une petite flamme se fasse apercevoir autour de l’appareil, soutenez le feu a ce point pendant; un quart d’heure seulement, puis laissez refroidir. Pulvérisez alors la matière charbonneuse et conservez la poudre dans un flacon hermétiquement fermé. Au lieu du brûloir, on peut sans inconvénient se serwr du creuset pour opérer la calcination.

EPONGE TORREFIEE.

Le Codex et la plupart des traités de pharmacologie, en général, prescrivent la calcination des éponges et non leur torréfaction. Mais des expériences récentes de M. le professeur Guibourt ont pleinement démontré que, par la carbonisation, les éponges perdent presque en totalité ou même complètement l’iode qu’elles contiennent et auquel on doit rapporter sur-tout leurs propriétés thérapeutiques. Ainsi , il résulte des recherches de ce savant:

1 Que 1 éponge torréfiée assez légèrement pour donner une poudre mordorée, contient une certaine quantité d’iodure soluble.

2 Que, torréfiée au brun-noir, dans un brûloir à café, et réduite à 0,75 de son poids , elle en contient une beaucoup plus grande quantité..

^ Que, soumise à la distillation dans une cornue de

CHIMICOBÀSIE. — MÉDICAMENS CHIMIQUES.

verre , au-dessous de la chaleur rouge , et réduite à 0,50 de son poids , elle contient déjà sensiblement moins d’iode.

4° Enfin que, fortement chauffée dans un creuset et réduite à 0,55 elle n’en contient plus du tout.

Nous avons donc cru devoir adopter le nouveau mode de préparation qu’il a substitué à l’ancien.

On prend de l’éponge brute , bien odorante , fine , serrée, et qui n’a été soumise à aucun lavage; on la déchire par petits morceaux pour en séparer les coquillages , les débris calcaires et le gravier , et on la frappe dans un sac de toile claire pour la dépoudrer. Alors , on . l’introduit dans le brûloir, et on la torréfie à un feu de charbon modéré, jusqu’à ce qu’elle ait acquis une teinte brun noirâtre; on la retire aussitôt, on la pulvérise et on la renferme dans un bocal de verre que l’on bouche hermétiquement.

E. POLYBASIE.

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