DISTILLATION
La distillation consiste à isoler les principes volatils liquides d’un corps. Dans cette opération, le principe à extraire s’élève en vapeurs dans des vases clos , et va se condenser dans une partie de l’appareil éloignée du feu, d’où il se rend dans un récipient.
Graduer convenablement le degré de chaleur, favoriser ^ascension de la vapeur et accélérer son refroidissement, sont les trois conditions nécessaires pour toute bonne distillation. L’économie du temps et du combustible et la qualité parfaite du produit dépendent de la réunion de ces trois conditions.
On peut distiller de deux manière^, à ta cornue ou à l’alambic.
Distillation h la cornue .
Ce premier mode s’opère à l’aide d’un vase de forme particulière , appelé cornue , et d’un ballon ou globe de verre à long col , servant de récipient , c’est-à-dire qui reçoit le produit de l’opération.
Si l’on veut opérer à feu nuy on assied la base ou fond de la cornue sur une coupe en fer , immédiatement audessus du feu. Si l’on veut opérer au bain de sable , la cornue doit être placée dans une chaudière de tôle , ou de préférence dans une terrine ordinaire, que l’on remplit ensuite de sable.
Dans la distillation au bain-marie , le sable est remplacé par l’eau. Une espèce de bourrelet en paille, ou mieux en linge, ou encore un anneau en bois , soutient
MODES DE PRÉPARATION. ijt
la panse de la cornue , et l’empêche de toucher le fond de la chaudière. Le récipient doit être à une distance suffisante du foyer, ce que l’on peut faire à l’aide d’une aïonge , si 1 on n a pas de récipient à col assez long. Si la vapeur est d’une condensation difficile , le ballon doit plonger dans un vase rempli d’eau froide : on renouvelle cette eau par un courant continu, ou par l’application d un linge que l’on entretient constamment mouillé.
Dans ce mode de distillation, il est indispensable d’établir une communication entre l’air extérieur et celui du récipient, ordinairement au moyen d’un tube de verre ouvert à ses deux extrémités : quelquefois, c’est l’ouverture même de ce récipient qui sert de moyen de communication. Dans tous les cas, cette ouverture a pour but de donner issue à l’air dilaté par le calorique et à certains gaz qui doivent s’échapper , et en outre , par suite d’un refroidissement, de permettre à l’air de rentrer pour rétablir l’équilibre de la pression atmosphérique. Du reste, toutes les pièces de l’appareil doivent être convenablement jointes.
A cet effet, on réunit tous les assemblages avec du papier, ou préférablement un ruban de fil, enduit de colle : cette opération s’appelle luter. Ce lut suffit dans ce genre de distillation où la tension des vapeurs n’est pas extrêmement grande.
Distillation a V alambic.
L instrument distillatoire appelé alambic peut se réduiie à trois pièces principales, savoir la cucurbite, le chapiteau et le réfrigérant , quand on opère à feu nu ; et à quatre, c’est-à-dire comprenant le seau en sus , quand on opère au bain-marie.
La cucurbite ou chaudière reçoit immédiatement 1 action du feu; c’est elle qui contient la matière à distiller, toutes les fois qu’on doit opérer à feu nu. Su forme
PHAIIMÀCOTECHNIE.
est celle d'un cylindre , que surmonte un rebord renflé et arrondi, destiné à reposer sur le fourneau par tous les points de sa circonférence. Ce rebord est terminé supérieurement par un collet plus étroit que le fond de la chaudière. Sur un des points du pourtour de ce collet est une douille, qui sert à introduire dans la chaudière une nouvelle quantité de liquide , quand cela est nécessaire.
2° Le seau ou bain-marie est un vase en étain ou en cuivre étamé , de forme et de volume à entrer dans la cucurbite , et dont le collet s’adapte sur celui de cette dernière et a exactement le même diamètre.
Cette pièce n’est nécessaire que dans le cas où on opère au bain-marie , comme le dit son nom ; alors , la cucurbite ne reçoit que de l’eau, et l’on verse dans le seau la matière à distiller.
5° La tête ou chapiteau est une espèce de couvercle qui peut s’appliquer sur la cucurbite dans la distillation à feu nu , et sur le seau dans l’opération au bain-marie. Ce chapiteau forme une espèce de dôme, d’un des points duquel part un large tuyau recourbé , destiné à conduire la vapeur dans le réfrigérant. Au sommet de ce dôme est une ouverture que l’on tient fermée durant l’opération, et qui remplit pour le bain-marie la même fonction que la douille pour la cucurbite.
4° Le réfrigérant ou serpentin est un long tube d’étain , contourné en spirale , qui plonge dans un cylindre de bois ou de métal que l’on remplit d’eau froide. Le sommet de ce tube est disposé de façon à s’adapter par recouvrement à l’extrémité du tuyau conducteur du chapiteau. Ce serpentin reçoit les vapeurs qui lui arrivent par sa partie supérieure , les condense au moyen de l’eau froide qui l’environne , et les verse sous forme liquide , par la partie inférieure , dans un récipient, que l’on doit choisir de préférence en verre.
Toutes les parties de cet appareil doivent être lutées
comme nous l’avons dit , en exceptant toutefois la jointure de la cucurbite au bain-marie.
La distillation à feu nu s’emploie dans tous les cas où la chaleur appliquée immédiatement n’est pas capable d’altérer le liquide à distiller. Le degré d’ébullition est variable selon que ce liquide est plus ou moins chargé de principes solubles et fixes ; c’est ainsi qu’il ne faut que 100° centigrades pour faire bouillir l’eau pure , et qu’il en faut davantage quand elle contient, soit des sels, soit quelques principes organiques , comme le sucre, etc., en solution.
Dans tous les autres cas , c’est-à-dire lorsque le liquide contient des principes insolubles ou des principes qu’il abandonne par suite de son évaporation, et qui, en se déposant au fond de la chaudière , y éprouveraient une température capable de donner naissance à des produits pyrogénés, on a recours au bain-marie, qui, alors, joue le rôle d’un véritable régulateur du calorique, et transmet toujours, sous la même pression, le même degré de chaleur, de manière à ne jamais donner d’odeur et de goût empyreuma tiques.
Dans certaines circonstances, une première distillation est insuffisante , et il devient nécessaire de la réitérer; on lui donne alors les noms de cohohation „ rectification et déphlegmation.
Dans la cohohation , le produit distillé est reversé sur une nouvelle quantité de substance , et le tout est distillé de nouveau , pour que le produit définitif soit chargé d’une plus forte proportion de principes volatils.
La rectification consiste à distiller une seconde fois un produit pour rappocher davantage ses principes actifs. Pour rectifier , on reverse le produit distillé dans le vase qui le contenait d’abord , après avoir eu soin de vider et de nettoyer ce dernier. Enfin on distille de nouveau et lentement , pour obtenir seulement les parties les plus
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volatiles. On peut, dans quelques cas, ajouter au pro duit à rectifier une substance capable de fixer les parties les moins volatiles.
La déphlegmation est une distillation à laquelle on soumet une liqueur Ghtenue u Vaide du Jeu , pour en séparer les parties les plus aqueuses , qui passent les premières, et auxquelles on donne le nom de phlegme. Le liquide restant est le produit que l’on recherche dans cette opération, qui, à la rigueur, pourrait se faire au contact de l’air.