DES CLASSIFICATIONS
La classification est la méthode. et l'opération par laquelle nous rangeons en groupes distincts et subordonnés les êtres de la nature, de manière à nous en faciliter l'étude et à en mieux ■connaître les rapports.
405. Usages de la classificatiou. — H résulte de cette définition que l'usage des classifications est double :
1° Elles facilitent l'étude en soulageant la mémoire. En effet, le nombre des objets de la nature est incalculable ; il accablerait la mémoire la plus heureuse, s'il n'y avait pas des artifices oour
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aHé£!;«eir le poiids. On eompte par exempte, au moins cent vingt mille' espèces de végxîtaiix. Qiîi pouiTait retenir aiai hasard les noms et les pFO[)i'iétfi& de' tant de plantes ? Qui pourrait les retarouver au besoin? ^ui pourrait les reconnaître étant diécrites dans un livre? Rien que de chercher à découvrir un objjet entre cent vingt mille pourrait occuper tourte la vie. De là la Hécessité d'un ordre, et d'aibord d'un ordre quelconque qui puisse sirapliGer l'étude' et abréger les recherches. C'est ce que Descartes exprimait en disant *.( qu'il supposerait même de l'ordre entre les objets qui ne se précèdent point naturellement les uns hs autres ». {Discours de la méthode^ IL )
2° Le second objet de la classification est de retrouver, autant qu'il est possible, V ordre de la nature. La nature, en effet, a un plan, et suivant un grand naturaliste, Agassiz, « nos systèmes ne sont que la traduction, dans la langue de l'homme, des pensées du Créateur *■ ». La formation des groupes n'est donc pas seulement pour nous un moyen d'aider notre intelligence, elle doit être la "eproductioa des groupes formés par la nature même ; car c'est la nature qui a fait les choses semblables ou dissemblables. Une bonne classification est donc, comme l'a dit Cuvier, '( un arrangement dans lequel les- êtres du même genre seraient plus voisins entre eux que de ceux de tous les autres genres, ics genres du même ordre plus que de ceux de tous les autres ordres^ et ainsi de suite. » {Rèrjne animal, introd.) G!est là un idéal, qui, s'il était réalisé, serait a l'expression exacte et complète de la. nature entière ». (Agassiz, ch. i.)
De ces considérations, il s'ensuit qu'il y a plusieurs espèces de classifications, suivant l'objet qu'on se propose. On distingue les classifications empiriques, usuelles ou pratiques, artificielles et enfin naturelles ^.
/iOi]. Classifications empiriques. — Ce sont celles qui sont indépendantes de la nature même de l'objet; telles sont, par exemple, les classifications alphabétiques, qui, étant fondées sur Je nom de la plante ou de l'animal, n'ont aucun rapport réel avec les êtres, et ne peuvent servir qu'à ceux qui les connaissent déjà par le^ nom ^ : c'est ainsi que la classification des livres par le format dans une' bibliothèque est purement empirique.
Il Agassiz, de VEipèce, ch. Ii trois classes : 1° celles (jui étaient' inconnues
2. De Gandol|.\ TMorie élémentaire de la avant lui; 2» celles qui étaient décrites, mais Hùtanique, inirodijcjior», ch; il. non figurées'; 3° celles qui étaicnti décrites ^
3. « IJuxbaum (en 1728) a admis un ordre figurées, mais imparfaitement. » (De Gandolltk ^renient empirique, en divitant les plantes en p< 25).
4,00''/^€lafessiflica(ioa» usuelles ou pratiques. — Les
plantes étant die différents usages, on d«vra les cliasser différemment suivant le but qu'on se propose. Be là les cJ>assifications medkales om pharmaceutiques, les classifications économiques ©u imhislrielles, les cliassifications géographiques, etc.
407 . Classififcatiouis artificielles — C'est surtout en botarnique que la question des elassilications a été étudiée à fond; mais les mêmes Gonsidiérations peuvent s'appliquer aux animaux, aux minéraux et aux autres objets de la nature.
La distinction la plus importante est celle qu'établissent les naturalistes entre ce qu'ils appellent la méthode artificielle et la méthode naturelle. De part et d'autre le but est de connaître les objets, au point de vue purement théorique et scientifique. Mais la méthode artificielle a surtout pour but c de donner à cenix qui ne connaissent pas le, nom des plantes un moyen facile de le découvrir dans les livres, par l'inspection de la plante ellemême ». (DE Candolle). Quant à la méthode naturelle, elle a pour objet l'ordre même de la nature. Parlons d'abord des classifications artificielles.
Voici, selon de Candolle (ch. ix,§25), les conditions auxquelles doit répondre une bonne classification artificielle, en botanique i
1° Il faut que cette méthode soit fondée sur quelque caraclèra inhérent à la plante, par exemple, sa structure : car ce qui tient à sa position dans la nature, à ses usages, à son histoire ne peut pas frapper les sens.
2" Cette méthode doit reposer sur les parties solides, et non les sucs liquides, puisque ceux-ci disparaissent avec la mort.
3° Parmi les organes solides, on doit choisir de préférence ceux qui sont faciles à voir, qui se trouvent dans la plupart des végétaux, et qui, tout en étant constants, donnent lieu à des variations faciles à saisir.
â" Les organes choisis doivent être visibles dans le même moment, afin de ne pas être obligé de suivre la série entière de l'existence de la plante.
On voit, d'après ces principes, que les classifications artificielles ne sont nullement, comme on le croit généralement, des classifications arbitraires. Elles ne reposent pas non plus exclusivement, comme on le dit, sur des caractères accessoires ou extrinsèques. Elles ont elles-mêmes un fondement naturel, et doivent même, autaut que possible, reproduire l'ordre naturel;
mais elles obéissent à des conditions spéciales, en raison du but qu'elles se proposent, à savoir, reconnaître une plante ou tou' autre objet que l'on n'a jamais vu auparavant.
On distingue deux sortes de classifications artificielles : les tystèmes et les méthodes. Les systèmes sont ceux qui se bornent à classer d'après un seul caractère et ww seul organe. Les méthodes sont les classifications qui se déduisent de tous les organes existant à la fois à une époque déterminée.
Le choix exclusif d'un seul caractère n'est donc pas, comme on le dit souvent, le propre des classifications artificielles ; car on peut en considérer plusieurs à la fois, et même les prendre tous, sans que la classification cesse d'être artificielle.
Le plus remarquable exemple de la classification artificielle est celle de Linné, fondée exclusivement sur le système sexuel des plantes.
I / / / Ubo ëtamine I. Monanôrie.
Deux étamincs IL Dianilrie.
Trois... III. Tiiamlrie.
Qualre IV. Tctraiidrie.
Cinq V. Peiitaiidrie.
Six VI. Hcxandrie.
Sept VII. Hoptaiulrie.
Huit Vin. Octandiie.
Neuf IX. Enncandrie.
D'X X. Ddcandrie,
De onze à dix-neuf M. Dodécandri».
Vingt étamincs' . ou plus.
Deux étaniines
plus courtes
que les autres.
Par
les
filets.
Adhéreiile.s au calice XII. Icosandrie.
Adhérentes au rc'cep- »acle XIII. Polyandri».
Quatre étamines dont deux pins longues.. XIV. Didynaoïle,
Six étamines dont quatre plus longue» XV. Tétradynaintab
Toutes en un faisceau XVI. Monadelphift
En deux faisceaux.. XVII. DIadelphie.
En plusieurs faisceaux XVIII. Polyadelphi«c
Par les anthères XIX. Syngénésie.
Etamines adhérentes au pistil ou posdes sur
lui XX. Gyaandrie.
Fleurs mâles et femelles sur le
même individu XXI. Monœcie.
Fleurs mâles et femelles sur
deux individus diflërents XXII. Dicecia.
Fleurs tantôt mâles, femelles ou
hermaphrodites, sur un, deux
ou trois individus XXIII. Polj^amfe.
Non réunis dans la même fleur.
Invisibles à l'œil nu.
iANET, Philosophio.