‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 179 sur 313 · Stuatt Mîu a« tftiHtarianitm · texte numérisé non relu

Stuatt Mîu a« tftiHtarianitm

voit qu'il s'agit ici d'un utilitarisme tout autrement enten'^^i que ceiui de Benlham. On peut dire que la discussion, réduite ft c^ termes, n'a plus guère qu'une valeur théorique. Car la princioaift raison pour laquelle nous combattons la morale utilitaire, c est qu'elle ne tient compte que de la quantité des plaisirs, et non do la qualité. Remplaçons l'une par l'autre, on peut s'entendre : mais alors n'a-t-on pas changé de principe? Ce que vous appelez la qualité des plaisirs ne serait-il pas précisément ce que les hommes appellent le bien, et ce qui leur paraît une règle supérieure au plaisir?

Si le plaisir est le bien, s'il est le dernier élément auquel on arrive dans l'analyse du bien, deux plaisirs ne devraient pouvoir se distinguer l'un de l'autre, être préférés l'un à l'autre, jugés l'un meilleur, l'autre moindre, que si l'un contient plus de bien que l'autre, c'est-à- dire plus de plaisir : deux plaisirs ne peuvent donc différer que par la quantité. Si vous dites au contraire que de deux plaisirs l'un est, en soi et par sa nature propre, meilleur que l'autre, il faut qu'il y ait quelque chose qui ne soit pas le plaisir même pour donner à l'un cette supériorité sur l'autre. La qualité des plaisirs ne peut pas dériver du plaisir luimême, mais des différentes causes qui le produisent ; car, en tant que plaisirs, tous se valent, si ce n'est par la quantité. S'ils ne se valent pas, s'ils contiennent plus ou moins de noblesse, de pureté, de délicatesie, si c'est ainsi qu'on doit les distinguer et les mesurer, il faudra dire que le bien n'est pas le plaisir en tant que tel, mais le plaisir en tant que noble ou délicat, et par conséquent le bien ora précisément ce noble, ce délicat qui met certains plaisirs privilégiés au-dessus de tous les autres.

Mill le reconnaît lui-même lorsqu'il dit que le bonheur humain n'est pas du même ordre que le bonheur de l'animal, puisqu'il dérive de facultés plus élevées \ Mais qu'est-ce qu'une faculté plus élevée? N'est-ce pas une faculté qui, en soi et avant même qu'elle nous procure du plaisir, est plus noble, plus excellente, meilleure qu'une autre? Il y a donc un principe d'appréciation qui ne sera pas le plaisir; et les choses différeront déjà en degré, en excellence, en valeur intrinsèque, avant de différer par les plaisirs qu'elles nous causent : si elles ne différaient pas déjà par quelque excellence intrinsèque, les plaisirs qui en dériveraient pourraient différer en quantité, non en qualité. Il y a donc

1. The Utilitariani$m : i Humas beinss hâve facultics more elevated than the animal aépd* «te». » P. H

déjà du bien avant qu'il y ait du plaisir, et le plaisir n'est pas le bien, mais il est la conséquence du bien : il n'est pas la mesure du bien, mais c'est le bien, au contraire, qui est la mesure du b/en.

M. Mill a très bien compris la difficulté de concilier le principe du plaisir, comme principe fondamental de la morale, avec le correctif qu'il y ajoute, à savoir, le choix de la qualité dans le plaisir; il cherche un critérium pour distinguer la qualité des plaisirs sans renoncer au principe fondamental de la doctrine utilitaire, et voici le moyen ingénieux dont il s'est avisé : € Si on me demande ce que j'entends par la différence de qualité dans les plaisirs, il n'y a qu'une réponse possible. Lorsque de deux plaisirs il en est un auquel tous ceux ou presque tous ceux qui ont l'expérience des deux donnent une préférence marquée, sans y être poussés par aucune obligation morale, celui-Kà est le plaisir le plus désirable. Si des personnes en état de juger avec compétence de ces deux plaisirs placent l'un tellement au-dessus de l'autre, qu'elles le lui préfèrent tout en le sachant accompagné d'une plus grande somme de mécontentement, nous somnries en droit d'attribuer à la jouissance préférée une supériorité de qualjté qui l'emporte sur la quantité*. »

On voit par là que M. Mill cherche à découvrir un critérium empirique de la qualité du plaisir, critérium qui ne soit pas tiré de la valeur intrinsèque et absolue des choses, mais seulement de l'appréciation générale des hommes; et ce critérium est, suivant lui, dans le jugement des personnes compétentes, c'est-àdire de celles qui ont fait l'expérience des deux genres de plaisirs. Par exemple, un débauché vulgaire ou un avide spéculateur pourront mépriser les plaisirs de la science, des arts, de la vertu; mais ils sont incompétents, nous dira M. Mill : ilsn*ontpas fait l'expérience de ces plaisirs qu'ils méprisent. — Fort bien; mais l'aigument ne peut-il pas être rétorqué? Un saint Vincent de Paul ou un Newton sont-ils bien compétents, lorsqu'ils méprisent les plaisirs des sens, les joies des folles passions? les libertins ne pourront-ils pas soutenir que la vie de plaisir a des joies d'une profondeur infinie que les ascètes ou les pédants sont incapalfies de goûter? Voyez, dans le Gorgias de Platon, avec que enihousiasme poétique Calliclès chante la vie de passion ei, le droit du plus fort, et sous quelle couleur ridicule et basse il dépeint la vie sage et tempérante. De même les poètes modernes

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