Sympathie, bieuveîllauce, estime et mépris
Les différentes formes du sentiment moral dans son rapport aux actions d'autrui sont des nuances délicates dont la délimitation appartient plus en quelque sorte à la littérature qu'à la science. Ce sont les divers degrés de plaisir ou de peine, d'amour ou de h^ine, suscités en nous par la vue ou le récit des ac-
1. Celte expression est peut-être un peu naître qu'on a eu tort, de faire aes excuses, etc.
forto : il n'y a jamais humiliation à rcparer le Et cepi-ndant la justice l'exige en certains cas.
mal iiu'oii a fait; mais au point de vue du 2. Go passade est extrait de notre livre da
monde, on se croit souvent humilié de recon- la Famille, Wi" le^n.
JANET, Philosophie. 4-
tiens présentes ou passées, et modifiés par les divers jugements que nous portons sur ces mêmes actions. Sympathie, antipathie, bienveillance, estime, mépris, respect, enthousiasme, indignation : telles sont les diverses expressions par lesquelles nous exprimons les divers sentiments de l'âme en présence de la vertu et du vice.
La sympathie est la disposition à ressentir les mêmes impressions qie les autres hommes : sympathiser avec leur joie, c'est partager cette joie ; sympathiser avec leur douleur, c'est partager cette douleur. Il peut arriver que l'on sympathise avec les défauts des autres hommes, lorsqu'ils sont les mêmes que les nôtres ; mais en général les hommes sympathisent surtout avec les bonnes qualités, et n'éprouvent que de l'antipathie pour les mauvaises. Au théâtre, tous les spectateurs, bons ou mauvais, veulent voir la vertu récompensée et le crime puni. Le contraire de la sympathie est Y antipathie. La sympathie est un sentiment si voisin du sentiment moral, qu'un ingénieux philosophe écossais, Adam Smith, a fondé sur ce principe un système moral ëgnt nous avons parlé plus haut (519).
La bienveillance est la disposition à vouloir du bien aur autres hommes. Vestime est une sorte de bienveillance, mêlée de jugement et de réflexion, que nous éprouvons pour ceux qui ont bien agi, s'il ne s'agit surtout que des vertus moyennes et convenables; s*il s'agit de vertus plus hautes et plus difficiles, l'estime devient du respect; s'il s'agit d'héroïsme, le respect se complique d'admiration et d'enthousiasme; l'admiration est le sentiment d'étonnement que nous fait éprouver tout ce qui est nouveau et grand , et l'enthousiasme est le même sentiment plus passionné, et nous enlevant en quelque sorte à nous-mêmes, comme si un dieu était en nous *. Le mépris est le sentiment d'aversion que nous éprouvons pour celui qui agit mal ; il implique surtout qu'il s'agit d'actions basses et honteuses. Lorsqu'il s'agit d'actions condamnables, mais non odieuses, le sentiment que nous éprouvons est celui du blâme, qui, comme l'estime, est plus près d'être un jugement qu'un sentiment. Quand il s'agit enfin d'actions criminelles et révoltantes, le sentiment qu'elles provoquent est V horreur ou V exécration»