‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 2 sur 313 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Après trente-cinq années d'enseignement, nous avons cru faire une œuvre utile aux jeunes gens en réunissant dans un traité substantiel et élémentaire ce que nous tenons pour les résultats les plus clairs et les plus assurés de la science philosophique.

Il existe déjà en ce genre plusieurs 'traités excellents, et nous nous serions fait scrupule d'en augmenter le nombre, si, depuis une vingtaine d'années, la philosophie n'avait pas changé d'aspect. Des faits nouveaux, des problèmes nouveaux, de nouveaux besoins d'observation et de critique se sont produits. Sans rien sacrifier, pour le fond, de la tradition, à laquelle nous tenons autant que qui que ce soit, nous avons cru le moment venu de faire une part à la nouveauté. Nous l'avons faite avec réserve et sobriété, et, nous le croyons, dans une juste mesure.

Par exemple, nous avons pensé devoir commencer la psychologie par la description de l'homme physique, et par une étude sommaire sur les fonctions et les organes du corps humain, notamment du système nerveux. Sans doute il y a dans la classe de philosophie un cours d'histoire naturelle et de physiologie; mais ce cours, très développé, dure toute l'année, tandis qu'il est nécessaire, dès le début, d'avoir par avance quelques notions abrégées sur les fonctions et les organes, puisqu'il peut y être fait souvent allusion dans le cours de psychologie.

Outre cette première raison toute pratique, il y en a une autre plus philosophique. Toute philosophie doit partir de ce qui existe réellement : or ce qui existe en fait, c'est V homme entier, âme et corps. Il ne faut pas perdre de vue que la psy-

fl PRÉFACE.

chologie n'étudie qu'une partie de l'homme, et que cette partie supérieure a comme condition nécessaire l'existence du corps organisé.

La grande philosophie du xvii" siècle n'avait pas nos scrupules modernes, et Bossuet considérait la connaissance du corps comme une partie de la connaissance de soi-même.

En omettant de parler du corps et de la part qu'il prend à notre vie, on laisse entre les mains du matérialisme une arme dangereuse; car cette partie de notre être qui, mise à sa place et exposée dans sa vérité, ne peut compromettre en rien ce qu'il y a de plus élevé en nous, reparaît au contraire comme un argument menaçant lorsqu'on peut croire qu'elle a été omise à dessein comme quelque chose d'embarrassant

Ayant donc pris pour point de départ l'existence de rhomme réel et commencé par la description de l'organi' sation, nous avons dû modifier quelque peu le tableau des opérations de l'âme, en les distinguant en deux classes : d'une part celles qui tiennent immédiatement au corps et qui nous sont communes avec l'animal, et de l'autre celles qui s'élèvent au-dessus de celles-là et qui sont propres à l'homme. C'est ce que Maine de Biran a exprimé en distinguant en nous la vie animale et la vie humaine. Ainsi l'homme physique nous conduit à l'homme animal, et celui-ci à l'homme intellectuel et moral, à la personne humaine.

Dans la description de la vie sensitive et animale, nous avons emprunté au philosophe anglais Alex. Bain l'idée de commencer par les mouvements et les instincts : car ce sont les phénomènes les plus près des phénomènes corporels; c'est là qu'est le passage de la physiologie à la psychologie.

Grâce à cette méthode, la psychologie vient se rejoindre au groupe dés sciences naturelles, tout en s'en séparant. Il y a progrès sans rupture. C'est, dans ce qu'elle a de bon, de certain, de conforme à la réalité, une juste application de la méthode d'évolution prise dans son vrai sens. Et aucune école n'a li^u de s'en inquiéter : car cette méthode, si conforme aux idées modernes contemporaines, est encore celle qui se rapproche leplus de celle d'Aristôte et de saint Thomas.

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