Bivssion de» iustincts. — On a divisé les instincts en
trois classes :
1. Instincts relatifs à la conservation de Vindividu : i° disposition à se nourrir de certaines substances déterminées; — 2*
l. Celle iii.'ilyie des carartères de l'instinct et les textes cités sont empruntés au livre de II. H. Joly (!'• .'Instinct, ch. m.
moyens employés par les carnassiers pour s'assurer leur proie (toile de l'araignée, entonnoir du fourmilion, ruses des animaux) ; — 3° instinct d'accumulation (provisions des écureuils^ des fourmis); — 4° instinct de construction (coq:ie du ver à soie, terrier du lapin, huttes du castor, ruches des abeilles); — 5" instinct de vêtement (la teigne du drap).
II. Instincts relatifs à la conservation de Vespèce : i° précautions pour la ponte des œufs (nécrophores, pompiles) ; — 2° construction des nids.
III. Instincts de société : 1° sociétés accidentelles (animaux voyageurs); — 2° sociétés permanentes (abeilles, fourmis, castors).
44. L'instinct cbez Thomuie. — C'est surtout chez les animaux et chez certains animaux que les phénomènes instinctifs se manifestent de la manière la plus étonnante; mais ils ne sont pas étrangers à l'organisation humaine, et quoique la volonté s'y mêle pour une beaucoup plus grande part que chez les animaux, on doit faire cependant la part de l'instinct. Bain cite comme exemples le rythmé locom.oteur, la concordance des mouvements des yeux, etc. *
45. Théories snr Tinstinct. — On a essayé d'expliquer l'instinct surprenant des animaux par plusieurs hypothèses dont voici les principales :
1° Hypothèse de la sensation. — L'instinct serait uniquement provoqué par les sensations de l'animal. C'est l'odorat qui conduit l'abeille vers la fleur qui doit lui donner son suc. L'incubation.des œufs s'explique par le soulagement que la poule éprouve en s'étendant sur les œufs, etc.
Il est certain que la sensation joue un rôle dans l'instinct; mais elle est tout à fait insuffisante pour en expliquer les phénomènes compliqués. Quelle sensation peut apprendre à l'abeille que la forme hexagonale est la plus propre à contenir le plus de miel possible dans le plus petit espace possible?
2° Théorie de Vhahitude. — Une théorie plus savante est celle qui explique l'instinct par l'habitude. « La coutume, dit Pascal, est une seconde nature; j'ai bien peur que cette nature ne soit ellemême qu'une première coutume. ï {Pensées, éd. Havet, III, 13). Rien, en effet, ne ressemble plus à l'habitude que l'instinct, et on ne peut mieux la définir qu'en disant qu'elle est un instinct
i. Sens et intelligence, trad. fr., p. 227,
acquis. Mais si nous pouvons acquérir certains instincts que nous appelons habitudes, pourquoi tous les instincts ne seraient-ils pas du même genre? pourquoi tous ne seraient-ils pas acquis et ne viendraient-ils pas de l'expérience?
Cette théorie vient échouer devant les faits caractéristiques de rinslinct. En effet, s'il est vrai, comme il est incontestable, que l'animal se fait des habitudes par l'expérience, comme nousmêmes, il est certain aussi qu'il a des instincts qui précèdent toute expérience. Ainsi les tortues vont droit à l'eau qu'elles n'ont jamais vue ; l'abeille, dès le premier jour, fait ce qu'elle fera toute sa vie. L'absence d'éducation est un des faits les plus certains de l'instinct.
3° Théorie de Vhérédité. — L'habitude individuelle étant insuffisante pour expliquer les faits, on a eu recours dans une école toute récente (Darwin, Ilerb. Spencer) à l'habitude de l'espèce. C'est l'espèce tout entière qui fait des expériences et qui peu à peu, en accumulant les foits, acquiert une habileté de plus en plus grande, qui se transmet et se fortifie par l'hérédité.
A cette théorie on peut faire plusieurs objections : V II n'y a pas de trace historique de ce développement progressif des instincts. 2" Comment l'animal aurait-il subsisté sans les instincts qui sont nécessaires à sa conservation? 3" Il y a des instincts qui ne sont pas susceptibles de degré : ce sont ceux qui se composent d'un seul acte : par exemple, celui de déposer ses œufs sur de la chair putréfiée (42, 1"). Que cet acte n'ait pas eu lieu à l'origine, et l'espèce périssait. 4° Si les espèces ont pu à l'origine se créer des instincts, pourquoi ne s'en créent-elles pas de. nouveaux?
En résumé, rien de plus obscur que l'origine de l'instinct. Contentons-nous de le constater comme un fait incontestable : au surplus, c'est là la seule fonction de la psychologie. L'explication du fait appartiendrait plutôt à la philosophie de la nature^
46. Habitudes. — On peut encore compter parmi les opérations actives de la vie sensitive et machinale de l'homme les mouvements que l'on appelle habituels, et qui, par une répétition fréquente, semblent redevenir instinctifs et spontanés. Mais comme la volonté intervient pour une très grande part dans des sortes de mouvements, nous en remettrons la théorie à la section qui traitera de la volonté. (Sect. III, ch. m).