‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 22 sur 313 · Seosibilité consciente et inconsciente. — Les faits · texte numérisé non relu

Seosibilité consciente et inconsciente. — Les faits

nouveaux dans lesquels nous allons entrer sont du domaine de la conscience et paraissent être les premiers qui se manifestent à elle, ils se mêlent probablement aux précédents, et l'on peut supposer qu'ils existent déjà à quelque degré aussitôt que l'animal vit. a. Vivre, c'est sentir, » ont dit les physiologistes Or, qu'est-ce que sentir, si ce n'est jouir ou souffrir à quelque degré?

Il est vrai que les physiologistes admettent quelquefois une certaine faculté appelée sensibilité, chargée de a recevoir les excitations externes et de réagir à la suite de ces excitations* », sans qu'il soit nécessaire que ces phénomènes arrivent à la conscience sous forme de plaisir et de douleur; et ils ont trouvé de la sensibilité jusque dans les plantes.

N'est-ce pas là un abus de mots? Peut-on appeler du nom de sensibiUté une action purement organique, sans aucune conscience? Dire que la sensilive sent l'acLion de contact lorsqu'elle se replie au toucher, n'est-ce pas une sorte de métaphore, de même que lorsqu'on dit que la plaque photographique est sensible à la lumière? Sans doute, il se passe quelque chose dans nos corps quand nous éprouvons du plaisir ou de la douleur, et cette même action pfut avoir lieu sans qu'il y ait plaisir et douleur. Mais il nous semble que cette action toute physique serait mieux désignée par le nom d'irritabilité ou d'excitabilité, réservant le mot de sensibilité pour la faculté de sentir prise dans son sens propre et dans ces deux phénomènes caractéristiques : plaisir et douleur.

Quoi qu'il en soit, du reste, de ce débat qui porte sur les mots

1. Cl "'Hp rvrjinrii, les Phénnmi'-'ifx ■le la vie. i" leçon, p. "iSô,

plus que sur les choses, nous aborderons ici les phénomènes de sensibilité, en tant qu'ils se présentent à la conscience.

48. Sens intime. — C'est ici le lieu de rappeler ce que nous avons dit plus haut (10), que le caractère essentiel des phénomènes psychologiques est de ne pouvoir pas se produire sans être accompagnés d'un sentiment intérieur immédiat qui nous les fait percevoir et sans lequel ils n'existeraient pas pour nous. C'est en ce sens qu'on a dit : Non sentimus, nisi sert' iiamus nos sentire. Ce sentiment immédiat est tellement coessentiel au fait lui-même, qu'il doit être toujours supposé quand on parle de ce fait. On a donné le nom de sens intime à ce sens qui accompagne tous les autres; les scolastiques l'appelaient synesthèse (av-jaicOntriç. ) On peut, en effet, l'appeler un sens tant qu'il n'est que ce que nous venons de dire, à savoir, l'accompagnement inévitable de tout phénomène inlerne en tant qu'il est senti : ainsi entendu, il se confond avec la sensibilité même*; la sensibilité animale la plus infime est accompagnée du sens intime, ou elle ne serait pas sensibilité.

Mais autre chose est le sens intime, qui n'est que l'accompagnement passif des phénomènes, autre chose l'acte par lequel le sujet sentant, pensant et voulant se perçoit lui-même en tant que sujet, et se distingue soit de ses sensations, soit de son, propre corps, soit des êtres étrangers. Cet acte supérieur eslla. conscience ^ et c'est un acte essentiellement intellectuel : c'est même l'acta essentiel de l'inteUigence nous en parlerons plus loin. (Sccl. Il, ch. II.)

49. Sensations. Emotions. — Lorsque le corps humain à l'état normal est soumis à l'action d'une cause extérieure (par exemple les rayons du soleil ou le retentissement de la foudre), ou même d'une cause intérieure (comme l'accumulation du sang dans une partie du corps), cettecause détermine dans les organes une certaine modification que l'on appelle une impression; et à la suite de celte impression, dont nous ignorons la nature, se produit en nous un état de conscience qui nous est immédiatement connu et que l'on appelle une sensation.

On! y a deux choses à remarquer dans toute sensation : l'elle est agréable ou désagréable, elle nous cause du plaisir ou de la douleur; '^'^ elle est une impression distincte et spéciale, qui nous apprend quelque chose sur les objets externes.

1. « C'est la même chose à l'âme, tlil Ma- la douleur; elle ne peut ressentir la doule* Jcbranche, de recevoir la manière d'être que qu'en l'apercevant.» (Rec/ierch« de la vériU, l'iB «ppelle douleur que d'apercevoir ou sentir cli. i.)

Elle est affective ou représentative. Nouv'î appellerons émotiont les sensations considérées au point de vue airectU, c'est-à-dire comme plaisirs et douleurs, et nous réserverons le nom ôe sensations pour les phénomènes de représentation.

50. Plaisir et donlcnr. — Il es! inutile et impossible de définir le plaisir et la douleur. Inutile, car chacun entend assez le sens de ces mots. Impossible, car on ne peut tenter de les déiinir qu'à l'aide d'autres mots qui n'en sont que la répétition '.

Plaisirs physiques et plaisirs moraux. — Quoique, à l'exemple de Bossuet (Conn. de Dieu, 1, ii), nous rangions le plaisir parmi les opérations sensitives, et que nous les rattachions aux sens, et par conséquent au corps, nous ne devons pas oublier qu'il y a deux sortes de plaisirs : les plaisirs physiques et les plaisirs moraux, et de même pour les douleurs. Tels sont les plaisirs et les douleurs de l'Ame et du cœur : ils rentrent dans ce qu'on appelle les sentiinents C'a A). Ce que nous disons ici s'applique à toute espèce de plaisir, aussi bien physique que morv^J.

La nature du plaisir. — On a soutenu sur la nature du plaisir deuxopinion>différcnles.Suivant'esuns,lcplnisirn'estqu'un fait négatif: c' esllâ cessation de la douleur. Suivant les autres, c'est iin fait positif, c'est un acte. Examinons ces deux opinions*.

I. Plusieurs philosophes, Épicure chez les anciens. Cardan, Verri et Kant chez les modernes, ont soutenu que le plaisir n'est pas un étal primitif et positif, qu'il était toujours précédé de la douleur et qu'il consistait simplement dans la cessation de la douleur, dans la non-douleur (mrfo/ew-f m). Cardan, entre autres, était si convaincu de cette doctrine, qu'il se donnait volontairement certaines douleurs, convaincu que c'était le seul moyen d'avoir du plaisir. Suivant Kant, le plaisir est la conscience de l'effort vital : or, tout effort suppose empêchement ou obstacle, et tout empêchement est une peine: donc, il faut que la peine précède le plaisir.

On peut répondre : 1° S'il est des plaisirs qui naissent de la satisfaction d'un besoin, et par conséquent d'une souffrance, il en est d'autres qui ne. paraissent succéder à aucun besoin : comme par exemple le plaisir du beau, même les plaisirs de la vue, de î'ouïe : les belles couleurs, les beaux sons, les odeurs suaves^. Souvent une simple cessation de douleur ne nous cause qu'un plaisir très faible et presque nul. Il faut une autre cause po-

1. Par exemple, Cicéron dôfinil le |)luisir : a. Voy. F. Bouillier, le Plaisir et la Dou-

Motum jxicundum quo sensiis hilareiur. Or leur, cU.xii c' cli. m.

^uciiridus ne dil riL'ii ilc plus que voluplas.ei 3. l'ialon, fliiUbe. iito/oci. est uue métaphore.

PHÉNOMÈNES AFFECTIFS. 4t

sitive pour changer la douleur en plaisir. — 2° Dans Fhypothèse en question, il ne pourrait y avoir deux plaisirs consécutifs. En outre, le plaisir ne pourrait être prolongé ; car, si au premier moment il n'est que la privation d'une douleur, au second moment il est la suite d'un plaisir. — 3° Il n'y a pas une seule preuve qui établisse que la douleur soit le fait primitif : car s'il y a des plaisirs qui naissent de la douleur supprimée, il y a des douleurs qui naissent du plaisir supprimé. Par exemple, ôtez brusquement un objet à un enfant pendant qu'il est occupé à s'en amuser, il criera immédiatement. Vous ne lui avez cependant fait d'autre mal que de lui ôter son plaisir. Il y a donc des douleurs qui ne sont que des non-plaisirs, comme il y a des plaisirs qui ne sont que des non-douleurs. Pourquoi choisir l'un des deux faits plutôt que l'autre pour en faire le fait primitif? — 4° Autre chose est dire : tout plaisir est mêlé de quelque douleur; autre chose de dire : le plaisir est une nondouleur. L'effort vital dont parle Kant peut être mêlé de douleur, mais au fond il est un plaisir.

II. Contre la théorie précédente, nous admettons avec Aristote, Descartes, Leibniz, Hamilton, M. Fr. Bouillier, que le plaisir est un fait positif, qui n'est que l'expression même de l'activité, le sentiment de quelque perfection, perfectionis alicujus conscient ia.

Objectmis :

i° Le plaisir est souvent contraire à la conservation de l'être.

Rép. — Sans doute le plaisir qui résulte de telle ou telle fonction particulière peut être plus ou moins contraire à la conservation (lu tout. Il n'en sera pas moins vrai que, pour tel organe en particulier, le plaisir est le résultat de l'activité de cet organe.

D'ailleurs, il ne faut pas demander à nos organes plus qu'ils ne peuvent donner : un certain excès d'activité peut d'abord porter le plaisir à un degré d'intensité plus fort et plus vif, mais c'est à la condition de laisser rapidement après soi un sentiment de fatigue et d'énervement. C'est ainsi que la musique, par exemple, ou la poésie, ou une conversation très vive, peuvent surexciter à un haut degré la sensibilité et produire les plaisirs les plus vifs; irais la réaction est proche, et après ce vif plaisir l'on éprouve un certain vide. Il en est de même le lendemain d'une fête*. Le rire excessif produit également le même

1. C'est ce phénomène bien connu que les Allemands appellent d'une manière assez biiarre aas Katxenjammer, le chagrin du chat.

effet. C'est pourquoi la grande comédie, telle que le Misanthrope ou les Femmes savantes, cause un plaisir plus doux et laisse l'âme plus paisible, tout en la réjouissant moins, que telle farce extravagante qui, par le décousu de ses jeux de scènes et l'inattendu de ses calembours, excitera ce qu'on appelle le fou-rire. Selon Lefèvre de Pouilly, le plaisir consiste « à exercer les organes sans les affaiblir, et à exercer l'esprit sans le fatiguer ».

2° Qu'y a-t-il de commun « entre notre perfection et le plaisir de manger une pêche, de boire un verre de vin vieux * » ?

Rép. — Lorsque Descartes et Leibniz emploient le mot de perfection comme étant la source du plaisir, ils n'entendent pas ce mot dans le sens moral, mais dans le sens d'Aristote, à savoir Vacle d'une faculté {sytpyda) : or, il est certain que le plaisir du goût tient à ce que l'activité de ce sens est mise en jeu par une cause quelconque ; c'est une fonction de la vitalité qui n'a que le degré de perfection de ce genre de fonctions, mais qui a celui-là.

3° Quelle est l'activité, dit A. Bain, qui se déploie dans le plaisir d'un bain chaud, dans le contact d'une étoffe moelleuse? — Pourquoi, ditSt.xMill, l'orange est-elle agréable et la rhubarbe désagréable? Est-ce que la fonction du goût ne s'exerce pas dans un sens comme dans l'autre? Comment pourrait-on prouver qu'il y a plus d'activité dans la perception de l'une que dans celle de l'autre? On invoque aussi l'exemple des poisons doux, qui peuvent flatter le goût et qui détruisent l'organisme.

Pour ce qui est de ce dernier fait, nous avons vu déjà qu'un objet peut exciter l'activité particulière d'un organe et d'un sens et nuire à l'organisme tout entier. De même pour les plaisirs que l'on appelle passifs : ils ne le sont que par rapport à l'être considéré dans son tout, mais non pas dans telle ou telle partie. Ainsi, dans un bain tiède, l'homme tout entier est en repos et n'agit pas; mais il n'est nullement évident que l'eau n'ait pas la vertu de développer dans nos organes extérieurs une certaine tonicité ou élasticité dont l'effet communique au sentiment vital en général. Enfin on ne peut être engagé à expliquer chaque espèce de plaisir et chaque espèce de douleur en particulier. Aucune théorie ne peut aller jusque-là. Il suffit qu'un très grand nombre de cas justifient la doctrine, et qu'aucun fait particulier

i. Léon Dumont, de la Sensibilité, p. 46.

ne la démente. Or l'exemple de l'orange et de la rhubarbe n'ont rien qui contredise la théorie : car il n'est nullement impossible que l'un facilite et que l'autre comprime ou désaccorde l'activiti des nerfs gustatifs.

5i. Deux espèces de plaisirs. — Cependant il ne serait pas impossible qu'il y eût deux espèces de plaisirs : les uns qui consisteraient principalement dans un certain exercice de l'activité, soit des organes, soit de l'esprit, les autres dans la conservation d'un certain état d'accord et d'équilibre ; les uns plus vifs, plus excitants, plus ardents, mais aussi plus passagers, les autres plus calmes, plus paisibles et plus durables. Les uns pourraient s'appeler plaisirs r/r/Z/ls et les autres, par comparaison, plaisirs passifs. Les anciens avaient déjà connu cette distinction, qui remonte jusqu'à l'école d'Aristippe. Ce philosophe distinguait entre le plaisir stable et le plaisir en mouvement^. Ces deux sortes de plaisirs donnent lieu à deux sortes de bonheur : le bonheur de l'action et des passions, propre parlicuhèrement à la jeunesse et aux âmes audacieuses, ardentes, intrépides : et le bonheur de la paix et de l'habitude, propre à l'âge mûr et aux âmes douces, simples, domestiques. De part et d'autre cependant, c'est toujours l'activité de l'âme qui est la source du plaisir: mais lorsque l'activité est abondante, simple, fraîche en quelque sorte, elle a besoin de dépenser rapidementet fréquemment son excès; lorsque l'activité est plus faible et moins riche, soit par nature, soit par l'effet de l'âge, elle s'économise et ne trouve plus déplaisir que dans un exercice modéré.

Problème : Ya-t-ildes états de conscience indifférents, intermédiaires entre le plaisir et la douleur^?

52. Caractères dn plaisir. — Ces caractères sont ou intrinsèques ou extrinsèques. Intrinsèques, lorsqu'on considère le plaisir en lui-même; extrinsèques, lorsqu'on le considère par rapport à d'autres objets, par exemple le vrai et le bien.

Les caractères intrinsèques sont : Vintensité, la durée, la pureté, et \2i simplicité ou complexité.

L'intensité du plaisir est son degré de vivacité. Ainsi le plaisir de la santé devient plus intense après une longue maladie. Peut-

\. YioovYi xaTai7Tr|U.a'nxYi, tiûovti Iv la solution, afin d'indiquer les questions et

Xtvr|'T=' (D. Laert Epicur., 136). d'exercer la sagacilé du lecteur. — Voy. sur

2. Nous nous bornerons, de temps en temps, le» éUts moyens, le PhiUbe de Platoo. à poser qu^i'^ues problcaies, sans en donner

ie PSYCHOLOGIE.

être pourrait-on même distinguer deux sortes d'intensité : 1» ftlénilnde et \di vivacité. Certains plaisirs sont très vifs sans remplir la totalité de l'âme : tels sont les plaisirs des sens. D'autres au contraire remplissent l'âme sans l'exciter. Tel est pour une mère le plaisir de la présence continue d'un aimable enfant. — La durée du plaisir n'a pas besoin de définition. — La pureté du plaisir est l'absence de toute douleur. Le plaisir pur s'oppose au plaisir mélangé, celui dans lequel la douleur s'unit en une certaine proportion avec le plaisir. — La simplicité des plaisirs est la qualité d'un plaisir qui ne s'unit pas avec d'autres : par exemple, la vue d'une belle couleur, l'audition d'un beau son ; lorsqu'il y a plusieurs couleurs, comme dans un tableau, ou plusieurs sons, comme dans une mélodie, le plaisir devient composé. Lorsque l'on unit plusieurs plaisirs de diverse nature, le plaisir devient complexe. Tel est le plaisir de l'opéra, où les yeux et les oreilles sont à la fois réjouis. Tel est encore un dîner d'amis, où le plaisir des sens est relevé par celui de la conversation et de l'afîection, et celui-ci k son tour, on peut l'avouer, par le plaisir des sens *.

Quant aux caractères extrinsèques du plaisir, ils se rapportent plutôt à la morale qu'à la psychologie. Disons seulement que l'on distingue des plaisirs vrais et des plaisirs faux, des plaisirs honnêtes et des plaisirs honteux^. Mais ici nous entrons dans le domaine de la sensibilité morale.

53. Lois dn plaisir et de la donlenr. — Voici quelquesunes des propositions auxquelles on peut ramener la théorie du plaisir ou de la douleur. L'espace nous manque pour les développer. Elles pourront servir de problèmes.

I. Le plaisir est inséparable de la douleur (voy. Platon, le Phédon).

II. Le plaisir et la douleur peuvent durer après la disparition de leur objet (Bain, Emoti^'^i-s and the Will, ch. xiii).

ni. La somme des plaisirs l'emporte sur la somme des douleurs (lïerb. Spencer, Psychol., t. I, trad. fr.. p. 286).

IV. Le plaisir et la douleur se font valoir l'un l'autre : le premier est plus vifquand il succède aune douleur, et réciproquement.

V. L'intensité des sensations est en raison mverse de leur durée. (Cette proposition est combattue par Maupertuis, Essais de philos, morale, ch, m).

1. C'ett cette faculté de cumuler les plaisiri I. Platon. Philèit'

que Ch. Fourier aftpelait la composite.

PHÉNOMÈNES AFFECTIFS. 4f

.Voilà pour ce qui regarde la sensation présente. Quant aux émotions passées, voici quelques-unes des lois ou problèmes qui ies concernent :

I. Toutes choses égales d'ailleurs, l'émotion présente est plus vive que l'émotion passée.

II. Problème. Est-il vrai que la sensibilité n'est jamais i^eprésentative, mais seulement rétroactive, en d'autres termes, qu'on ne s»' représente pas une émotion passée, mais qu'on l'éprouve de nouveau à quelque degré ? (Bouillier, le Plaisir et la Douleur^ ch. xii).

III. Par le souvenir le plaisir se change en douleur et la douleur en plaisir (id., ibîd.).

IV. La poursuite du plaisir est elle-même un plaisir. La crainte d'une douleur est une douleur (voy, la pensée de Pascal sur la poursuite du lièvre, Pensées, éd. Ilavet, art. IV, 2).

54. Les tendîîMces oa inclinations. — Nous avons étudié les deux fait ; primordiaux et élémentaires qui caractérisent toutes nos émotions : le plaisir et la douleur. Mais ces deux faits ne sont pas les seuls. Il y en a deux autres qui sont toujours tellemeo' joints aux deux premiers, qu'ils en sont pour ainsi dire inséparables, et c'est pourquoi on les réunit généralement ensemble sous la même faculté.

Ces deux nouveaux faits sont Vattraction et la réptdsion, suivant que nous sommes entraînés vers l'objet qui nous caus#î du plaisir, ou repoussés par celui qui nous cause de la douleur.

Examinons ce qui se passe en nous quand nous sommes en présence d'un objet qui nous flatte.

Dans ce cas nous nous sentons, comme on dit, attirés vers l'objet;. nous n'avons besoin d'aucun effort pour nous y porter : nous nous y portons de nous-mêmes; ou même nous sommes comme poussés par quelque chose qui nous entraine. Enfin, les choses se passent tout comme si un ami nous prenait par la main, pour nous attirer doucement ou nous entraîner violemment vers cet objet. Et ce qui prouve qu'il y a en nous quelque chose de tout à fait semblable, c'est que si nous voulons, pour une cause ou pour une autre, éviter cet objet et en rechercher un autre plus utile ou plus honnête, nous sommes forcés de faire un effort, c'est-à-dire d'accomplir un acte plus ou moins difficile, exactement de la même manière que si quelqu'un avait voulu nous entraîner malgré aous

OU nous enchaîner, et que nous nous soyons révoltés contre lui, réussissant par notre effort à rompre la chaîne. Ce n'est donc pas une métaphore, c'est un fait immédiatement senti par nous, que nous sommes portés, attirés vers l'objet aimable, et réciproquement repoussés par l'objet odieux, puisqu'il nous faut un efTort pour nous mouvoir en sens inverse. C'est ce fait que les Latins appelaient impulsus, impetus, appetitus, et que les Grecs appelaient ôpsÇtç, ôp/uw*, et que nous appelons en français tendances ou inclinations de l'âme.

55. Problcnic. — C'est une question de savoir s'il y a ou non des tendances innées, antérieures au plaisir et à la douleur, et dont ces deux phénomènes ne sont que la satisfaction, ou si ces tendances ne sont que des habitudes déterminées en nous par l'expérience du plaisir et de la douleur. Nous admettons la première de ces deux suppositions : car pourquoi l'âme éprouverait-elle du plaisir, si elle était en elle-même absolument indéterminée? Elle n'est pas plus une table rase au point de vue de la sensibilité que de l'intelligence.

56. DsTision des inclinations. — Les inclinations sont de deux sortes, les unes physiques, les autres morales : les unes sont les appétits, dont nous allons parler; les autres sont les sentiments dont nous parlerons plus tard. (Sect. III, eh. i etii.)

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