‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 226 sur 313 · o NO'nur\s l ESTiiÉnuuE · texte numérisé non relu

o NO'nur\s l ESTiiÉnuuE

Les différences de l'école romanlique et de l'école classique se ramènent, selon nous, à la différence signalée plus haut (584) en tre l'idée du sublime et l'idée du beau. Tous les caractères du sublime s'appliquent aux chefs-d'œuvre romantiques : tous les car aclères du beau s'appliquent aux chefs-d'œuvre classiques.

1" Le beau, avons-nous dit, a toujours une certaine forme, une certaine mesure et proportion : au contraire, le caractère propre du sublime est VillimUation. Ces deux caractères se retrouvent d'une part dans l'art classique, de l'autre dans l'art romanlique. Comparez, par exemple, \ Iliade et VÉnéide à la Divine Comédie : d'un côté un plan précis, une action simple et limitée ; d'un autre côté, l'infini, les trois mondes, le paradis, le purgatoire et l'enfer, une suite indéfinie de tableaux, qui peuvent se prolonger tant qu'il plaît à l'artiste ; des pensées mystérieuses, d'une profondeur sans limites. Le même, comparez un drame grec ou français, circonscrit dans une action courte et fermée, avec les drames de Shakespeare, qui embrassent toute la vie, qui font apparaître un nombre infini de personnages, qui font parler les foules; enfin comparez les symphonies de Beethoven avec une sonate de Mozart : d'une part, des profondeurs infinies; de l'autre, une lumière claire, sol)re et pure, comme la peinture de Raphaël et la poésie de Sophocle.

2° Le plaisir du beau, avons-nous dit d'après Kant, est un plaisir pur et sans mélange : son caractère propre, c'est le charme. Le plaisir du sublime, au contraire, est un plaisir mêlé de douleur. 11 en est de même du classique et du romantique. C'est à l'art cLissique que s'applique particulièrement ce caractère de sérénité, de félicité que Hegel et Schiller signalent comme le trait essentiel du beau. L'art romantique, au contraire, ne jouit pas de cette sérénité, de cette félicité. Il est troublé, il est déchirant : Hamlet, Macbeth, le roi Lear, Faust laissent dans l'âme une impression de tristesse et de douleur que ne produit aucune oeuvre classique, pas •môme V Œdipe roi. Homère et Virgile, Racine et Raphaël, quand ils peignent la douleur, le font avec une telle sobriété, une telle dignité, qu'on est ému sans être déchiré et qu'on pleure sans soutfrir : c'est la douleur purifiée, adoucie et voilée. Au contraire, dans l'art romanlique, la douleur est peinte en elle-même dans son infinité, dans sa signification divine, dans son mystère sans fond.

3° Le beau est l'accord de l'imagination et de l'entendement, le jeu libre et aisé de toutes nos facultés; le sublime met en con-

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