‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 248 sur 313 · DISTINCTION DE L'AME ET DU CORPS · texte numérisé non relu

DISTINCTION DE L'AME ET DU CORPS

leur. Une même force peut donc se mamtester sous deux tonnes

différentes, et il n'y a pas de contradiction à supposer que les mouvements du cerveau se transforment en pensées. — Ceux qui se servent de ces comparaisons ne s'aperçoivent pas qu'ils tombent dans ce genre de sophisme qui consiste à prouver le même par le même {idem per idem) : c'est ce qu'il n'est pas difficile d'établir.

1"0n oppose que les vibrations de l'éther deviennent de la lumière et de la couleur sans être en elles-mêmes ni lumineuses, ni colorées; mais on oublie que le mot lumière signifie deux choses bien distinctes : d'une part, quelque chose d'extérieur, la caiifie objective^ quelle qu'elle soit, des phénomènes lumineux, cause qui subsiste pendant, avant, après la sensation, et indépendamment d'elle; d'autre part, la sensation lumineuse ellemême, qui n'est rien en dehors du sujet sentant. Or, si l'on en croit aujourd'hui les physiciens, cette cause extérieure des phénomènes lumineux, ce quelque chose qui subsiste dans l'absence de tout sujet sentant et de toute sensation actuelle , serait le mouvement vibratoire d'un milieu élastique conjectural appelé éther. On a donc raison de dire que la lumière prise en soi est un mouvement; mais, prise en soi, elle n'a rien de semblable à ce que nous appelons lumière, et tant qu'elle n'a pas rencontré un sujet sentant, elle n'est rigoureusement qu'un mouvement, et pas autre chose. Jusqu'ici point de transformation.

Maintenant les vibrations de l'éther arrivent jusqu'à l'œil, et par le moyen du nerf optique elles déterminent une action incon^ae, à la suite de laquelle a lieu la sensation de lumière. Le mot de lumière signifie ici tout autre chose : c'est la lumière sentie, qui n'existe que par le sujet sentant, et en lui; elle est une sensation consciente et — à quelque degré — une idée. La lumière sensation est donc profondément dilîérente de la lumière objet; la seconde est hors de nous, la première est en nous; la seconde est une propriété parfaitement déterminée de la matière, la première est une alîection du moi. — Mais, dii-at-on,*la sensation de lumièreestau moins un phénomènenerveux, un phénomène cérébral. Je réponds : Ne voyez-vous pas que c'est précisément ce qui est en question? Sans doute il se passe quelque chose dans les nerfs et dans le cerveau, et ce quelque chose peut être supposé analogue aux vibrations extérieures de f éther; mais ce mouvement, quel qu'il soit, n'est pas encore ce que nous appelons la lumière : il ne devient lumière que lorsque le m<A

«2» MÉTAPHYSIQUE ET THÊODICËE.

est apparu, et avec lui la sensation consciente. Comment se fait ce passage ? C'est ce que nous ne savons pas; c'est précisément le passage du matériel à Timmatériel qu'il s'agit d'expliquer.

4° Le second exemple renferme la même confusion. Si le mouvement, dit-on, peut se convertir en chaleur, pourquoi ne se converlirail-il pas en pensée? Ici encore il faut distinguer ]? cause externe qui produit la sensation et la sensation elle-même. Le leu n'a pas chaud, la glace n'a pas froid; on dit que l'un est chaud et que l'autre est froide, parce qu'ils sont l'un et l'autre cause de ces deux sensations contraires. Eh bien ! cette cause extérieure inconnue que nous appelons chaleur peut, dans cerlames conditions, disparaître à nos sens et cesser d'être sentie comme chaleur; alors il se passe en deliors de nous un autre phénomène, qui est précisément l'équivalent de ia chaleur perdue, à savoir, un phénomène de mouvement. La machine qui absorhe une certaine quantité de chaleur produit un-» certaine quantité de mouvement, et dans tous les cas ces deux quantités sont égales. En un mot, une même cause peut, selon les circonstances, produire taniôt la sensation de chaleur sur un sujet sentant, tantôt un phénomène de mouvement dans un corps qui ne sent pas. Tout ce qui résulterait de là, ce serait donc qu'une même cause peut produire sur deux substances différentes deux effets différeuts, mais non pas que cette cause puisse se transformer en autre chose qu'elle-même et devenir ce qu'elle ne serait pas. On ne peut donc rien conclure de là en faveur de la transformation du mouvement en pensée.

N'oublions pas d'ailleurs que la chaleur elle-même, en tant que chaleur, n'est déjà, suivant l'hypothèse la plus répandue, qu'un phénomène de mouvement; et les physiciens n'hésitent pas à y voir, comme pour la lumière, une vibration de ce fluide impondérable que l'on appelle l'éther. Ainsi objectivement la chaleur, comme la lumière, n'est pour nous qu'un mouvement, et elle ne devient chaleur sentieque dans un sujetsentant. Or, la chaleur objective étant déjà un mouvement, comment s'étonner qu'elle produise des mouvements? Seulement ce mouvement imperceptible de l'éther, tantiH, se communiquant à nos nerfs, proiluit dans le moi ou dans l'esprit la sensation de chaleur, et tantôt, se communiquant aux corps qui nous environnent, produit des mouvements visibles à nos sens. Il n'y a pas là la moindre métamoi-phose, pas la moindre sorcellerie. Le mouvement produit du mouvement, il ne produit pas autre chose. 11 reste toujours à

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