Loi» de la «tentation En résumé, si l'on considère la
sensation en elle-même, en la séparant autant que possible de tout acte initelleciuel, on trouve les lois suivantes :
I. Une même cause peut produire dans les sens différents des sensations différentes; et réciproquement les causes les plus différentes peuvent produire la même sensation dans un sens donné. (Loi de Muller *.)
Par exemple :
1* La sensation de lumière peut être excitée dans l'œil : a, par ce que l'oo appelle la lumière, c'est-à-dire, comme on le croit généralement, par les vibrations de l'étlicr; b, par des influences mécaniques, telles qu'un choc, un coup ; c, par l'électricité; d, par des influences chimiques, comme celles des substances narcotiques; e, par l'irritation du sang dans la congestion.
2° La sensation du son peut être produite : a, par des vibrations des corps sonores; b, par l'électricité ; c, par des agents chimiques introduits dans le corps, narcotique» ou autres; f/, par l'irritation du sang.
2° La sensation d'odeur peut être produite : a, par les arômes ou odeurig proprement dites; b, par l'électricité.
4° La sensation de saveur peut l'être : a, par des substances sapides; b, par l'électricité; c, par des influences mécaniques.
5° Les sensations tactiles peuvent être produites : a, par des influences mécaniques externes, pressions ou attouchements; 6, par des influences chimiques; c, par la chaleur; d, par l'eîectricité ; e, par l'irritation du sang.
II. Toutes les sensations sont susceptibles [de varier depuis le plus faible degré, que l'on appelle le minimum sensibile, jusqu'à une quantité indéterminée. En d'autres termes, toute sensation a une quantité intensive (74), c'est-à-dire un degré. (Loi de Kant ^)
Tout le monde sait par expérience que chacune de nos sensations peut croître ou décroître. Un son, par exemple, peut aller en s'afTaiblissant, en tendant à se confondre de plus en plus avec 0. Puisqu'il y a un dernier moment où on l'entend encore, et un autre où on ne Tentend plus, il faut bien qu'il y ait un minimum de sensation pour le son : c'est le minimum audibile, au-dessous duquel il n'y a plus rien. Il y a de même un minimum visibile, de même aussi pour les autres sens. — Réciproquement, la sensation peut croître jusqu'à une quantité indétermmée : mais cela ne peut pas aller à l'infini, car il y a tel excès «ie sensation qui tuerorgane, par exemple l'excès de lumière. — Le minimum sensibile est appelé par les Allemands Reizschwelle (seuil de l'e.xcitation). C'est le seuil qui sépare la conscience de l'inconscience, et au delà duquel l'excitation extérieure ne produit rien. (Sur la limite de l'excitation, pour les différents sens, voy. les Eléments de physiologie deBeaunis; Paris, 1876, p. 10-i.)
m. Toute sensation suppose un changement d'état, c'est-àdire qu'une sensation ne peut être sentie que par rapport à une autre : en d'autres termes, il faut qu'il y ait deux sensations distinctes, soit simultanées, soit successives, pour que chacune d'elles soit perçue : c'est la loi de relativité déjà signalée pour les phénomènes affectifs (59).
1. Physiologie de Muller, t. II, trad. fr. (b 2. Kant, Critique delà raison pure (Artaly»
fcurdan, liv. V ch. prélimin. iv, p. 263. tique des ffincipes) , Beat. UI, ch. a.
En effet, supposons une sensation unique dans un sens quelconqtre, nous serons tomme celui qui est privé de ce sens. Si nous étions plongés dans la lumière blanche, sans distinction d'aucune couleur, nous serions exactement comme l'aveugle de naissance qui n'a jamais vu, ou comme nous-mêmes dans la nuit*. Si nous regardons les objets à travers un verre de couleur, par exemple un verre bleu, d'abord tous les objets nous paraissent bleus; mais peu à peu cette sensation s'affaiblit, et pour retrouver la sensation du bleu, il faut que nous regardions à travers quelque autre verre pour revenir à celui que nous avions vu d'abord. La sensation ne dure donc qu'à la condition d'être renouvelée et variée : « Lorsque la main a été longtemps en contact avec un corps tangible, si elle demeure immobile, elle cesse de le percevoir. Une perception qui commencerait et qui finirait avec nous serait comme si elle n'était pas. (Ad. Garnier.)
IV, Toutes les sensations sont localisées d'une manière plus ou moins distincte dans une partie déterminée du corps*.
Cette loi ne fait pas question pour les sensations de l'odorat, du goût et du toacher. Mais Ad. Garnier soutient (VI, m, 29) qu'il n'en est pas de même pour les sensations de la vue et de l'ouïe. C'est pourquoi il refuse de leur donner le nom de sensations. Mais cette distinction paraît un peu arbitraire, et il semble que nous éprouvons la sensation de l'ouïe dans l'oreille et la sensation de la vue dans les yeux, comme les autres dans les autres organes des sens. On accorde qu'il en est ainsi lorsque les sensations visuelles ou auditives deviennent vives ; n'y a-t-il pas lieu de croire qu'il en est de même, quoique plus faiblement, quand elles sont plus tempérées?
1. Hobbes {Physica, pars IV, c. xxv) dit qu'un homme, dans cette hypothèse, t non magis videre videretur, quàm eg^o videor mihi per tactusorfrana sentire lacerlorum meonimossa... Stupentem eum dicerem, non videntem. »
2. Sans doute, à parler exactement, la si^nsation a lieu non dans les organes, mais dans le cerveau, iJHlsqu'ou pi*ut être Mord et aveugle
parle cerveau sans l'être par le sens (67); mais il ne s'agit ici que de la localisation apparente, qu'ellesoitd'ailleurslerésultat de la nature ou de l'habitude. — LeP.Liberatore(Compo«^/iumain) soutient à tort que le siège de la sensation eat dans les organes des sens et non dans le cer- Teau (voy., la Perception f,xlérieiire,i>»T Vaiibé Duquesnoy, p. 150).