Le eourag^e civique. — Le courage civique consiste à
braver le danger pour faire respecter la justice et la loi : Virtus pugnans pro œquitale. — Exemple célèbre : Boissy d'Anglas.
XXX. — RAPPORTS DE LA. MORA.LE ET DE L'ÉCONOMIE POLITIQni. LE TRAVAIL. — LE CAPITAL. — LA PROPRIÉTÉ.
<t80. Rapports de la morale et de l'économie poIi« iique. — L'économie politique est \3i science delà richesse^ on appelle richesse tout ce qui sert aux besoins de l'homme.
Quoique dans ce qu'on appelle richesse, la nature fasse la première les frais, car c'est elle qui fournit tout ce qui nous est utile, cependant la nature toute seule ne pourrait nourrir qu'un très petit nombre d'hommes. Il faut donc que la nature soit cultivée et exploitée par le travail humain et que les richesses proJuites soient ménagées par la prévoyance (épargne). — Le travail et l'épargne sont recommandées par la morale en même temps que par l'économie politique. Les deux sciences ont donc des objets communs, seulement l'économie politique se place au point de vue de l'utilité, la morale au point de vue du devoir.
981. Le travail. — Le travail est l'application de l'activité humaine aux forces de la matière. Plus le travail est libre, plus il est producteur. L'esclavage sous toutes ses formes, condamné au nom de la justice, l'est encore au nom de l'utilité (58S).
982. Division diï travail. — La division du travail est la séparation des diverses industries et la subdivision des tâches dans la même industrie. Les effets de la division du travail sont les suivants : l" elle développe l'adresse de l'ouvrier; 2° elle épargne le temps; 3° elle facilite le travail et fait découvrir des méthodes d'abréviation (590).
983. L'épargne et le capital. — Si chaque objet produit était immédiatement consommé après la production, le travail resterait au point où il était à l'origine. iMais l'homme est capable de prévoyance, c'est-à-dire d'épargne. Sur les produits de son travail, il peut en réserver quelques-uns, soit pour en jouir plus lard, soit pour servir à la reproduction et multiplier le produit.
98-4. Le capital. — C'est ce qu'on appelle capital, à savoir une partie de la richesse produite servant à la production d'une
richesse nouvelle, ou, ce qui revient au même, un produit épargné qui sert à la reproduction (591).
Le capital n'est pas l'ennemi du travail; ils sont nécessaires l'un à l'autre. Le cultivateur ne peut travailler sans charrue ; et le capital a besoin de la coopération de l'homme. Les machines augmentent la production et par conséquent le bien-être {Id.).
La propriété est le résultat de l'activité naturelle de l'homme; elle est le droit de s'approprier les fruits de son travail, le droit d'épargner pour l'avenir, le droit d'accumuler, le droit de disposer et le droit de transmettre conformément aux lois (569- 571).
985. La propriété. — La conséquence immédiate de la liberté du travail, c'est la /)roj3riéfé.
Définition de la propriété : « La propriété, dit le Code civil, est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. » (Art. 54-4.)
Il faut distinguer Va possession et la propriété. La possession n'est autre chose que la détention actuelle ."je puis avoir entre les mains quelque o.hose qui n'est pas à moi, soit qu'on me l'ait prêté, soit que je l'aie trouvé; je n'en suis pas pour cela propriétaire. La propriété est le droit que j'ai d'exclure les autres de l'usage d'une chose, même quand je ne la possède pas actuellement.
Origine et fondement de la propriété. — La première propriété est celle de mon propre corps : mais jusque-là elle n'est autre chose que ce que nous avons appelé la liberté corporelle. Mais comment allons-nous au delà? Comment étendons-nous ce droit primitif sur les choses qui sont en dehors de nous?
On a donné plusieurs origmes à la propriété : Voccupation^ la convention, le travail.
Le véritable principe de la propriété est le travail; et la propriété se confond avec la liberté même : liberty and propriety^ disent les Ansilais.
Le travail. Si toutes les choses dont l'homme a besoin étaient «n nombre illimité, et si on pouvait les acquérir sans aucun effort, i) n'y aurait pas de propriété. C'est ce qui a lieu p ir exemple pour l'air atmosphérique, dont nous avons tous besoin, mais qui n'appartient à personne. Mais s'il s'agit de choses qui ne [leuvent être acquises que par un certain elTort (les anim;iux courant dans les forêts), ou même qui ne peuvent être produites que par l'elYort humain (une moisson dans un terrain stérile), ces choses appartiennent de droit à celui qui les conquiert ou qui les fait naître.
ç)34 APPENDICE.
On a dit que le travail n'est pas un fondement suffisant pour établir le droit de propriété, qu'il faut y ajouter l'occupation; car autrement, le travail suffirait pour nous rendre propriétaires de la chose, déjà occupée par autrui : le fermier deviendrait propriétaire des champs qu'il cultive par le fait seul de sa culture. L'occupation est donc un élément nécessaire de la propriété.
Sans doute; mais l'occupation elle-même n'a de valeur que parce qu'elle est déjà un travail, et dans la mesure où elle est un travail. Le fait de cueillir un ^ruit, de saisir un animal et même de prendre pied sur une terre déserte, est un exercice de mon activité plus ou moins facile ou difficile, mais qui n'en est pas moins en réalité le résultat d'un effort. C'est donc le travail lui-même qui fonde et consacre l'occupation. Mais la chose une fois occupée et devenue la propriété d'un homme par un travail primitif, ne peut plus sans contradiction devenir la propiiété d'un autre par un travail ultérieur. Ce travail appliqué à la propriété d'autrui n'en est pas moins lui-même le fondement d'une propriété, à savoir le prix reçu en échange du travail, et que Ton appelle salaire; mais c'est à l'économie politique à étudier de plus près cette notion (569).