METAPHYSIQUE
IXXI. DE LA VALEUR OBJECTIVE DE LA CONNAISSANCE. — DOGMATISME. SCEPTICISME. — L'IDÉALISME.
986. Le problème de la certitude. La valeur objective de la connaissance. — Ce problème appartient à la fois à la loiiique et à la mf'taphysique.
Kii logique, il laut bien distinguer le douteux, h probable et le ccrlain, c'est-à-dire le plus ou moins de conformité de no con.i'ptions et de nos raisonnements avec les lois de l'esprit et les données de l'expérience; c'est ce que nous avons appelé les d,(ires d'assentiment et ce oui a été pour nous le premier -.hapiii e de la logique (286).
Maintenant, ces lois de notre esprit, en supposant qu'il y ait de telles lois, correspondent-elles à quelque chose de réel? Le suie.» qui connaît a-t-il un objet susceptible d'être connu? tel est le problème de la certitude considérée au point de vue objectif c'est-à-dire au point de vue de la métaphysique. '
Il y a deux manières de supprimer l'objet de la connaissance : 1» récuser l'autorité du sujet pour toute espèce de connaissance; 2° réduire l'objet au sujet. Dans le premier cas, il n'y a pas de vérité du tout; dans le second cas, la vérité existe, mais elle ne réside que dans le sujet. Le premier de ces systèmes est le scepticisme; le second est Vidéalisme (page 790). ^ Le scepticisme s'oppose au dogmatisme. Le dogmatisme consiste à aftirmer, non pas que l'homme ne peut pas se tromper, . mais qu'il ne se trompe pas toujours, et qu'il est capable de connaître la vérité. Le scepticisme nie cette capacité et soutient que l'homme ne peut rien connaître (647).
Entre ces deux opinions, il y a un système intermédiaire, le probabilisme qui soutient qu'il n'y a rien d'absolument certain, mais qu'il y.a des choses plus probables les unes que les autres. Cette doctrine intermédiaire est écartée par cette considération que s'il n'y a pas de certitude, il ne peut y avoir de probabilité, tar une chose n'est plus probable qu'une autre que parce qu'elle a plus que celle-ci les cararfèrpc r\r> la vérité, or, si nous ne
connaissions rien de vrai, ;^omment pourrions-nous savoir que telle chose plus que telle autre approche de la vérité (648) ?
987. Apgaments des sceptiques. — 1° L'ignorance : si on ne sait pas tout, on ne sait rien ; car tout a rapport à tout (650) ; — 2" Verreur : si l'homme se trompe quelquefois, il peut dcac se tromper toujours (erreurs des sens, la veille et le sommeil, la raison et la folie) (651); — 3° la contradiction des opinions humaines : a) dans le temps ; b) dans l'espace ; c) quanta la matière (écoles de philosophie, sectes religieuses, partis politiques); d) contradiction des facultés humaines avec elles-mêmes et les unes avec les autres (652) ; — 4;" le diaUèle ou le cercle vicieux essentiel à la raison elle-même : car on ne peut prouver la raison qu'avec la raison ; et c'est elle qui est en question (653).
Réponse : 1" A l'argument de l'ignorance : de le qu'on ne sait pas tout, il ne s'ensuit pas qu'on ne sache rien (655).
2° A l'argument de l'erreur : de ce qu'on peut se tromper quelquefois, il ne s'ensuit pas qu'on se trompe toujours : a) l'erreur au contraire suppose la vérité; b) les erreurs des sens ne sont que de fausses inductions; c) le rêve n'est qu'une réminiscence de la veille ; d) la folie est à la raison ce que le rêve est à la veille. La folie suppose la raison (656).
3° A l'argument des contradictions : 1" Cette contradiction n'est pas absolue ; car comment les hommes pourraient-ils former une société? a) identité de la perception des sens, sauf exception; b) identité des notions de conscience; c) identité des notions de raison; d) identité des lois logiques; e) analogies entre les doctrines les plus diverses. — 2'' La diversité des opinions n'est pas toujours un signe d'erreur : a) ne pas confondre les mœurs et les opinions, 6) la diversité n'est souvent que développement et progrès; c) l'erreur n'est pas absolue; elle contient presque toujours une grande par', de vérité ; d) la diversité est plus dans les applications que dans les principes ; e)les contradictions viennent souvent de l'inégalité des lumières ; f) la contradiction dans l'individu peut s'expliquer souvent par le progrès des expériences. Quant aux facultés, leurs oppositions ne viennentque decequ'on les étend au delà des bornes légitimes (657).
4<* A l'argument du diallèle : 1° cet argument peut être rétorqué contre le scepticisme : car si le sceptique doute de tout, il doit douter de son doute; 2° la raison n'a aucun motif de se ruftire elle-même en question : c'est aaa -supposition gratuite (6-.8).
^ 988, critépinm de la certitude.— On a proposé plusieurs critères de certitude : i" le consentement universel ; 2" la véracité di-
vine • 3* l'accord de la pensée avec elle-même ; 4* l'évidence (659). L'évidence est le véritable critérium si l'on entend par là, non seu ernent l'évidence de raison, mais encore l'évidence de fait. J c->p>ience sans doute est le critérium en matière de fait, mais exie se ramène : à nos perceptions premières; S" aux lois de {'induction ou de la déduction; or, les unes et les autres ne valent que par leur évidence (Ibid.).
988 6îs. »e l'idéalisme. — On appelle idéalisme en général le svstème qui réduit l'objet au sujet. La formule est : esse est percipi{QQÔ).
L'idéalisme consiste, soit à nier la réalité extérieure et matérielle (Berkeley), soit à nier la substance, la cause, etc., aussi bien interne qu'externe (Kant, Hume, Stuart Mill); soit à nier la distmction essentielle du sujet et de l'objet et à confondre l'un et l'autre daus l'absolu (Schelling et Hegel).
Ce troisième système se confond avec le panthéisme dont nous parlerons plus loin en théodicée (667).
Quant à l'idéalisme de Berkeley, on remarquera : 1" que cette doctrine n'exclut pas la réalité des esprits et des êtres conscients, par conséquent des hommes et des animaux; que la réalité externe est prouvée par l'obstacle que les corps opposent à notre activité, ce qui implique l'existence d'une activité externe faisant obstacle à la nôtre. Quant à la question de l'essence de la matière, elle est très différente de celle de son existence (662).
3" L'idéalisme de Hume et de Kant qui nie les substances et les causes, se réfute par la conscience qui nous fait trouver en nous-mêmes les fondements de la croyance à la substance et à la cause (112).