XXXII. l'existence do monde extériedr
989. Idéalisme de Berkeley. — Certains philosophes et notamment Berkeley ont nié l'existence du monde extérieur. Suivant celui-ci, ceque l'on appelle les corps, la matière, le monde extérieur, n'a pas de réalité objective. En effet :
l" Toutes les qualités de la matière que nous appelons qua^ lite.s sccoiidesne sontquelesmodificiitidu de notre propre esprit.
2" Les qualités dites premières sont l'étendue et la solidité. Or réteUiiue n'est jamais connue en elle-même, mais toujours par l'intermédiaire des qualités secondes; elle est donc relative comme elles. Quant à la solidité, elle ne nous est connue que
par la sensation de résistance, laquelle né se dislingue en rten des autres qualités secondes.
3° La substance ou matière qui est censée exister sons ces qualités premières ou secondes est un être absolument incomprrh nsible et inconcevable.
Conclusion : il n'y a pas de corps; il n'y a que des esprits.
Tel est l'idéalisme de Berkeley, que l'on a justement appelé immatérialisme.
990. Réalité du inonde extérieur. — Ce qu'on appelle le monde extérieur se compose de plusieurs espèces d'êtres, à savoir : 1° les autres hommes; 2° les animaux ; 3° les végétaux ; 4° les minéraux ou corps proprement dits, qui sont les matériaux de tous les autres.
On remarquera d'abord que les arguments de Berkeley ne portent que contre les corps, mais non contre les esprits. Aucune des raisons qu'il fait valoir n'atteint donc l'existence des êtres conscients, par conséquent celle des hommes et des animaux.
Au contraire, il y a des raisons certaines pour admettre l'existence des autres esprits : cette existence repose sur l'induction*. En efîpt, lorsque nous entendons des sons ou voyons des mouvements qui sont pour nous-mêmes l'expression de certaines pensées, nous devons supposer naturellement que ces mêmes phénomènes sont produits par des esprits semblables aux nôtres; la même induction vaut également, quoi qu'en dise Descartes, pour les animaux.
Il y a donc au moins deux sortes d'êtres dans le monde objectif : les hommes et les animaux. Le moi n'est pas seul dans le monde ; et, quand même il n'y aurait pas de corps, par cela seul qu'il y d'autres esprits que le mien, il y a pour nous des objets de connaissance autres que nous-mêmes. Pour ceux-là il n'est pas vrai de dire : Esse est percipi.
Passons aux corps proprement dits. La question est de savoir si la même induction qui nous force de croire aux esprits, ne fonde pas d'une manière aussi certaine l'existence des corps : c'est ce que nous pensons.
Parmi les sensations qui font connaître les corps, il y en a une en particulier que nous appelons la résistance. Quand nous (essayons de continuer un mouvement commencé par nous librement, et que nous rencontrons un corps, ce mouvement '-st arrêté par ce corps, qui est ce que nous appelons un obstmle.
Maintenant la résistance est une action que nous pouvons pi o-
1. Stuart Mill, qui est tout à fait berkléien, inductions les plus certaine! (Mill, Examen pour IVxistence des corps, affirme que l'exis- d'Hamilton, ch. xii.J ience des autre» esprits est fondée sur les '
duire sur les autres êtres comme ils la produisent sur nous. De même qu'ils nous résistent, de même nous leur résistons; nous leur faisons obstacle comme ils nous font obstacle eux-mêmes. Or, de même que nous ne pouvons pas résister aux autres corps sans produire ce que nous appelons un efforty de même nous devons supposer que la résistance que nous éprouvons implique de la part de l'obstacle un certain ellorl ; et si nous appelons en nous force la cause de l'eiïort, nous supposerons de la force dans ce qui agit sur nous, au même titre que nous supposons de l'intelligence la où nous voyons des signes d'intelligence. La réalité objective des corps, en temps qu'elle se ramène à la force, est donc établie par l'induction. Quant à la réalité de l'étendue, elle est plus sujette à contestation; mais ce n'est plus qu'une question secondaire et qui, môme résolue négativement, laisserait subsister la réalité du monde externe; et c'est tout ce dont il s'agit.
XXXill. DE LA NATURE EN GÉNÉRAL. — DIVERSES CONCEPTIONS SUR LA MATIÈRE
ET SUR LA ^l£.
991. Le monde on runÎTeps. — La natnre. — On appelle monde ou univers l'universalité des êtres; mais dans un sens plus restreint, on oppose le monde à Vhomme; et c'est alors seulement l'ensemble des corps. On donne aussi à cet ensemble le nom de nature; et c'est pourquoi la cosmologie rationnelle a pris dans les temps les plus récents le nom de philosophie de la nature.
La nature n'est donc autre chose que l'ensemble des êtres matériels. Ce n'est que dans un sens figuré qu'on la personnifie quelquefois, et qu'on en fait (comme Aristote), une sorte d'agent, qui remplit le rôle de Dieu ou qui coopère avec Dieu : a La nature et Dieu ne font rien en vain. »
992. Diverses conceptions sup la matière. — lllécanisme et dynamisme. — Deux conceptions fondamentales ont été proposées pour rendre compte de l'essence de la matière : 1° le mécanisme , qui ramène toutes les propriétés des corps aux lois de la géométrie et delà mécanique, c'est-à-dire à l'étendue, à la figure, à la situation, et au mouvement : le dynamisme, qui ajoute ou substitue à l'étendue inerte un principe d'activité appelé force, plus ou moins semblable à ce mode d'activité interne que nous appelons effort.