IXXIV. DE L'AUE. ^ HATÉRIALISME ET SPIRITUAUSHB
Quelque opinion qu'on professe sur l'essence de la matière et des êtres vivants, il y a un principe qui se sépare de tout le reste par son caractère propre et qui est irréductible à toutes les propriétés de la matière : c'est l'être pensant que Descartes a posé comme le principe de toute philosophie dans cette proposition célèbre : je pense donc je suis.
L'être pensant, selon Descartes, est le plus certain de tous les étrts : telle est la preuve fondamentale de la spiritualité de l'âme. Elle peut se développer par les arguments suivants :
997. 1° Distinction des phénomènes psychologiques et physiologiques. — L'homme (âme et corps) se compose de deux sortes de phénomènes irréductibles : les uns sont connus par la conscience; les autres par les sens. Les uns sont les phénomènes psychologiques; les autres les phénomènes physiologiques. Deux classes de phénomènes aussi différents doivent résulter de deux causes ou deux principes distincts (670).
APPENDICiS. 91\
' Ohjectton. Il y a des phénomènes rtiixtes. Réponse ;Dans ces phénomènes, on peut toujours distinguer l'élément subjectif et l'élément objectif (671).
998. 2° Unité de la pensée. — La pensée est essentiellement une; car elle se réduit au jugement qui, à son tour, implique la coexistence ou la synthèse de deux idées dans un même acte (673).
Ohj.Cocion. L'âme est une résultante, une harmonie. — Réponse : L'unité externe n'explique pas l'unité interne (673).
999. 3» L'identité personnelle. — La mémoire suppose l'idenlilé; car un être ne peut se souvenir que de lui-même, et non d'un être anléiieur à lui et distinct de lui (675).
Objection. L'identilé peut être une identité de direction et de forme. Réponse: Ce sera toujours une identité apparente (676).
1000. 4° La liberté morale. — La morale implii|ue la liberté. Or la liberté est inconciliable avec les propriéiés de la matière (677).
4001. Le matérialisme. — Le système matérialiste, à l'inverse du spiritualisme, essaye d'expliquer la pensée par la matière. 11 se fonde sur deux aro^uments : 1° la dépendance de la pensée à l'égard du cerveau ; 2" l'hypothèse que la pensée pourrait n'être qu'un mouvement (678).
1002. Cerveau et pensée. — 1" On a reconnu par l'expérience certaines corrélaLions cnire iû yumhQ al le cerveau, d'où il voit que l'une dépend de l'autre, et qu'elle n'en est par conséquent que l'effet.
Réponse. Ces corrélations prouvent que le cerveau est une condition de la pensée, mais non pas qu'il en est la cause (179),
2° On a cru avoir établi que tout acte de la pensée est lié à un mouvement cérébral, et on en a conclu que la pensée est un mouvement.
Réponse. La pensée peut être liée au mouvement; mais elle ne peut pas être une mouvement. Cette proposition est un nonsens. Ce qui est interne ne peut être externe, et ce qui est externe ne peut devenir interne. La pensée est la pensée et le mouvement est le mouvement.
Objection. On objecte que la lumière est un mouvement, que la chaleur est un mouvement, et qu'il peut bien en être de même de la pensée. Mais ce qui est mouvement, c'est la lumière objec-
tive, ce qui est mouvement c'est la chaleur objective : ce n'est pas la sensation de lumière, ce n'est pas la sensation de chaleur: car ces deux sensations elles-mêmes ne sont que les modes de la pensée elle-même, entendue dans le sens le plus général (680).