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Qualités de rattcntioiit — L'attention, étant, comme

nous l'avons dit, l'usage actif de l'esprit, a été bien nommée par Malebranche la force d'esprit. Il l'a définie aussi, d'une manière plus mystique, une prière naturelle par laquelle nous obtenons que la raison nous éclaire *.

Ses deux principales qualités sont : V étendue, par laquelle elle embrasse beaucoup de choses, et la durée, par laquelle elle persiste longtemps.

101. Lois de rattention. — Les principales lois de l'attention sont les suivantes :

1° Elle diminue le nombre des objets à connaître.

.2° Elle rend nos perceptions et nos idées plus claires et plus distinctes.

3° Elle fixe les idées dans le souvenir. (Cette troisième loi se retrouvera dans la mémoire.)

102. Puissance de rattention. — En généralisant ces observations, il est facile de comprendre combien l'attention est utile, indispensable même au progrès et au développement de l'esprit. On pourrait presque affirmer que la différence capitale des esprits résulte des divers degrés d'attention dont les hommes sont capables. Si nous en croyions Buffon, le génie ne serait qu'une longue patience, non pas cette patience stérile ei passive qui consiste à attendre sans faire d'efforts, mais cette r^uissance d'attention, cette persistance qui vient à bout des plus grandes difficultés. Ce que Buffon a raison d'écarter du génie, c'est l'impiitience, c'est-à-dire le désir déréglé d'obtenir sur-le-cliamp, sans travail, de grandes idées, de grandes découvertes, un grand style. Lorsqu'on demandait à Newton comment il avait découvert le grand principe de la gravitation universelle : « C'est, répondit-il simplement, en y pensant toujours. » Est-ce à dire que l'attention suffise pour découvrir la vérité? Évidemment non; elle n'est pas tout; il faut tenir compte des dons naturels de l'es prit. Mais ce qui est vrai, c'est que les dons naturels ne sont rien sans attention. C'est à tort qu'on se figure que certaines facultés, telles que l'imagination, peuvent se passer de travail, et n'ont qu'à suivre le cours de la nature. Il est des natures faciles et naturellement brillantes qui semblent avoir reçu en naissant toutes les faveurs; d'autres, déshéritées en apparence, lentes, en-

I, Malebranche, Traité de morale, part. I. cb. v.

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veloppées, destinées à l'impuissance. Et cependant, ces deux dispositions produisent quelquefois les effets les plus contraires^ Si les premiers abusent des faveurs de la nature, cette terre, quelque fertile qu'elle soit, ne produira aucun fruit. Si les autres font effort pour développer leurs qualités, on leur verra révéler des sources d'originalité qu'eux-mêmes ne soupçonnaient pas*. L'attention est donc une des sources du génie.

Problèmes. — On a élevé au sujet de l'attention quelques questions délicates et assez difficiles à résoudre. Nous nous contenterons de les exposer sous forme de problèmes :

I. Dans les mouvements d'habitude, qui s'accomplissent si rapidement que nous n'avons plus besoin d'aucun effort, faut-il dire que l'attention a tout à fait disparu et que les mouvements sont devenus automatiques? ou bien que les actes d'attention persistent, mais qu'ils sont devenu* si rapides que nous les avons oubliés quand ils sont passés?

La première opinion a été soutenue par Hartley (Observalions sur V homme), la seconde par D. Stewart (Éléments de la philosophie de Vesprit humain, part. I, ch. ii).

II, On peut se demander si l'attention se confond avec la volonté elle-même ou si on peut l'en distinguer. Ne disons-nous pas : Je veux être attentif? Ne serait-ce pas là un non-sens et un pléonasme, si la volonté se confondait avec l'attention? ne serait-ce pas dire : Je veux vouloir? Lesage (de Genève), savant physicien du xviii° siècle, avait une puissance d'attention très faible et très courte, et cependant, nous dit son biographe % peu d'hommes ont été plus persévérants dans l'objet de leurs recherches : « Je supplée, disait-il lui-même, à ce qui manque à l'étendue de mon attention, à l'aide de beaucoup d'ordre, à ce qui manque à sa durée, au moyen d'une fréquente répétition. »

Ainsi il suppléait à l'attention par la volonté : l'une ne serait 4onc pas l'autre.

ill. Est-il vrai, comme l'a soutenu Helvétius {de l'Esprit, Disc. ÎII, ch. iv), que la nature a doué tous les hommes du degré d'attention nécessaire pour s'élever aux plus hautes idées; mais. que, l'attention étant une fatigue, toute la question se réduit à savoir

1 . Saint-Thomas d'Aquin était de ce genre : dire de lui : Quot articuloê icripsit, M

sature lourde et lente, ses camarades l'appe- miracula fecit.

Uicnt Dos siculus, le bœuf de Sicile; mais ce 2. , Prévost (de Genève), Notice de la vie M

bœuf ruminait pendant que les autres plaisan- dit Ecrits de Lesage (Genève, 1805), p. 110. taiçnt, et il méritait plus Urd qu'un pape pftt

si tous les hommes sont susceptibles de passions assez fortes pour changer cette fatigue en plaisir? La différence viendrait donc de l'inégalité des passions, et non de l'inégalité d'attention. Cette opinion est assez réfutée par l'exemple précédent.

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