‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 5 sur 313 · OBJET ET DIVISION DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

OBJET ET DIVISION DE LA PHILOSOPHIE

i. Sens usuel du mot philosophie. — Dans le langage ordinaire, le mot philosophe est souvent employé pour désigner un homme qui supporte avec courage la douleur et l'adversité, et qui sait aussi se conduire avec modération dans la prospérité : JEqiiam mémento rébus in arduis servare mentem non seeus in bonis '■. Dans ce sens touu pratique, le philosophe est un sage, et la philosophie n'est autre chose que la sagesse.

A un autre pomt de vue, un philosophe est un esprit curieui, difficile, qui se rend compte de ses idées, qui ne croit pas légèrement à la parole d' autrui, mais s'en rapporte à sa propre raison, qui en un mot examine avant de juger. Ainsi entendue, la philosophie est le libre examen.

On appelle encore philosophie, et c'est une conséquence du sens précédent, un esprit qui pense, qui médite, qui réfléchit, qui cherche le sens des choses et de la vie humaine. La philosophie

est la RÉFLEXION.

On convient aussi généralement que celui qui, dans les divers ordres de connaissances, s'élève plus haut que le? faits, conçoit des rapports, unit, classe, voit de haut, qui enfin généralise Oîf

*.. Korace, Odes, ii, 3.

JANET, Philosophie. l

remonte aux principes, est un esprit philosophique. La philosophie est la recherche des idées générales ou des principes. En résumant et rassemblant ces différentes idées, on dira : La philosophie est la sagesse fondée sur des principes acquis par la libre réflexion.

2. ï^a philosophie comme science. — Telle sera la définition de la philosophie, telle qu'elle ressort de l'usage populaire du mol ; voyons maintenant si l'analyse scientifique et méthodique nous conduira à un résultat analogue. L'usage populaire a surtout rapport à la pratique, et désigne plutôt une disposition de l'esprit qu'une science proprement dite. Nous avons à nous demander maintenant ce que c'est que la philosophie considérée comme science. Mais d'abord, qu'est-ce qu'une science?

3. DcOnîtîon de la science. — La science a pour objet la recherchedes causes. « Savoir, dit Aristole, c'est connaître par la la cause, jtô Siôn {Anal. po^:,\l, x). C'est donc savoir le;>07U'7it(>/' deschoses. Ainsi, le vulgaire sait que le tonnerre se produit lors qu'il fait très chaudetqu'il y a des nuages épais, et ordinaiiemenf une forte pluie. Le savant est celui qui sait pourquoi cela a lieu , et par exemple que la foudre est une étincelle électrique produite' par la rencontre de deux nuages chargés d'électricité contraire.

La science ne cherche pas seulement le pourquoi des choses ; elle en recherche aussi le comment (zô ttwç, ditAristote). Ainsi le vulgaire voit bien que les corps tombent, mais le physicien nous apprend comment ils tombent, par exemple, selon la loi du mouvement uniformément accéléré.

Le comment des phénomènes ou des choses est ce qu*on appelle leur loi; le pourquoi est ce qu'on appelle leur cause. La science prise d'une manière générale est donc la recherche des causes et des lois*.

La science en général étant définie comme nous venons de le dire, les différentes sciences se distinguent les unes des autres par leur objet. Aussitôt que l'on peut signaler un objet distinct, susceptible d'être étudié et connu, il y a lieu de reconnaître l'existence d'une science spéciale.

4. Cette définition s'appliquera surtout aux despropri^/^i, et les causes seront les raùORf

•cenciB physiques et aux sciences morales : de ces propriétés ; mais, même alors, la scienc*

dans ies sciences abstraites et malliéniatiqnes «ura toujours pour objet le pourqoi et le com'

on n'emploie pas l'expression de causes ou de mMt. ^ti»; let lois des Ajoures et des nombres »out

A. méthode pour déterminer I'93>jet de la pfaiiosophfe.

— Pour déterminer l'objet ou les objets (car il peut y en avoir plusieurs) de la science philosophique, notre méthode sera de passer en revue les divers objets de nos connaissances, ainsi que les sciences universellement reconnues qui s'occupent de ces objets. Que si, après avoir épuisé l'énumération de toutes ces sciences, il reste encore quelque objet qui n'a pas été nommé, cet objet pourra être considéré comme un bonum vacans qui appartiendra à qui voudra s'en «mparer. La nécessité d'une science déplus sera démontrée, et il ne s'agira plus que de savoir si cette science nouvelle n'est pas précisément la philosophie elle-même.

5. Objets des diverses sciences. Les corps; corps vivants et corps bruts. — Les premiers objets qui se présentent à nous et sur lesquels l'attention des hommes a dû se porter, ce sont les corps; et comme il y a deux sortes de corps, les corps bruts ou inorganigues, et les corps organisés ou vivants, il y aura deux sortes de sciences : la science des êtres vivants ou BIOLOGIE, et la science des corps non vivants, que nous appellerons PHYSIQUE.

Il y a deux sortes d'êtres qui vivent, les plantes et les animaux; il y aura donc deux sciences biologiques, la botanique et la zoologie.

6. Clioseset pBiénomènes. — Quant à la science, ou aux sciences de ce qui ne vit pas, la division est plus dél/cate.

Nous dirons d'abord que dans la nature on peut dis' jnguer deux points de vue : ou les choses elles-mêmes, ou les phénomènes. Ainsi une pierre est une chose, un métal est une chose; l'eau* l'air sont des choses, mais le son, la lumière, la chaleur ne sont que des phénomènes. Pour qu'il y ait son, lumière, chaleur, il tant qu'il y ait des choses sonores, lumineuses, échauffées. Ainsi les phénomènes ne sont pas par eux-mêmes et supposent des choses Lependant ils peuvent être observés et étudiés indépendamment des choses. La science des phénomènes généraux de la na ture est la physique proprement dite; les savants qui s'occupent de ces phénomènes, de leurs causes et de leurs lois sont appelés

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