Les a**res. La terre. Les minéraux. Corps simples
et composés. — Quant à l'élude des choses, elle se subdivisa à son tour ainsi qu'il suit :
Si nous élevons les yeux au-dessus de nos têtes, nous apercevons une multitude de corps lumineux dont lenombre etlesmouvements nous étonnent ; ce sont les astres : la science de ces corps s'appelle astronomie.
Parmi ces astres, le seul que nous connaissions directement, c'est la terre, et la science qui y correspond est la géologie. Les divers objets matériels qui sont à la surface de la terre ou qui en forment la composition, sont ce que l'on appelle des minéraux, et ils sont l'objet delà minéralogie. Maintenant l'expérience nous apprend que ces corps changent de structure et de propriétés, suivant qu'on en associe ou qu'on en sépare les éléments. La science qui a pour objet les compositions et les décompositions des corps, qui par l'analyse redescend des composés à leurs éléments, et par la synthèse remonte de ces éléments aux composés, s'appelle la chimie.
^. Objets matliématiques. IVombpes et choses inesa« râbles. — L'énumération précédente comprend toutes les sortes d'objets sensibles, qui tombent sous notre expérience, et il semble que le cercle des sciences soit épuisé. Il s'en faut de beaucoup. GiA'^e à une certaine faculté appelée abstraction, que nous étuf'.ierons plus tard, nous pouvons appliquer notre esprit non plus seul ementà des choses réelles et concrètes ( arbre, pierre cheval ), ma'.s à des qualités qui, tout en étant extraites de la réalité, ne correspondent pas cependant à des réalités, et semblent n'être que des conceptions de notre esprit. Expliquons-nous.
Lorsque nous avons devant les yeux plusieurs objets, par exemple plusieurs arbres, plusieurs pierres, nous distinguons chacun de ces arbres et chacune de ces pierres, en particulier, de leur réunion ou multitude, et nous disons : un arbre, une pierre, plusieurs arbres, plusieurs pierres. Jusqu'ici, rien qui dépasse en apparence le domaine des sens, mais si nous voulons savoir combien il y a d'arbres, combien il y a de pierres, les sens ne suffisent plus. Il faut un certain nombre d'opérations, aidées de signes; et la science qui nous apprend à pratiquer ces opérations et à comprendre ces signes est I'aritiimétique. On peut donc définir l'arithmétique la science du combien to ttocov, ou la science des nombres : car le nombre est précisément ce qui exprime le
combien des choses. Le nombre est une qualité abstraite qiu ue tombe pas sous les sens et qui ne se sépare jamais des chosesoù elle se rencontre.
La science des nombres fait partie d'un groupe de sciences que l'on appelle les mathématiques, qui ont toutes pour objet l'étude des quantités mesurables.
Qu'est-ce que la quantité? C'est, nous disent. les mathématiciens, toutcequi estsuscevlibleiTaugmentation et de diminution* Ainsi un temps, un chemin, une somme d'argent, sont des quantités, car le temps, le chemin, la somme, peuvent être plus ou moins grands. Mais il ne suffit pas qu'une chose soit plus ou moins grande pour être l'objet des mathématiques; il faut, de plus, qu'elle soit susceptible de mesure. Qu'est-ce que lamesure? Mesurer, c'est comparer une multitude d'objets avec un de ces objets pris comme terme de comparaison, que l'on appelle unité, et déterminer combien de fois l'unité est contenue dans la multitude ; par exemple, mesurer un champ, c'est chercher combien de fois il contient une certaine unité appelée métré. Toutes les fois donc qu'un objet est tel que l'on peut prendre une de ses parties comme unité, et dire combien le tout ren* ferme de ces parties, un tel objet est mesurable, et il peut devenir l'objet des mathématiques. De ce genre sont : l'espace ou Véte7idue, objet de la géométrie; le mouvementy objet de la mécanique. Telles sont, avec l'arithmétique, les deux sciences essentiellement mathématiques : car Valgèbre n'est qu'une arithmétique généralisée ; le calcul intégral et différentiel n'est qu'une extension de l'algèbre, et le calcul des probabilités n'en est qu'un cas particulier.
9, Le inonde moral. L'espèce humaine. — Toutes les
sciences précédentes ont pour objet le monde physique, caries notions mathématiques elles-mêmes sont tirées du monde physique ou s'y appliquent. Mais le monde physique est-il tout? N'y a-t-il pas un autre ordre de faits et de vérités que l'on appelle le monde moral, et qui mérite autant que le premier, et plus peut-être, l'étude des savants?
Parmi les êtres qui couvrent la surface de la terre, il en est un qui nous intéresse particulièrement, puisque c'est nousmêmes. Cette classe d'êtres est que l'on appelle Vespéce humaine, le genre humain, Vhomme, Considéré du dehors, Thomme se présente à nous comme semblable aux autres êtres
fl INTRODUCTION.
qui l'entourent ; c'est un corps; il ressemble aux animaux, vit, naît et meurt, comme eux. Lorsqu'on ouvre son corps, on voit qu'il est organisé de la même manière que les animaux supérieurs : c'est un mammifère, un vertébré. A ce titre, il appartient, comme objet, à une science déjà connue et mentionnée plus haut, la zoologie. Jusqu'ici rien de nouveau.
Mais si l'iiorame, par son organisation physique, fait partie du règne animal, il est certain qu'il se distingue des autres animaux par des caractères essentiels : et d'ailleurs, dans l'animal luimême, il y a des qualités, des aptitudes, qui ne sont pas purement physiques. Ces aptitudes, qui sont dans l'homme bien autrement développées, sont ce que nous appellerons le moral.
L'homme, comme être moral, peut être considéré à plusieurs points de vue différents :
1° Tandis que, chez les animaux, les individus diffèrent peu les unsdes autres, et mènent par conséquent une vie presque entièrement semblable et uniforme, dans l'humanité, au contraire, l'individu ayant pris une grande importance, il s'ensuit une grande diversité dans la vie de chacun, et comme résultante de toutes ces actions diverses, une grande diversité d'événements. Puis, l'homme étant doué de la mémoirs réfléchie et de la faculté de mesurer le temps, de l'attribut de la parole et de l'écriture, il commence par raconter oralement, puis consigner par écrit tous les événements qui l'intéressent ou qui intéressent sa famille, sa tribu, sa nation, et enhn l'humanité : de là une science, ou plutôt un groupe de sciences que l'on appelle histoire ou SCIENCES HISTORIQUES (histoire, archéologie, épigraghie, numismatique, géographie).
2° Tandis que l'animal ne possède que le langage inarticulé ou le criy l'homme possède le langage articulé ou la parole. La parole se modifie suivant les temps et les lieux et donne naissance à ce qu'on appelle les langues. De là un nouveau groupe de sciences, ou sciences philologiques (pliilologie, étymologie, paléographie, etc.)
3° Enfin, tandis que l'animal, ou vit isolé, ou s'û vit en groupe, ne paraît pas doué de la faculté de réfléchir sur la société dans laqueÛeil vit, l'homme vit en société; il forme des États, des cités, des républiques. 11 se donne à lui-même des lois. Institutions, lois, richesse publique et privée, autant de faits donnant naissance à un troisième groupe de sciences : sciences sociales ET politiques (politique, jurisprudence, économie politique)..
INTRODUCTION. i 7
'10. L'esprit humain. — Les sciences que nous venons de signaler, à savoir, les sciences historiques, philologiques, polil iqnes, sont ce que l'on appelle des sciences morales, mais elles ne sont pas encore la philosophie elle-même. Demandons-nous maintenant s'il n'y a pas encore un point de vue sous lequel la nature humaine peut être considérée, et qui se distingue da? points de vue précédents.
Nous avons distingué le moral du physique, mais que doiton appeler le moral? — On appelle faits moraux de la nature humaine ceux qui ne peuvent jamais être atteints directement par les sens et qui ne sont connus qu'intérieurement par celui qui les éprouve, par exemple la pensée, le sentiment,, la volonté. Or les sciences précédentes n'étudient encore que les manifestations extérieures des faits moraux, mais ne les étudient pas en eux-mêmes. Le langage, expression de la pensée, n'est pas cependant la pensée. Les événements historiques, effets des passions et des volontés des hommes, ne sont cependant ni ces passions, ni ces volontés. Les sociétés humaines, manifestations de l'instinct de sociabilité et organes de la justice, ne sont cependant ni la sociabilité, ni la justice. Enfin tous les faits sociaux, historiques, linguistiques, sont le dehors de l'esprit humain, ils ne sont pas l'esprit humain.
On appelle esprit humain l'ensemble des facultés intellectuelles et morales de l'homme, telles qu'elles se manifestent intérieurement à chacun de nous à mesure qu'il les excerce. Quand je pense, je sais que je pense; quand je souffre, je sais que je souffre; quand js veux, je sais que je veux ; et nul autre ne le sait que moi, ou par moi ; autrement le mensonge serait impossible. Cet avertissement intérieur qui accompagne chacun de nos actes intérieurs (et que nous étudierons plus tard) s'appelle la conscience ou le sens intime. Le principe intérieur qui s'attribue ces actes intérieurs, et qui se traduit grammaticalement par le pronom de la première personne, je ou moi, s'appelle le Moi, ou le sujet, ou enfin l'âme (^pyx«). Tout ce qui a rapport au sujet, c'est-à-dire au moi, c'est-à-dire au principe intérieur qui a conscience de lui-même, sappelle subjectif ; réciproquement, tout ce qui est en dehors du moi est pour lui objectif, lui sert d'objet. Toutes les sciences morales qui étudient l'homme par ie dehors (langage, faits historiques ou sociaux) se placent encore au point de vue objectif. Il reste donc à faire l'étude de l'homme tu point de vue subjectif, c'est-à-dire l'étude de l'âme elle-même.
De là une science ou un groupe de sciences que nous appellerons SCIENCES PSYCHOLOGIQUES.
i 1 . Premiers principes et premières causes. — N'eûU
' elle donc déjà que ce premier objet, à savoir, l'esprit humain, la
' philosophie aurait une raison d'exister et de ne se confondre avec
i aucune autre science; mais ce premier objet n'est pas le seul qui
reste libre; il y a encore un ordre de questions que les sciences
proprement dites laissent en dehors de leur domaine, ou qu'elles
ne peuvent aborder sans sortir de leurs propres limites.
Nous avons vu que chaque science est constituée lorsqu'elle a un objet distinct oi déterminé. Pour établir les sciences particulièies nous sommes obligés de diviser, de séparer la nature en compartiments. Chaque science étant ainsi placée à un point de vue exclusif et spécial, l'unité des choses lui échappe; les ensembles s'effacent; les rapports et les liens sont sacrifiés. Il y a donc un besoin légitime de l'esprit qui n'est pas satisfait par les sciences spéciales et qui demande sa satisfaction, à savoir: le besoin de synthèse. A quelles conditions ce besoin de synthèse sera-t-il satisfait?
4' Tout le monde sait que dans toute science les faits elles lois qui constituent la partie positive de la science supposent ou suggèrent un certain nombre de considérations théoriques et générales que l'on appelle ordinairement la philosophie de cette science; c'est la liaison de ces considérations entre elles, c'est la réduction de ces principes de chaque science à des principes plus élevés, c'est cela même qui peut constituer l'objet d'une science supérieure. — 2° lorsque l'on réfléchit sur ces principes des sciences, on s'aperçoit qu'ils impliquent un certain nombre de notions générales, fondamentales, qui sont en quelque sorte l'essence même de l'esprit humain. Elle? sont communes à toutes les sciences et inhérentes à la pensée humaine. Elles se mêlent à tous nos jugements, comme elles sont ; ussi mêlées à toute réalité. Ce sont, par exemple, les notions d'existence, de substance, de cause, de force, d'action et de réaction, de loi, de but, de mouvement, de devenir, etc. Ainsi ces principes, que l'on trouve à la racine de toutes les sciences, sont en même temps les principes de la raison humaine, et soit que l'on considère les uns ou les autres, il y a une science des premiers 'principes. — 3° Ce n'est pas tout. Non seulement les sciences étudient les lois ou principes, mais elles étudient les causes. Or chaque science n'é-
tudie que des causes particulières, et ces causes elles-mêmes doivent avoir leurs causes. Mais peut-on s'élever de cause ea cause sans jamais en rencontrer de dernière? Si nous cherchons la cause de toutes les choses de l'univers, prises séparément, n'y a-l-il pas lieu de chercher la cause de l'univers tout entier? Si donc il y a une science des premiers principes, il y en a une aussi des premières causes : ou plutôt c'est la même, car principes et causes ne diffèrent que par abstraction.
Ainsi la science que nous cherchons {v ÇyjToupevyj, comme l'appelle Aristote; sera donc la science de ce qu'il y a de plus général dans toutes les autres, la science des conceptions fondamentales de l'esprit humain, la science de l'être en tant qu'être, la science des premiers principes et des premières causes. C'est cette science que l'on est convenu d'appeler, depuis Aristote, la