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LE JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT

qui nous transporte ainsi partout où nous ne sommes pas et met sons les yeux de l'esprit ce que ne voient pas les sens? Oui, sans doute, il y a là une part de l'imagination; mais l'imagination ne représente que le possible et le fictif, tandis que l'induction, bien conduite, porte sur la réalité *.

170. Induction et généralisation. •» Nous venons de voir que dans toutes ses démarches l'induction étend les données de l'expérience; elle généralise : elle est donc une généralisation. Néanmoins elle se distingue de la généralisation proprement dite en ce que celle-ci ne donne que des idées ou concepts, tandis que l'induction porte des jugements. La généralisation nous fournit l'idée d'homme et l'idée de mortel. L'induction prononce que tous les hommes sont mortels. L'une conçoit; l'autre affirme.

171. Condition de l'induction. — Sans entrer dans l'examen logique du problème de l'induction, nous devons signaler la condition fondamentale qui en commande l'application : c'est que l'expérience dont on part, quelque limitée qu'elle soit, soit cependant, dans ces limites mêmes, constante et universelle. Si en eiïet une même expérience donnait des résultats contraires, elle ne pourrait plus servir de base à une induction légitime, à moins toutefois qu'on ne puisse expliquer ces variations mêmes par la diversité des circonstances ; car souvent il arrive que les perturbations apparentes de la loi sont une conséquence et par conséquent une preuve de la loi : par exemple, les variations de la colonne barométrique à mesure qu'on monte sur les hauteurs, bien loin de déposer contre la loi de la pesanteur de l'air, en est au contraire la preuve, puisque c'est la rareté progressive de l'air qui diminue le poids.

Ainsi la première condition pour autoriser l'induction, c'est la «onstance et l'universalité de l'expérience. Il faut que dans les mêmes circonstances les faits se produisent d'une manière id'ritique; et s'il se présente des exceptions, il faut qu'elles puissent se ramener à la règle.

172. Induction et association. — Dans la pratique, l'induclion a souvent conduit à de nombreuses erreurs, parce que

1. Royer-Collard (Fragments, Œuvres de de la permanence du monde matériel ; S» elk n^idt t. IV, p. 281) résume ainsi les principales nous niel en rapport avec la nature ; 3° elU ■pplicationi de l'induction ; 1» elle nous persuade douj met en commerce avee nos semblahlci.

I8t PSYCHOLOGIE?.

pour la pllipart dès hommes elle se confond avec l'associatioD

des idées Si un intérêt, une passion, une impression vive et forte ont rattaché ensemble l'idée d'un fait à l'idée d'un autre fait, cette liaison continue à se produire malgré tous les démentis de l'expérience. Ainsi s'expliquent tous les préjugés deFastrologie judiciaire, de la sorcellerie, de la médecine populaire, de la superstition, etc. L'imagination frappée ne remarque que les circonstances qui paraissent d'accord avec le préjugé, en négligeant toutes les circonstances contraires.

On voit par là combien l'induction diffère de l'association des idées, avec laquelle on essaie de la confondre dans l'école anglaise récente (98). L'induction a précisément pour fonction de rompre les fausses associations : elle démêle le différent sous le semblable et le semblable sous le différent : elle implique par là une activité de l'esprit absolument opposée à l'automatisme aveugle de la pure et simple association.

173. Des degrés de S'is&ducàion. — L'induction passe par trois degrés différente. Elle va: V du. même au même. Par exemple, le soleil qui nous a éclairés jusqu'ici continuera à nous éclairer demain; 2" du semblable au semblable. L'air est pesant; donc îous les corps gazeux sont pesants; S" du différent au différent, lorsqu'ils ont des caractères semblables : ce troisième degré, le moins sûr de tous, est ce que l'on appelle Vanalogie. C'est à la logique à nous apprendre les règles différentes dans l'usage de ces trois procédés d'induction.

L'induction est de la plus haute importance dans la science et dans la vie. C'est, à proprement parler, la méthode de découverte. Par la déduction, nous ne faisons que développer ce que nous savons : par l'induction nous y ajoutons du nouveau. Et cependant, pour ne pas trop paraître diminuer le rôle de la déduction, disons avec Leibniz que « nous ne remarquons pas toujours tout ce que nous savons » et que souvent le développement même est invention.

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