CHAPITRE III. CIRCULATION
passive, étendue à tout le système. 11 est vrai que l’état poli de la surface interne des artères diminue, autant que possible, cette cause de ralentissement.
Les canaux artériels dans lesquels circule le sang ne sont point rectilignes. Ces canaux décrivent presque partout des courbures à rayon plus ou moins grand. Or, les courbures constituent aussi des causes de ralentissement dans le cours des liquides. Les expériences de M. Weissbach ayant démontré que la perte de mouvement due aux courbures est d’autant moindre, dans les tuyaux courbes, que le diamètre des canaux est moins considérable pour un même rayon de courbure, il en résulte qu’il arrive un moment où cette perte de mouvement est presque réduite à zéro, quand le diamètre des canaux est très petit.
Les artères, en se divisant, présentent, à l’endroit de la division, une sorte d’arête intérieure, sur laquelle la colonne sanguine vient se briser et se diviser. Le sang perd encore ainsi une certaine quantité de mouvement.
Au moment où l’arbre artériel est distendu par la systole ventriculaire, le calibre des artères se trouve augmenté dans son diamètre, ou perpendiculairement à sa section, ainsi que nous l’avons déjà dit. Dans ce mouvement, les artères refoulent les organes qui les entourent ; une partie de la force se trouve ainsi consommée, et n’est pas intégralement rendue quand l’artère revient sur ellemême. En outre, au moment de la systole ventriculaire, l’artère augmente aussi de dimension dans le sens longitudinal. La chose est facile à vérifier partout où les artères sont comprises entre deux points fixes, là où elles ne sont pas rectilignes : on aperçoit, en effet, alors que les courbures artérielles s’exagèrent. La force employée par la colonne sanguine en mouvement pour produire l’élongation de l’artère se trouve consommée par cet allongement; et, au moment du retrait de l’artère, elle n’est pas restituée comme force de progression, à la manière de l’élasticité circonférentielle.
Dans quelques points du système artériel, des branches d’un certain volume s’anastomosent directement entre elles, et c’est de ces anastomoses que partent les rameaux qui vont aux organes. En ces points, les colonnes sanguines arrivent à la rencontre les unes des autres, et une partie de la force d’impulsion se trouve ainsi anéantie.
L’arbre artériel, considéré dans son ensemble, représente un cône dont le sommet correspondrait à l’aorte et dont la base serait dans les organes. En d’autres termes, le calibre intérieur des rameaux additionné l’emporte sur celui des troncs d’où ils naissent. Le sang se meut donc d’un espace plus rétréci vers un espace plus large; par conséquent, et en vertu d’un principe d’hydro-dynamique bien connu, son cours se trouve ralenti à mesure qu’il progresse dans le système artériel l.
Signalons encore une cause de perte dans la force d’impulsion. Au moment de
i Cette augmentation dans le calibre de l’arbre artériel à mesure qu’on s’éloigne du cœur a été vérifiée sur un grand nombre d’artères, par M. Valentin (qui a publié des tableaux très complets de mensuration), par M. Vierordt, par M. Donders, etc.
Le fait paraissait hors de toute contestation lorsque cette année (1878) M. Berrier-Fontaine a appelé l’attention sur une proposition annexée à la thèse qu’il soutenait en avril 1835 (du typhus puerpéral observé à la Maternité pendant l'année 1831), proposition ainsi conçue : « Le système artériel, considéré dans son ensemble, forme un cylindre, et non pas un cône tronqué , dont le sommet répond au cœur et la base aux extrémités, comme l’ont avancé plusieurs auteurs. Pour s’en convaincre il suffit de mesurer les diamètres de l’aorte et des différents troncs qui en partent et de comparer les carrés de ces diamètres qui sont entre eux comme les surfaces des cercles ».
« Exemple : Diamètre de l'aorte avant la naissance du tronc brachio-céphalique, 27 millimètres
la systole ventriculaire, la colonne sanguine qui s’introduit dans les artères, en refoulant les valvules sigmoïdes, rencontre la colonne sanguine qui pesait sur
dont le carré est 729 millimètres carrés; diamètre du tronc bracliio-céplialiquo, 12 millimètres dont le carré est 144; diamètre de la carotide primitive gauche, 8 millimètres dont le carré est Ci ; diamètre de la sous-clavière gauche, 9 millimètres dont le carré est 81 ; enfin diamètre de l’aorte au-dessous de la sous-clavière gauche, 21 millimètres dont le carré est 411. — La somme de ces quatre carrés, 144 + 64 -f 81 + 441 = 730 millimètres carrés. » Ainsi d'un côté 729 et de l’autre 730, c’est-à-dire deux quantités sensiblement égales.
L’auteur compare encore le calibre du tronc bracliio-céphalique avec les calibres additionnés de la sous-clavière droite et de la carotide primitive droite, il arrive à un résultat analogue, et il ajoute : « il en est de même pour toutes les autres artères que j’ai pu mesurer ».
Devant une opinion aussi nettement formulée et accompagnée de preuves numériques à l’appui, nous avons pensé qu'il importait d’examiner de près la question et de chercher à la résoudre par la voie expérimentale.
Ainsi que le fait justement remarquer M. Berrier-Fontaine, et ainsi d’ailleurs que chacun doit le savoir, les surfaces des cercles sont entre elles comme les carrés des diamètres (et non pas, comme les diamètres , ainsi qu’on l’entend dire quelquefois, et ainsi qu’on peut même le lire dans quelques ouvrages de physiologie). On peut donc apprécier le calibre relatif des vaisseaux, en comparant entre eux les carrés de leurs diamètres ; on a ainsi un rapport absolument exact.
On peut aussi procéder d’une autre manière que j’appellerai non pas plus précise (en mathémathiques, il n’y a pas de degrés dans la précision), mais plus directe. Le carré du diamètre d’un cercle ne représente pas la mesure de la surface do ce cercle ; aussi, lorsqu’on compare entre eux les carrés des diamètres, ce ne sont pas les calibres même des vaisseaux qu’on compare. Au lieu de comparer entre eux les carrés des diamètres dos cercles, on peut prendre la mesure môme des surfaces de section des vaisseaux et établir les comparaisons entre ces surfaces de section. Dans les nombreuses mensurations auxquelles nous nous sommes livrés, c’est de cette manière que nous avons procédé. Nos comparaisons ont toujours été établies entre les surfaces de section, c’est-à-dire que nous avons comparé entre eux les calibres même des vaisseaux.
On sait que la mesure de la surface du cercle est égale au produit de la circonférence par la moitié du rayon. Le rapport de la circonférence au diamètre et par conséquent au rayon étant mathématiquement connu, il suffit donc, pour calculer la surface de section d’une artère, de connaître soit le diamètre, soit la circonférence du vaisseau, et par conséquent on peut indifféremment mesurer, soit le diamètre, soit la circonférence.
La mesure du diamètre d’un vaisseau est chose difficile, je dirai môme presque impossible à prendre, si on veut arriver à une précision suffisante. Il ne faut pas songer bien entendu à distendre préalablement le vaisseau à l’aide d’une injection ; les artères étant élastiques, leurs dimensions peuvent être modifiées par l’opération. Au contraire, prendre la mesure de la circonférence intérieure d'une artère est chose des plus faciles. On détache un fragment d’artère, on incise avec des ciseaux fins ce cylindre creux et on l’étend la surface intérieure du vaisseau à découvert. Il ne reste plus qu'à appliquer une règle divisée sur la surface du vaisseau devenue plane.
Il résulte d'un très grand nombre de mensurations auxquelles nous nous sommes livrés, que le système artériel, envisagé dans son ensemble, représente réellement un cône dont la base répond aux vaisseaux capillaires.
La différence qui existe entre le calibre comparé de l’aorte avec l’ensemble des troncs qui s’en détachent est peu marquée, et souvent nulle. Mais cette différence s’accuse de plus en plus à mesure qu’on s’éloigne de l’aorte. Ainsi les troncs qui naissent de l’aorte se partagent en branches, dont le calibre additionné l’emporte notablement sur le calibre du tronc qui les engendre. Ces branches elles-mêmes donnent naissance à des rameaux dont le calibre additionné est relativement beaucoup plus élevé. On peut poser comme une loi, que la différence croît proportionnellement à mesure qu'on approche de la périphérie.
Par exemple, les surfaces de section additionnées des artères radiales et cubitales l’emportent sur la surface de section de l’artère humérale, et cela dans une proportion supérieure au rapport qui existe entre les calibres comparés de l’artère sous-clavière et des branches en lesquelles elle se divise.
Il y a une exception curieuse, exception qui ne modifie en rien la loi générale sur la forme du cône artériel, et qui avait été signalée déjà par plusieurs physiologistes, entres autres par MM. Donders et Paget, c’est que le calibre additionné des deux artères iliaques primitives en lesquelles se partage à sa terminaison, l’aorte abdominale, c’est, dis-je, que ce calibre additionné est toujours plus petit, et notablement plus petit que le calibre de l’aorte au moment de sa division. Si nous rapprochons ce fait de la faible différence qui existe entre le calibre de l’aorte et l’ensemble des troncs qui s’en détachent, on arrive à considérer l’aorte, au point de vue de la circulation, bien moins comme une artère que comme une sorte de réservoir élastique destiné à recevoir le premier effort de 1 ondée ventriculaire. En définitive, le système artériel est un cône dont on peut dire que le sommet tronqué est représenté par l’aorte et la base par les dernières ramifications artérielles. Un Mémoire détaillé sur cette question sera prochainement publié.