CHAPITRE III. CIRCULATION
ces valvules en sens contraire, en vertu de la tension sanguine. Il y a donc là encore une certaine quantité de force employée à vaincre la résistance de la masse sanguine, pour lui communiquer le mouvement.
Les divers obstacles que nous venons de passer successivement en revue consomment, il est vrai, une certaine quantité de la force d’impulsion, mais ils ont l’avantage de concourir puissamment, avec l’élasticité des parois artérielles, à régulariser le cours du sang. Ces obstacles tendent, en effet, à transformer le cours intermittent du sang en un cours plus uniforme; et si cette intermittence existe aux environs du cœur et dans le système des artères, elle tend à s’effacer peu à peu, à mesure qu’on approche du point où les vaisseaux plongent dans l’épaisseur des organes en s’y ramifiant.
Les obstacles au cours du sang ne sont nulle part aussi multipliés que dans les artères qui vont se rendre dans les organes à texture délicate. Tel est, entre autres, le système nerveux : les courbures et les anastomoses par courants opposés s’y rencontrent en divers points.
Dm pouls. — Du spli y goniomètre, du spliygmograplie, du sphygmoscope, du plcthysiuosrapiie. — Les contractions ventriculaires, en introduisant d’une manière intermittente une certaine quantité de sang dans le système artériel, déterminent dans ce système les phénomènes du pouls. Le pouls n’exis te (au moins dans l’état normal) que dans le système artériel1. Les résistances que le sang rencontre pendant qu’il circule dans les divisions de l’arbre artériel, et surtout dans le système capillaire, effacent peu à peu les saccades initiales dues au mode d’action de la force d’impulsion. Le cours du sang est devenu sensiblement uniforme dans les veines.
Lorsqu’on applique la pulpe du doigt sur une artère, soutenue dans le sens opposé à la pression par un plan résistant, on sent un soulèvement alternatif. D’après les développements dans lesquels nous sommes entré, il est clair que cette sensation correspond à la dilatation des artères.
Lorsque nous cherchons à constater la dilatation artérielle, en appliquant la main sur des parties dans lesquelles les artères peuvent fuir sous la pression, nous ne sentons plus le pouls ou nous ne le sentons que d’une manière très imparfaite. Le mouvement de dilatation de l’artère, mouvement de très peu d’étendue, se décompose et se perd alors dans les tissus peu résistants au milieu desquels l’artère se trouve placée. Les artères radiales, temporales et pédieuses, appliquées sur des plans osseux, et pouvant être pressées entre ces plans et le doigt explorateur, sont, de toutes les artères, celles qui permettent de saisir et d’apprécier le pouls avec le plus de facilité. Ce n’est pas, d’ailleurs, à proprement parler, la dilatation artérielle que nous percevons à l’aide du toucher; car elle est assez faible pour passer presque inaperçue pour le toucher comme pour la vue. Si nous sentons si distinctement une impulsion, lorsque le doigt presse une artère contre un plan sous-jacent résistant, c’est que le doigt, qui a déprimé en dedans la paroi artérielle, reçoit, au point où il est appliqué, l’effort impulsif du sang; il remplace, en quelque sorte, en ce moment, la paroi artérielle.
1 Voyez, § 105, ce qu’on appelle le pouls veineux.
Béclard, 7e édition. 1 7
Le doigt qui reçoit l’effort du sang est alternativement soulevé, comme l’est, par exemple, la jambe par l’artère poplitée, lorsque, dans le croisement des jambes le creux poplité est appliqué sur le genou du côté opposé. Le mouvement de soulèvement de la pointe du pied se trouve, dans le cas particulier dont nous parlons, considérablement augmenté, parce qu’il se manifeste à l’extrémité d’un long bras de levier. Cette expérience de tous les jours a suggéré à M. Vierordt un procédé ingénieux pour apprécier les qualités du pouls. Son appareil, ou sphygmomètre, consiste essentiellement en un levier dont l’un des bras exerce, par une de ses extrémités, une pression douce sur l’artère, et dont le bras opposé, dix ou vingt fois plus long que le précédent, augmente dix ou vingt fois le déplacement opéré par la pulsation artérielle. Ce déplacement est apprécié à l’aide d’une feuille de papier contre laquelle agit un crayon fixé à l’extrémité du long bras du levier. On communique à cette feuille de papier un mouvement uniforme, en
Fig. 54.
Sphygmographe de Vierordt (figure schématique destinée à montrer tout l’ensemble de l'appareil). ai et fg, deux leviers de longueur inégale.
hi et ce, axes du mouvement de ces leviers. Ces axes se meuvent sur les supports représentés par des lignes ponctuées. mmnn . petit cadre métallique qui se meut d’ensemble avec les leviers ab et fg. Les leviers ab et fg sont en oulre mobiles sur ce même cadre à l’aide des axes mm et nn.
Les diverses articulations des leviers ab et fg ont pour effet d'imprimer à l’extrémité du levier enregistreur o un mouvement rectiligne, au lieu d’un arc de cercle. Elles agissent comme le parallélogramme de Watt dans les machines à vapeur.
P, petite plaque de laiton qui s’applique sur l’artere.
PP’, petites coupes dans lesquelles on peut placer des poids pour mettre le système en équilibre.
R, artère radiale.
s, cylindre mû par un mouvement d’horlogerie et sur lequel s’enregistre le tracé.
l’appliquant sur un cylindre animé d’un mouvement circulaire (Voy. fig. 54) ; l’ensemble de l’appareil devient un sphygmographe , et l’on obtient ainsi la représentation graphique du pouls.
M. Berti et, plus récemment, M. Marey, ont proposé des instruments analogues à celui de M. Vierordt. Dans l’appareil de M. Vierordt, les leviers sont équilibrés par des contre-poids, la masse à mouvoir est assez considérable, et par son inertie elle déforme le mouvement. En examinant les tracés fournis par cet instrument, il semble que les deux moments du pouls, c’est-à-dire le soulèvement et la descente, sont absolument semblables : or, il n’en est rien, comme on peut le constater avec l’appareil plus délicat de M. Marey. M. Marey a surtout cherché à diminuer la masse à mouvoir et à rapprocher autant que possible son sphygmomètre du levier idéal. Pour déprimer le vaisseau et percevoir le pouls,