‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 121 sur 429 · CHAPITRE III. CIRCULATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. CIRCULATION

celui de la carotide, celui de la pédieuse retarde un peu sur celui de la radiale. En somme, ces différences sont très faibles. Lorsque les pulsations du cœur sont énergiques, les différences de temps sont moins sensibles que quand elles sont faibles.

M. Czermak a dernièrement construit un appareil dans lequel plusieurs miroirs, les uns fixes, les autres tournants, dits sphygmoscopes, donnent l’image des tracés obtenus, par plusieurs sphygmomètres enregistreurs placés sur des artères différentes, projettent ces images sur des écrans sensibles, et fournissent ainsi la représentation photographiée du pouls fourni, sur un même sujet, par des artères différentes. Sur ces images on peut mesurer les différences de temps qui séparent le pouls des diverses artères, et on arrive ainsi à des appréciations absolument rigoureuses. On constate, par exemple, que le pouls de l’artère radiale retarde de 0",09 sur le pouls de l’artère carotide ; que le pouls de l’artère dorsale du pied retarde de 0",02 sur le pouls de l’artère radiale, etc.

L’exploration du pouls donne, sur la puissance et la faiblesse des contractions du cœur, des notions que l’examen de cet organe ne pourrait fournir avec autant de facilité. Il permet de compter les pulsations du cœur, d’en apprécier la régularité ou l’irrégularité. Gomme les artères sont contractiles (Yoy. § 96), il faut ajouter que la force ou la faiblesse du pouls ne sont pas toujours, sans doute, l’indice constant de la force ou de la faiblesse des contractions du cœur. Une artère contractée ne doit pas se laisser distendre par l’ondée sanguine, dans la même mesure qu’une artère qui obéirait librement à son élasticité.

Le pouls présente quelquefois, au toucher, un caractère particulier : il semble battre deux fois, comme le marteau qui frappe sur l’enclume, rebondit et retombe. On donne à ce pouls l’épithète de rebondissant ou dicrote. A l’aide du sphygmographe, on peut constater que ce rebondissement du pouls a lieu pendant la période qui succède à l’ascension, c’est-à-dire pendant la période de descente *. Ce rebondissement se traduit sur la ligne de descente par un petit soulèvement.

A quoi est dû le pouls dicrote? Disons d’abord que des nombreux tracés obtenus à l’aide du sphygmographe il résulte que le pouls, même dans l’état normal, présente un léger dicrotisme, que le toucher n’est pas en mesure de percevoir, mais que révèle la finesse de l’instrument. Le dicrotisme plus prononcé que l’on sent parfois au toucher n’est donc que l’exagération d’un phénomène normal qui passe ordinairement inaperçu. Le dicrotisme est un phémènc physique qui résulte des conditions mêmes de la circulation, et qui paraît déterminé par l’élasticité des vaisseaux, élasticité qui fait osciller la colonne liquide dans le moment qui succède à la poussée ventriculaire. En d’autres termes, le dicrotisme est déterminé par la réflexion des ondes liquides primitives. On le perçoit surtout dans les artères voisines du cœur ; il disparaît à mesure qu’on s’approche des petites artères 1 2.

1 C'est pendant la période de descente, que se produit le dicrotisme proprement dit. Cependant dans quelques cas rares (dans l’insuffisance aortique par exemple), le rebondissement peut se faire pendant la période d’ascension de la pulsation.

2 Cette disparition du pouls dicrote dans les petites artères tient probablement aux interférences des ondes liquides. La principale résistance que l’ondée sanguine éprouve à s’introduire dans les artères au moment de la contraction ventriculaire, tient en grande partie à l'élasticité des parois vasculaires qui n’est pas instantanément vaincue dans toute l’étendue de l’arbre artériel. A cette cause il faut ajouter la résistance que les petits vaisseaux opposent au passage du sang d’abord à cause de leur petit diamètre et ensuite à cause des globules. Il est, en effet, des capillaires dont le diamètre est .el que les globules se déforment et s’allongent pour les traverser.

Nous venons de dire que le dicrotisme est tantôt assez fort pour que le doigt puisse le sentir et tantôt, assez faible pour que l’instrument le signale à peine. A quoi sont dues ces différences? Au mode de la contraction ventriculaire, celleci n’ayant pas toujours la même durée i. La contraction brusque du ventricule, représentée sur les tracés par une ascension presque verticale de la pulsation artérielle, est suivie d’un dicrotisme marqué. La contraction du ventricule, représentée sur les tracés par une ascension oblique, peut être assez lente, relativement, pour que le dicrotisme ne puisse être constaté, même avec l’instrument.

A l’aide d’une poche en caoutchouc qui représente le cœur et d’un tube de caoutchouc continu avec cette poche et qui représente une artère, on peut se faire une idée assez juste du dicrotisme. 11 suffit pour cela d’appliquer le sphygmographe sur le tube comme sur une artère; et, suivant qu’on presse brusquement la poche avec la main, ou qu’on la presse plus lentement, le dicrotisme paraît ou disparaît.

Lorsqu’on applique le sphygmographe sur la carotide ou sur la crurale, on obtient souvent, dans l’état physiologique, un pouls, non pas seulement dicrote mais tricrote. Au lieu d’un rebondissement accusé sur la ligne de descente du tracé sphygmographique, par un léger soulèvement, il y en a deux.

Lorsqu’on renferme le membre inférieur dans une large ventouse (ventouse Junod), le pouls tricrote et même le pouls dicrote tendent à disparaître ; ils se prononcent au contraire avec beaucoup plus de force quand on comprime le membre inférieur à l’aide d’une bande d’Esmarch. L’administration de certaines •substances toxiques peut faire disparaître complètement le tricrotisme et le dicrotisme du pouls. Ces expériences prouvent également que le dicrotisme et tricrotisme du pouls tiennent au mode de la contraction ventriculaire, laquelle est dans un rapport étroit avec les résistances que lui offre la partie périphérique du cercle circulatoire. Quand la périphérie du système vasculaire est augmentée de dimensions, quand elle offre moins de résistance au passage de l’ondée sanguine (ventouse Junod), la contraction cardiaque paraît être moins énergique; quand les résistances au passage du sang augmentent (bande d’Esmarch), les contractions cardiaques sont plus brèves et plus énergiques.

M. Mosso a récemment appelé l’attention sur une nouvelle méthode d’enregistrer les mouvements des vaisseaux sanguins chez l’homme, et il donne à l’appareil qu’il a mis en usage le nom de Pléthysmographe. Cet appareil consiste en un cylindre de verre dans lequel l’expérimentateur introduit la main et l’avantbras. Ce vase rempli d’eau et parfaitement clos est fixé sur le membre par un manchon de caoutchouc. Les changements qui peuvent survenir dans le volume de la masse liquide se traduisent sur un tube d’ascension de petit calibre communiquant avec le cylindre. Chaque mouvement du pouls détermine dans le bras en expérience et transmet au liquide sensiblement incompressible qui l’environne un refoulement qui s’accuse sur la colonne liquide du tube d’ascension.

Indépendamment des oscillations de la colonne isochrones avec la pulsation artérielle, on remarque aussi avec cet appareil que les mouvements respiratoires peuvent retentir sur la circulation jusqu’aux extrémités mêmes des mem-

1 Nous avons dit plus haut que la durée de la contraction ventriculaire était équivalente à un peu moins de la moitié de la durée totale d'une révolution du cœur : c’est là une moyenne normale, qui peut varier en plus ou en moins.

Page 1