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CHAPITRE III. CIRCULATION

Une expérience curieuse de M. Brunner montre l’influence que peut exercer la reaction élastique des artères sur la tension du sang veineux, quand par un artifice expérimental on diminue la tension normale du sang dans l’arbre artériel (et qu’on permet, par conséquent, à l’élasticité des artères de revenir sur leur contenu, au delà des limites ordinaires). Lorsque, sur un chien, M. Brunner suspendait pendant 30 secondes les mouvements du cœur, la tension du sang s’abaissait considérablement dans la carotide ; celle de la veine jugulaire devenait, au contraire, à peu près triple de ce qu’elle était d’abord. Cela se comprend sans peine : le réservoir artériel tendait à se vider dans le réservoir veineux. L’augmentation de tension dans les veines était loin toutefois d’être équivalente à la diminution de tension des artères, ce qui s’explique encore par la capacité et la dilatabilité des veines, bien plus grandes que celles des artères.

La tension du sang dans le système veineux varie suivant l’état de réplétion du système sanguin, suivant le degré de la tension artérielle ; elle varie encore à divers moments, dans certains points du système, suivant l’état de repos ou de mouvement de la partie, et suivant les mouvements de la respiration. La contraction musculaire, et aussi les mouvements respiratoires, ont en effet sur la circulation veineuse une influence très remarquable, comme nous l’allons voir.

D« cours du sang dans les veines. — Le sang circule dans les veines en vertu des contractions du cœur, qui chasse de proche en proche la colonne sanguine, au travers des artères et des vaisseaux capillaires.

Le sang arrive dans les veines avec une certaine vitesse, et le mouvement dont il est animé en vertu de l’impulsion du cœur et de la réaction élastique des artères est devenu sensiblement uniforme. Les pulsations isochrones aux battements du cœur ne s’y rencontrent point, ou, si elles s’y rencontrent, cela tient à des causes anormales. Lorsqu’on ouvre une veine sur le vivant, le sang coule en jet, mais sans intermittence. La hauteur du jet est en rapport avec la tension veineuse, et de 20 centimètres environ (une colonne de 20 centimètres de sang est l’équivalent d’une colonne de 1 centim. 1/2 de mercure).

Le mouvement de progression du sang dans les veines n’est pas exclusivement soumis à l’impulsion du cœur : des causes accessoires de progression viennent s’y joindre. Ces causes exercent leur influence avec une certaine énergie, précisément parce que la tension du sang veineux est peu considérable. La plus générale de ces causes accessoires, c'est la contraction musculaire. Maintenus dans des gaines aponévrotiques inextensibles, les groupes de muscles qui se contractent exercent sur tout ce qui est contenu dans ces gaines une pression proportionnée à leur contraction. Les veines qui circulent dans l’épaisseur des membres ou dans les parois des cavités du tronc se trouvent dès lors comprimées avec une certaine énergie dans tous les mouvements musculaires.

Le mouvement musculaire, en comprimant les veines, aurait une égale tendance à pousser le sang veineux dans la direction centrifuge et dans la direction centripète, et ne serait rigoureusement point une cause adjuvante du cours du sang dans le système veineux, sans la présence des valvules; il ne pourrait l’être, tout au moins, que dans certaines attitudes et dans des com-

pressions inégales de l’arbre veineux. Les valvules viennent en aide à la contraction musculaire et rendent son action efficace. Les valvules des veines ressemblent à celles des vaisseaux lymphatiques, et le mécanisme de leurs mouvements est le même (Voy. § 80). Elles s’appliquent contre les parois du vaisseau, sous la pression de l’ondée sanguine, lorsque celle-ci se dirige de la périphérie vers l’organe central de la circulation, c’est-à-dire des réseaux capillaires vers les troncs veineux. Quand un segment de veine placé entre la valvule et le cœur se trouve comprimé, elles s’abaissent, au contraire, momentanément et opposent un obstacle au retour du sang vers les réseaux capillaires. Le segment veineux comprimé ne peut ainsi écouler le liquide qu’il contient que du côté du cœur.

L’influence exercée par la contraction musculaire sur le cours du sang veineux peut être démontrée par expérience. Il suffit pour cela de faire contracter les muscles d’un membre dans la veine principale duquel on a placé un hémomanomètre, dirigé du côté du système capillaire. Au moment de la contraction, la colonne sanguine s’élève brusquement dans l’instrument.

L’action de la contraction musculaire sur le sang veineux nous montre pourquoi les mouvements de la locomotion sont si favorables au cours du sang, principalement dans les membres où ce liquide doit remonter contre la pesanteur ; pourquoi, pendant la saignée, on recommande au malade de contracter les muscles de l’avant-bras, et pourquoi on place à cet effet dans sa main un corps qu’il puisse comprimer.

Les veines contribuent encore au cours du sang par leur contractilité propre ; mais cette cause d’accélération ne peut pas être comparée à la précédente ; elle agit avec beaucoup moins d’énergie. La contractilité des veines, en diminuant momentanément le calibre des vaisseaux, peut agir sur la circulation veineuse de deux manières. Ou bien la contractilité des parois s’étend sur une grande étendue, et elle accélère ainsi le cours général du sang, en diminuant le diamètre des conduits qu’il doit parcourir en un temps donné ; ou bien la contractilité est circonscrite dans des points limités, et alors elle agit comme les causes de compression extérieure, à la manière de la contraction musculaire, par exemple, et les valvules lui viennent en aide. La contractilité veineuse, pas plus que la contractilité artérielle, ne se manifeste à chaque pulsation du cœur. Elle s’établit lentement et disparaît de même; elle change localement, et temporairement, la capacité des espaces parcourus par le sang, et modifie par places la vitesse de ce liquide.

Les organes creux renfermés dans la poitrine sont sollicités, à chaque mouvement d’inspiration, à suivre les parois de la cage thoracique, laquelle se dilate sous l’influence des muscles (Voy. § 120). Les poumons suivent ce mouvement d’expansion, et l’air est attiré dans le vide qui tend à s’établir dans leur intérieur. Le cœur, contenu dans la poitrine, ne peut se soustraire à cette influence. A chaque mouvement d’inspiration, il se forme un vide virtuel dans le péricarde, comme dans les plèvres, et les cavités du cœur se trouvent soumises à un mouvement de dilatation, en vertu duquel le sang est attiré de toutes parts vers l’organe central de la circulation. Les valvules aortiques, placées à l’origine des ventricules, s’opposent au mouvement rétrograde de la colonne sanguine artérielle du côté du cœur ; mais rien ne s’oppose à l’aspiration du sang veineux par les oreillettes. Chaque mouvement d’inspiration attire donc le sang vei-

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