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CIRCULATION VEINEUSE

Caractères propres aux veines. — Les parois des veines sont beaucoup moins épaisses que les parois artérielles et beaucoup plus dilatables. Dans les arrêts de circulation qui ont lieu souvent sur le trajet des veines, on voit les parties du système veineux sous-jacentes à l’obstacle au cours du sang acquérir, dans une grande étendue, des dimensions qui n’ont souvent de limites que la résistance des veines à la rupture. Les veines ne maintiennent point par ellesmêmes leur calibre béant lorsqu’elles sont vides de sang, comme les artères :

les parois opposées d’une veine divisée s’appliquent bientôt l’une contre l’autre.

Les veines sont cependant élastiques, mais à un moindre degré que les artères. Elles reprennent leurs dimensions primitives lorsque la cause de distension cesse. C’est en vertu de cette élasticité que les veines artificiellement distendues par les obstacles momentanés au cours du sang veineux (déterminés soit par compression, soit par le jeu des muscles, soit par l’afflux physiologique du sang) ; c’est en vertu de cette propriété, dis-je, que les veines reprennent en peu d’instants leurs dimensions premières. Mais l’élasticité des veines est facilement vaincue par des distensions longtemps prolongées ; la dilatation devient alors permanente. C’est ce qu’on observe souvent dans les points où agissent principalement les obstacles au cours du sang veineux. Telles sont les varices des extrémités inférieures ; telles sont les dilatations veineuses de l’abdomen, qui persistent après des grossesses nombreuses. La dilatation permanente des veines est assez commune aussi chez les vieillards.

La contractilité des veines est beaucoup moins marquée que celle des artères. On peut mettre, néanmoins, cette contractilité en évidence, en excitant les veines à l’aide d’un courant d’induction. Il faut, pour cela, choisir des veines de petit volume ou des veines moyennes, comme, par exemple, les veines profondes des membres. Sur les très-grosses veines (de même que sur les grosses artères, ainsi que nous l’avons vu), l’expérience montre qu’elle est sensiblement nulle, ce qui est en harmonie avec la constitution anatomique des vaisseaux. La veine splénique et la veine porte, bien qu’appartenant aux grosses veines, font exception, c’est-à-dire qu’elles se contractent de la manière la plus manifeste sous l’influence de l’excitant électrique ; c’est un fait que nous avons souvent montré dans nos leçons, et sur lequel MM. Frerichs et Reichert viennent récemment d’appeler l’attention L

La contractilité veineuse, de même que la contractilité artérielle, ne se montre point immédiatement au moment de l’application de l’excitant. La contraction ne commence ni ne finit brusquement. Elle se manifeste au bout de quelques secondes, atteint son maximum au bout d’une ou plusieurs minutes, et cesse lentement. •

Si l’on compare la capacité du système veineux à celle du système artériel, on constate que la carrière dans laquelle se meut le sang veineux est beaucoup plus large que celle du sang artériel. Presque partout, il y a deux veines satellites pour une artère, et, la plupart du temps, chaque veine satellite l’emporte par son volume sur l’artère qu’elle accompagne. La capacité du système veineux peut donc être approximativement évaluée au double de la capacité du système artériel. La différence dont nous parlons est au maximum, quand on examine les deux ordres de vaisseaux loin du cœur; mais, à mesure qu’on se rapproche de l’organe central de la circulation, la différence diminue, et au cœur luimême les embouchures terminales des veines sont sensiblement égales aux b ouches des artères.

La circulation veineuse, bien moins immédiatement dépendante du cœur que

i La veine porte et la veine splénique ont une tunique musculaire développée. Les veines caves supérieure et inférieure (sauf au voisinage du cœur et du foie) manquent complètement de fibres musculaires (Kolliker). Les veines où les fibres musculaires sont le plus apparentes sont les veines de l’utérus à l’état de gestation.

la circulation artérielle, ne présente point de pulsations : le sang s’y meut d’une manière sensiblement uniforme. La circulation veineuse est sujette à des irrégularités et même à des arrêts de circulation plus ou moins étendus, et plus ou moins prolongés, soit en vertu des mouvements, soit en vertu de la position des parties.

Toutes les veines ne sont pas indépendantes à la manière des artères : quelques-unes sont adhérentes par leurs parois aux organes qu’elles traversent ; telles sont les veines des os, les veines hépatiques, les veines des sinus, les veines des tissus érectiles l, etc. Ces dispositions anatomiques entraînent des modifications spéciales dans la circulation de ces parties.

De la tension du sang dans les veines. — La tension du sang dans l’arbre veineux est beaucoup moindre que dans les artères. Les obstacles que le sang a rencontrés dans les artères (Voy. § 97), et surtout ceux qu’il rencontre dans le système capillaire, ont absorbé ou détruit une grande partie de la force communiquée à l’ondée sanguine par les contractions des ventricules du cœur. Aussi les veines se laissent-elles bien plus facilement déprimer que les artères, et s’affaissent-elles sous de faibles pressions. Lorsqu’on mesure la tension du sang veineux à l’aide de l’hémomanomètre, on trouve que la pression sanguine ne fait plus équilibre qu’à une colonne mercurielle d’une faible élévation. M. Poiseuille, MM. Ludwig et Spengler, qui ont appliqué leur instrument dans la veine jugulaire, sont arrivés sensiblement aux mêmes résultats.

La tension du sang dans l’arbre veineux, et cela se conçoit facilement, est loin de présenter l’uniformité de la tension artérielle. Le sang, en effet, pour passer des artères dans tel ou tel département du système veineux, trouve, chemin faisant, des obstacles qui varient suivant les organes traversés, c’est-à-dire suivant la longueur , le diamètre et le nombre des canaux du réseau capillaire (Voy. § 101) On trouve, à l’aide de l’hémodynamomètre, que la tension du sang de la veine jugulaire du chien fait équilibre, en moyenne, à une colonne mercurielle de 1 à 2 centimètres de hauteur.

Il résulte des recherches nombreuses entreprises à l’aide de l’hémomanomètre (MM. Mogk, Yolkmann, Ludwig, Brunner, Weyrich, Jacobson, etc.), que la tension moyenne du sang diminue dans les veines à partir des rameaux vers les troncs, c’est-à-dire que la tension est plus forte à mesure qu’on se rapproche du réseau capillaire, et par conséquent des artères. Ces résultats ont été obtenus sur des chevaux, des veaux, des chiens, des chèvres et des moutons. Ainsi, par exemple, dans une expérience on trouve, en même temps, à la veine jugulaire d’une chèvre une pression équivalente à une colonne de lcm,8 de mercure, et à la veine faciale du même animal 4cm,l. Dans une autre expérience, le sang de la veine brachiale d’un chien faisait équilibre à une colonne de lom,5 de mercure, et le sang de la veine crurale à une colonne de 2cm,3.

Il y a aussi dans les veines une oscillation de tension correspondante à la contraction des ventricules du cœur ; mais cette oscillation ne dépasse pas quelques millimètres de mercure (M. Weyrich).

* Les veines adhérentes manquent de tunique musculaire.

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