CHAPITRE III. CIRCULATION
la pesanteur sur la circulation veineuse, mais elles la limitent. Si elles ne peuvent empêcher le sang de distendre les conduits veineux dans les parties déclives, du moins elles empêchent le sang de rétrograder.
Les valvules n’existent pas dans toutes les veines du corps ; c’est particulièrement dans les parties où la circulation veineuse doit surmonter l’action de la pesanteur qu’on les rencontre. Les veines des membres sont toutes pourvues de valvules, les principales veines du tronc également. Les sinus et les veines cérébrales n’ont point de valvules ; et il est remarquable que la circulation veineuse encéphalique, loin d’être gênée par l’action de la pesanteur, est au contraire favorisée par elle. Lorsque la tête se trouve dans une position déclive par rapport au cœur, la pesanteur fait sentir ses effets avec une grande énergie, et le sang s’accumule promptement dans les veines. La veine porte, la veine azygos, les veines pulmonaires, n’ont pas de valvules non plus. Il faut remarquer que les veines pulmonaires font partie du petit cercle de la circulation, et que l’influence de la pesanteur se fait peu sentir dans le poumon. Quant à la veine porte, il est certain que, chez l’homme, le sang, dans ses branches les plus déclives, doit lutter contre la pesanteur. De là, la fréquence des dilatations hémorrhoïdales dans les veines rectales, branches inférieures de la veine porte (mésentérique inférieure).
Les mouvements musculaires modérés, tels que ceux de la locomotion, favorisent donc la circulation veineuse par l’action des muscles, et s’opposent à l’influence fâcheuse de la pesanteur. L’immobilité prolongée, la vie sédentaire, favorisent au contraire la stagnation du sang dans les parties déclives du système veineux, et prédisposent aux hémorrhoïdes et aux infdtrations des membres.
La pression, les constrictions de toute espèce peuvent agir en ralentissant le cours du sang veineux. Mais, tandis que la pesanteur agit d’une manière permanente, les causes dont nous parlons sont ordinairement accidentelles et circonscrites. Quand, au lieu d’être momentanées, elles agissent pendant un temps plus ou moins prolongé, les tuniques veineuses distendues ne recouvrent plus leur calibre primitif; de là les dilatations veineuses.
Dans le chant, dans le jeu des instruments, dans le vomissement, dans la défécation, dans la parturition, en un mot, dans tous les efforts (Voy. § 240), les mouvements respiratoires se trouvent suspendus pendant un temps plus ou moins long : l’influence accélératrice qu’exerce l’inspiration sur le cours du sang veineux n’agit plus. Le sang, poussé par les contractions persistantes du cœur, s’accumule dans le système veineux, et celui-ci devient turgide : la face, le cou, la poitrine, s’injectent. On amène exactement les mêmes résultats en suspendant pendant quelque temps sa respiration. Si la rougeur et la tuméfaction sont plus sensibles à la face et au cou qu’aux autres parties du corps, cela tient à ce que la réplétion du système veineux s’opère d’autant plus vite que le cercle parcouru par le sang est moindre l. En retenant pendant longtemps sa respiration, il est aisé de se convaincre que la distension du système veineux s’étend bientôt aux membres supérieurs.
Rendu uniforme par les divers obstacles qu’il a rencontrés dans les artères
i Le chemin parcouru par le sang qui va du cœur à la tête et à la face, et qui revient au cœur par les veines jugulaires, est moins étendu que le chemin parcouru par le sang qui se rend à la partie inférieure du tronc et des membres.
et dans le système capillaire, le cours du sang dans les veines ne se traduit pas, comme dans les artères, par le phénomène du pouls. Lorsqu’on applique le doigt sur le trajet d’une veine, celle-ci s’affaisse et ne transmet rien qui ressemble au pouls artériel. Il arrive pourtant que, dans des conditions exceptionnelles, on aperçoit à l’œil et on peut aussi sentir au toucher, le long du trajet des veines jugulaires, des battements qui ont réellement leur siège dans les veines. C’est à ce phénomène anormal qu’on donne le nom d e poids veineux. Le pouls veineux est l’indice d’une lésion quelconque, soit du côté du cœur droit , soit du côté des poumons. Il peut, en effet, survenir dans trois circonstances principales. Lorsqu’il est isochrone avec la contraction ventriculaire du cœur, et par conséquent avec le pouls artériel, il peut indiquer qu’il y a un obstacle à l’écoulement du sang par l’orifice de l’artère pulmonaire au moment où le ventricule droit se contracte. Cet obstacle peut être, d’ailleurs, soit à l’orifice de l’artère, soit dans le poumon lui-même. Il est évident aussi que, la colonne sanguine refluant en retour, du côté de l’oreillette droite et jusque dans les veines de cette oreillette, il est évident, dis-je, qu’en ce moment les valvules auriculo-ventriculaires remplissent incomplètement leurs fonctions. On conçoit pareillement que le pouls veineux puisse se montrer en vertu d’une simple insuffisance des valvules auriculo-ventriculaires ; dans ce cas encore, le pouls veineux serait isochrone avec le pouls artériel. Enfin le pouls veineux peut être en rapport avec le rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit. Cette lésion, d’ailleurs très rare, s’accompagne généralement d’une hypertrophie de l’oreillette droite. Le sang n’étant plus chassé qu’incomplétement du côté du ventricule droit par les contractions énergiques de l’oreillette, une portion du sang s’engage en retour du côté des veines et y détermine une distension pulsatile. Le pouls veineux, dans ce dernier cas, précède le pouls artériel, car il est isochrone, non plus avec la contraction ventriculaire, mais avec la contraction de l’oreillette.
Le pouls veineux ne s’étend pas loin ; il s’éteint bientôt en vertu de la dilatabilité des parois des veines. Aussi, on ne le sent guère qu’aux veines jugulaires voisines du cœur. Il se fait très probablement sentir à l’origine de la veine cave inférieure, de même qu’à l’origine de la veine cave supérieure (c’est en effet par la veine cave supérieure qu’il se transmet aux jugulaires) ; mais, comme la veine cave inférieure décrit un long trajet dans la profondeur de l’abdomen, le pouls veineux est devenu insensible dans ses branches afférentes, telles que les crurales, par exemple.
Circulation de la veine porte. — Circulation «les tissus érectiles. — Nous avons vu précédemment que la contractilité vasculaire, en changeant le calibre des petits vaisseaux, et en le diminuant au point d’opposer un obstacle plus ou moins prolongé au passage du sang, pouvait entraîner, dans les circulations locales, des modifications profondes. Nous avons vu que les résistances nombreuses que le sang rencontre dans les capillaires, que la grande capacité du système veineux et la dilatabilité de ses parois rendaient la tension du sang dans les veines inférieure à ce qu’elle est dans les artères, et que par suite le sang a besoin, pour se mouvoir régulièrement dans les veines, d’un certain nombre de