CHAPITRE III. CIRCULATION
causes adjuvantes. Ces causes adjuvantes, et en particulier l’action des muscles de la locomotion, l’action aspiratoire des mouvements de l’inspiration, manquent dans la veine porte, ainsi que les valvules. Bien plus, le sang contenu dans la veine porte est compris entre deux systèmes capillaires. La veine porte, en effet, fait, en quelque sorte, fonction d’artère par rapport au foie, et le sang doit traverser un nouveau réseau capillaire, avant de se rendre dans la veine cave inférieure par les veines sus-hépatiques. Les causes de ralentissement sont donc plus nombreuses dans le système de la veine porte que dans tout autre point du système circulatoire.
Si nous réfléchissons que les vaisseaux capillaires généraux suffisent à atténuer considérablement la tension du sang qui passe des artères dans les veines, il est évident que le réseau capillaire de la veine porte, dans le foie, doit agir dans le même sens sur le sang qui circule dans la veine porte, et d’autant plus efficacement que la tension du sang dans le tronc de la veine porte est déjà elle-même bien moindre que celle des artères. Les causes qui peuvent modifier localement la circulation doivent agir ici avec beaucoup d’efficacité, et le sang placé dans le système de la veine porte peut être soustrait, dans des proportions variables, à l’action impulsive du cœur.
Il serait difficile de dire jusqu’à quel point peut être portée la stagnation du sang dans le système porte, mais il est au moins probable que, pendant la période de l’absorption digestive, la circulation de la veine porte est ralentie. Les expériences que nous avons entreprises sur la composition du sang de la veine porte, aux diverses époques de la digestion, nous ont, autrefois, conduit à cette conclusion. Les recherches faites par M. Erichsen, à un autre point de vue, nous semblent conduire aussi aux mêmes résultats. M. Erichsen introduit dans le tube digestif des animaux une substance saline, qui peut passer en nature dans l’urine, lorsqu’elle est parvenue dans le torrent de la circulation; tel est le ferro-cyanure do potassium. Or, le ferro-cyanure de potassium se montre au bout de 16 minutes dans l’urine, lorsqu’on le donne 24 minutes après le repas. Administré 60 minutes après le repas, il ne faut plus que 14 minutes; 120 minutes après le repas, il se montre au bout de 12 minutes 1.
Certains organes, tels que les corps caverneux de la verge, le clitoris, la rate, sont essentiellement constitués par l’assemblage de lames celluleuses diversement entre-croisées et circonscrivant un grand nombre de cellules communiquant largement les unes avec les autres. Ces cellules, et c’est là le propre des tissus érectiles, communiquent avec les veines; elles sont, en d’autres termes (dans ces organes particuliers), les origines mêmes des radicules veineuses. La communication entre les artères et les veines ne se fait donc pas, dans les tissus érectiles, par un réseau capillaire analogue à celui des autres parties. Il y a dans ces tissus, entre le système artériel et le système veineux, un réservoir multiloculaire, qu’on peut considérer comme des diverticules veineux. Si maintenant, par la pensée, on suppose, en un point des troncs veineux qui rapportent le sang, l’action plus ou moins prolongée d’une force comprimante quelconque, non-seulement le cours du sang sera momentanément
1 On sait, depuis longtemps, que les phénomènes de l’empoisonnement sont bien plus rapides ' chez les animaux à jeun que chez ceux qui ont l’estomac rempli d’aliments. Cette dernière condition peut parfois, à elle seu’e, protéger l’animal contre l’action toxique du poison, en ralentissant, et en fractionnant pour ainsi dire son transport dans la masse du sang.
retardé dans les cellules dont nous parlons, mais encore ce liquide s’y accumulera. La contraction des radicules veineuses et la contraction musculaire des muscles du périnée et du bassin qui entourent les veines : telle est la force qui accumule et retient temporairement le sang dans les corps caverneux ; la contractilité des radicules veineuses, sans doute l’état de plénitude de l’estomac (déterminant une augmentation de pression sur les organes contenus dans l’abdomen), et aussi la contractilité de la rate : telles sont les causes qui influent sur la circulation du sang de la veine splénique. Ce qui est bien certain, c’est que le caractère essentiel de la circulation dans les tissus érectiles, c’est Y intermittence. Les augmentations et les diminutions de volume de la rate et des corps caverneux sont en rapport avec la quantité de sang contenue dans les mailles de leur tissu, et elles dépendent évidemment du départ, tantôt moins considérable, tantôt plus considérable du sang par le calibre des vaisseaux veineux.
§ 106 bis.
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ARTICLE V