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CHAPITRE III. CIRCULATION

Les chiffres que nous avons donnés peuvent être considérés comme représentant une moyenne susceptible de varier en plus ou en moins. Ces chiffres représentent le temps que met une molécule de sang à décrire le cercle de la circulation pulmonaire (quantité commune à toutes les révolutions complètes du sang), plus un cercle comprenant les vaisseaux de la tète (carotide et jugulaire). Quand l’expérience est faite sur les veines iliaques, au lieu de l’être sur les jugulaires, le chiffre obtenu correspond au temps que met une molécule sanguine à décrire le cercle de la circulation pulmonaire (quantité commune), plus le cercle comprenant les vaisseaux du membre inférieur (aorte, artère crurale, et veines du membre inférieur). Or, dans ce cas, le temps employé est un peu plus considérable. De même il serait sans doute plus court si l’on pouvait examiner de la même manière le cours du sang dans les cercles circulatoires placés dans le voisinage du cœur.

Le ferrocyanure de potassium, à dose modérée, n’exerce pas d’action sensible sur l’économie animale ; il est très-propre à étudier la vitesse du sang. Les liquides qui agissent chimiquement sur le sang en le coagulant, ou en en augmentant la viscosité (sels de fer, solutions alcooliques concentrées, etc.), doivent être repoussés pour ce genre d’expériences. D’autres liquides (liquides oléagineux, digitaline, cantliaridine, poisons, etc.), en adhérant aux parois des vaisseaux, ou en agissant sur la contractilité des vaisseaux, ou sur les contractions du cœur, fourniraient également à cet égard des notions inexactes.

Au reste, nous l’avons déjà dit, il s’en faut de beaucoup que la répartition du sang se fasse d’une manière uniforme dans les divers organes. Le nombre et le diamètre des vaisseaux des différents organes seraient connus, que cela ne permettraitmême pas de calculer cette quantité. Il suffit d’un arrêt apporté à la circulation veineuse, soit par une pression musculaire, soit par l’état de plénitude d’un réservoir, soit par d’autres causes encore, pour amener la rubéfaction, la congestion ou la tuméfaction des organes ; par conséquent, des modifications dans la circulation. Les mouvements de la locomotion et la contractilité des vaisseaux jouent d’ailleurs, sous ce rapport, un rôle capital. La vitesse du cours du sang, lorsqu'on l'envisage dans des points spéciaux de l’arbre circulatoire, est donc soumise, pour tous ces motifs, à une grande variabilité.

La vitesse du cours du sang, envisagée dans l’ensemble du système, est assujettie a deux influences. Elle peut être modifiée soit par un changement dans la force du cœur, soit par un changement dans la résistance des petits vaisseaux suivant qu’ils sont contractés ou relâchés.

Des nombreuses expériences auxquelles s’est livré M. Marey on peut en effet déduire les propositions suivantes, absolument conformes aux lois de Bernouilli :

Si une élévation de tension du sang s’accompagne d'une augmentation de vitesse, c’est qu’il s’est produit une augmentation dans l’énergie des contractions du cœur ; si une élévation de tension du sang s’accompagne d’une diminution de vitesse, cela indique un resserrement des petits vaisseaux, c’est-à-dire un plus grand obstacle au cours du sang.

Inversement, une diminution de tension accompagnée d’une diminution de vitesse indique un affaiblissement de l’action cardiaque ; tandis qu’une diminution de tension accompagnée d’un accroissement de vitesse signifie un relâchement des petits vaisseaux.

§ 107 bis.

Nombre des pulsations du cœur. — Le nombre des battements du cœur, c’est-à-dire la fréquence des impulsions que donne à la masse sanguine la contraction ventriculaire, est facile à apprécier, non-seulement par le toucher à la région précordiale, mais encore sur le trajet de l’arbre artériel, partout où le pouls peut être senti. C’est généralement le pouls qu’on interroge pour apprécier le nombre des battements du cœur.

Le nombre des battements du cœur n’est pas le même à tous les âges de la vie. Chez l’adulte, le cœur bat, en moyenne, 72 fois par minute. Dans la première enfance, le nombre des battements du cœur (et par conséquent le nombre des pulsations artérielles) est bien plus élevé. Au moment de la naissance et pendant les deux mois suivants, le cœur bat environ 140 fois par minute. Au sixième mois, le nombre des battements est de 128; de 120 au douzième; de 110 environ à la fin de la seconde année. Ce nombre s’abaisse ensuite peu à peu, jusqu’à l’époque de la puberté, où il est de 80 environ. Plus tard, il s’abaisse encore, et, sur l’adulte de trente ans, le cœur bat environ 72 fois par minute. Aux ap proches de la vieillesse, le pouls devient un peu plus fréquent, il remonte à 75 et peut s’élever à 80.

Dans les premiers âges de la vie, le pouls est sensiblement le même dans les deux sexes. Plus tard, le pouls est un peu plus fréquent chez la femme que chez l'homme. La différence s’établit nettement vers l’âge de la puberté.

Le nombre des battements du cœur varie beaucoup dans la série animale. On peut poser comme règle générale que le coeur bat lentement dans les grandes espèces, et que les battements s’accélèrent dans les petites ; exemple : cheval et bœuf, 30 à 40 pulsations par minute; âne, 50; mouton, 70 à 80; chien, MO à 120 ; lapin, 150 L

Cette loi paraît se poursuivre dans l’espèce humaine quand on compare entre eux des hommes très-différents par la stature. M. Rameaux a établi, par l’observation de 64 soldats d’âge égal, mais de stature différente, que le pouls est plus lent chez les hommes de haute taille que chez les hommes de petite taille. M. Volkmann est arrivé à des résultats analogues : c’est ici le lieu de rappeler qu’à mesure que l’enfant croît, le nombre des pulsations du cœur diminue.

Le nombre des pulsations du cœur est en relation intime avec l’état de repos ou de mouvement, et chacun a pu observer par soi-même que tout exercice un peu violent augmente notablement les battements du cœur. Dans la position horizontale, qui est la position du repos, le cœur bat un peu moins vite que dans la position assise ; il bat un peu moins vite dans la position assise que dans la station verticale où l’action musculaire est mise en jeu pour le maintien de l’équilibre. L’influence de la position sur le nombre des battements du cœur a été constatée particulièrement par MM. Bryan, Robinson et Guy.

Les battements du cœur diminuent pendant le sommeil 2.

La température exerce une action complexe sur les mouvements du cœur. MM. Bence Jones et Dickinson ont observé que, sous l’influence d’une douche

1 Dans une série de larves de sphinx (insectes), les individus dont le poids variait de 3 à 4 grammes offraient 50 pulsations du vaisseau dorsal par minute, tandis que, chez ceux dont le poids variait de 4 à 5 grammes, le vaisseau dorsal ne battait que 40 fois, ou môme 30 fois. (Newport.)

2 Les expériences faites sur ce point laissent à désirer; il n’a pas été tenu compte, chez les personnes endormies, du ralentissement des mouvements du cœur dû à la position horizontale.

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