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CHAPITRE III. CIRCULATION

saline, prenons de nouveau 25 grammes de cette solution, et supposons que ce nouvel essai ne fournisse plus que 10 pour 100 de résidu solide. Nous avons dès lors tout ce qu’il faut pour calculer la quantité inconnue de la solution, car il suffit de résoudre une simple équation.

On conçoit l’application faite par M. Valentin de ce problème algébrique. 11 tire une certaine quantité de sang des vaisseaux d’un animal : il fait dessécher ce sang, et calcule combien cette quantité donnée fournit de résidu sec ; puis il injecte une quantité connue d’eau distillée dans les vaisseaux, et, au bout de cinq minutes, il fait une nouvelle saignée. Cette saignée fournit aussi une certaine quantité de résidu sec. On a dès lors tous les éléments du problème, et il paraît facile de calculer la quantité absolue de sang contenue dans les vaisseaux de l’animal.

Des expériences de cette nature, entreprises sur des chiens, des moutons et des lapins, ont amené M. Valentin à cette conclusion que la masse du sang est la cinquième partie du poids du corps. En appliquant ces résultats à l’espèce humaine, il en résulterait qu’il y a chez l’homme adulte (pesant en moyenne 65 kilogrammes) près de 14 kilogrammes de sang, et chez la femme (pesant en moyenne 55 kilogrammes), près de 12 kilogrammes de sang, quantités évidemment beaucoup trop considérables.

Les résultats de M. Valentin sont entachés d’une cause d’erreur que nous ne pouvons passer sous silence. Pour qu’ils fussent rigoureux, il faudrait que les parois des vaisseaux fussent imperméables. Le calcul suppose, en effet, qu’il ne s’est fait aucune déperdition du liquide injecté dans les vaisseaux. Dans l’espace des cinq minutes pendant lesquelles l’eau injectée circule et se mélange avec le sang, une partie de cette eau transsude au travers des parois vasculaires, en traversant le réseau capillaire. La composition du sang n’est pas modifiée (dans la proportion des parties solides et des parties liquides), comme elle le serait si la transsudation n’avait pas lieu. Il résulte de là que, dans la seconde saignée d’épreuve, la proportion des matières solides est évaluée trop haut, ce qui, dans le calcul, entraîne une exagération correspondante dans l’évaluation finale de la quantité du sang.

M. Blake a cherché à déterminer la quantité de sang en circulation à l’aide d’un procédé analogue. L’expérimentateur injecte dans les vaisseaux d’un animal vivant une quantité connue et titrée de sulfate d’alumine. Au bout de quelques minutes, une saignée est pratiquée à l’animal, et le sang analysé. La quantité de sulfate d’alumine retrouvée dans la saignée implique la quantité restée dans la masse sanguine, et cette quantité doit être, avec la masse générale du sang, dans les mêmes relations que dans le sang de la saignée. M. Blake estime ainsi que la masse du sang constitue chez le chien la huitième ou la neuvième partie du poids du corps. On peut adresser à ce procédé les mêmes objections qu’au précédent.

MM. Lehman et E. Weber ont procédé d’une manière plus directe. Ils pèsent un condamné qu’on va décapiter. Après la décapitation, et quand tout écoulement de sang a cessé par les artères ouvertes, ils pèsent le tronc et la tête : la différence donne le poids du sang écoulé. Après quoi, ils font passer un courant d’eau distillée dans les vaisseaux du tronc et de la tête, jusqu’à ce que l’eau sorte incolore. Ils évaporent le liquide obtenu, et le résidu sec correspond à une quantité de sang qu’on calcule facilement, en établissant une comparaison avec

une certaine proportion du sang primitivement recueilli et évaporé. La quantité de sang calculée est ajoutée à la première. MM. Weber et Lehmann croient devoir conclure que la proportion du sang est au poids du corps comme 1 : 8, c’est-à-dire qu’un homme qui pèse 63 kilogrammes aurait environ 8 kilogrammes de sang dans ses vaisseaux (une femme pesant 53 kilogrammes aurait par conséquent environ 7 kilogrammes de sang).

Cette évaluation est évidemment encore trop élevée; le courant d’eau qui traverse ainsi le système vasculaire se charge, dans la trame des tissus, d’éléments solubles qui n’appartiennent pas au sang, et qui tendent à élever le chiffre du résidu de l’évaporation.

M. Welcker a proposé une méthode d’évaluation qui nous paraît suffisamment rigoureuse. Cette méthode est basée sur la puissance colorante du sang. L’expérimentateur prend d’abord sur un animal vivant une petite quantité de sang d’épreuve, puis il fait passer dans les vaisseaux de l’animal mis à mort un courant d’eau distillée, jusqu’à ce que cette eau sorte tout à fait incolore. Il note le volume de cette masse liquide ainsi obtenue; après quoi il étend d’eau le premier sang d’épreuve jusqu’à ce qu’il obtienne la teinte du dernier liquide, ce qui peut se faire avec un degré d’approximation assez rigoureux. Il y a dès lors un rapport exact entre la quantité d’eau ajoutée au sang d’épreuve et la quantité d’eau mélangée au sang retiré des vaisseaux par le lavage : le poids du sang d’épreuve permet de calculer le poids de l’autre portion du sang. La méthode de M. Welcker échappe aux objections qu’on peut adresser aux procédés précédents, attendu qu’il s’attache à l’élément colorant du sang, c’est-à-dire aux globules qui n’appartiennent qu’au sang, et qui sont contenus dans l’appareil fermé de la circulation. A l’aide du procédé de M. Welcker, M. Bischoff a opéré sur le corps de deux suppliciés. Sur l’un et sur l’autre, il a trouvé un peu moins de 5 kilogrammes de sang, représentant environ la treizième partie du poids du corps du supplicié1.

Il est remarquable qu’en s’appuyant sur les résultats de ses expériences, M. Yierordt arrive par une voie détournée à une évaluation analogue à la précédente. Le calcul de M. Yierordt est basé sur trois éléments, dont les deux premiers sont tirés de l’expérience, et dont on déduit le troisième. Ces trois éléments sont ; 1° la durée d’une révolution circulatoire donnée par l’expérience ; 2° le nombre des battements du cœur correspondant à cette durée, également donné par l’observation directe ; 3° le débit du ventricule gauche à chaque systole ventriculaire, ou sa capacité.

Il semble au premier abord qu’il suffise de mesurer sur le cadavre la capacité du ventricule gauche du cœur, et que, par conséquent, il ne soit pas nécessaire de déduire cette valeur des deux premières. Mais il ne faut pas oublier que sur le vivant, au moment où le ventricule entre en contraction, la quantité de sang

1 M. Welcker, qui a appliqué sa méthode sur les animaux, a trouvé que la masse du sang, comparée à la masse du corps, est

de 1 ou 1,5 pour 100 chez les poissons; de 5 pour 100 chez les grenouilles et les lézards ;

de 8 pour 100 chez les souris;

de 8,5 pour 100 chez l’oiseau.

En prenant le calcul de M. Bischoff, c’est-à-dire 5 kilogrammes de sang chez un homme de 65 kilogrammes, on trouve le même rapport que pour la souris (animal mammifère), c’est-à-dire 5 pour 65, ou 8 pour 100.

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