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CHAPITRE III. CIRCULATION

est proportionnelle au travail intellectuel. D’après M. Mosso, l’opération mentale qui consiste à multiplier deux nombres, l’entrée de personnes étrangères dans la pièce où se fait l’expérience suffit pour entraîner un abaissement dans la colonne du pletysmographe. Cet abaissement était même plus grand quand M. Mosso traduisait mentalement du grec placé sous ses yeux, que quand il lisait de l'italien, sa langue maternelle, parce que la traduction du grec nécessitait un plus grand effort intellectuel.

En somme, on peut dire que les organes et les tissus qui reçoivent des vaisseaux (presque tous les organes et les tissus sont vasculaires) sont le siège d’une série de variations de volume et par conséquent de consistance , de couleur et de température , tous phénomènes subordonnés aux variations de calibre des vaisseaux qui constituent une grande partie de la trame des tissus.

De l’épaisseur des parois «les vaisseaux. — La tension du sang dans les artères l’emporte sur la tension du sang dans les veines. Les parois artérielles sont plus épaisses que les parois veineuses. L'élasticité des premières l’emporte, il est vrai, de beaucoup sur celle des secondes; mais il y a dans l’économie des membranes minces qui sont très élastiques. L’épaisseur des parois vasculaires est surtout proportionnée à la tension du sang dans les vaisseaux. Cela est d’autant plus probable que le rapport entre le calibre intérieur et l’épaisseur des patois des vaisseaux artériels de différents diamètres suit assez régulièrement les lois de l’hydrostatique. L’épaisseur des parois croît, en effet, dans les artères, comme le produit de l’unité de pression par le rayon de section du vaisseau. Ce qui veut dire, en d'autres termes, que, pour une même pression, l’épaisseur des parois croît simplement comme le rayon de section du canal; ou encore, que l’épaisseur des parois doit être double, seulement, par une section quadruple. Or, l’épaisseur des parois artérielles se comporte comme l’indique la théorie. En comparant des artères de différents diamètres, il est aisé de se convaincre, en effet, par un examen même superficiel, que les parois des petites artères sont plus épaisses, eu égard à leur calibre intérieur, que les parois des grandes artères par rapport à leur calibre intérieur. En mesurant rigoureusement ces épaisseurs chez les divers animaux, on arrive aisément à démontrer que l’épaisseur des parois artérielles croît moins rapidement que leur surface de section, et qu’elle est seulement double à peu près pour une aire de section quadruple.

L’artère pulmonaire fait seule exception à cette loi. L’aire de section de l’artère pulmonaire l’emportant sur l’aire de section de l’artère aorte, l’épaisseur des parois de l’artère pulmonaire devrait l’emporter sur celle de l’artère aorte. C’est le contraire qui a lieu : l’épaisseur des parois de l’aorte l’emporte sur celle de l’artère pulmonaire. Mais nous savons que la tension du sang est moindre dans l’artère pulmonaire que dans l’aorte (Voy. § 95).

Entrée «le l’air «lans les veines. — 11 est quelquefois arrivé qu’en pratiquant sur l’homme ou sur les an'maux des opérations dans la région cervicale, on a

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entendu un sifflement suivi bientôt d’accidents graves, et même de la mort des individus. Ce sifflement, plus ou moins aigu et plus ou moins intense, est déterminé par l’introduction brusque et précipitée de l’air dans les veines du cou incisées au moment de l’opération et maintenues béantes par les plans aponévrotiques de la région. Cette introduction de l’air, ou mieux cette aspiration de l’air extérieur par les veines ouvertes, est déterminée, au moment de l’inspiration, par le jeu de soufflet de la cavité pectorale (Yoy. §§ lia et suivants). L’air aspiré se mélange avec le sang et se dirige avec lui vers la poitrine, c’està-dire vers le cœur. On trouve après la mort les cavités du cœur et les gros vaisseaux remplis d’un sang écumeux, c’est-à-dire qu’on trouve une multitude de fines bulles d’air mélangées dans la masse du sang.

Quelle est la cause réelle des accidents redoutables qui surviennent en pareille occurrence?

D’abord, il est certain, et des expériences directes l’ont démontré, qu’il faut injecter une certaine quantité d’air dans les vaisseaux pour faire périr les animaux. Déjà Nysten avait remarqué que quelques bulles d’air mélangées au sang ne suffisent pas pour amener les accidents redoutables qu’on a observés. Il avait, souvent, et sur des points divers du trajet circulatoire, introduit dans les vaisseaux veineux des animaux 23, 40, 80 centimètres cubes d’air atmosphérique sans apporter des troubles bien manifestes dans la circulation.

On a pensé que l’air introduit dans le cœur détermine la mort en paralysant directement ses mouvements. Cette explication est tout à fait inacceptable. Non seulement le cœur, extrait du corps de l’animal vivant et placé sur une table, continue à battre pendant un certain temps au contact de l’air atmosphérique qui l’entoure et pénètre par ses ouvertures naturelles, mais encore, lorsque ses contractions ont cessé, on peut les réveiller en insufflant de l’air dans son intérieur. Plus tard, on a admis que la mort survenait par suite de la difficulté que le sang mélangé d’air trouve à traverser les capillaires pulmonaires. Un tube capillaire qui, sous une certaine pression, donne facilement passage à un liquide, lui livre moins aisément passage sous la même pression, lorsqu’on fractionne de bulles d’air le liquide engagé dans son intérieur. Dès lors, on supposait que la mort est très prompte lorsque l’air est introduit dans les vaisseaux voisins du cœur, parce que l’air mélangé au sang, arrivant presque immédiatement dans les capillaires du poumon, ne pouvait plus les traverser, et déterminait ainsi une véritable asphyxie par arrêt de circulation pulmonaire.

Des expériences entreprises, il y a quelques années, dans notre laboratoire, par MM. Muron et Laborde, ont prouvé l’insuffisance de ces vues théoriques pour expliquer les accidents foudroyants dont il est question, et nous ont mis sur la voie de leur véritable interprétation.

Le premier fait mis en lumière par ces expériences, c’est qu’on peut injecter dans les vaisseaux veineux d’un animal, et même dans les vaisseaux artériels (sauf dans les vaisseaux artériels qui se rendent directement à l’encéphale), une quantité d’air considérable, on pourrait presque dire indéfinie, sans que l’animal en éprouve un dommage sensible. Mais cette injection d’air n’est inoffensive qu’à une condition, c'est qu’elle est pratiquée avec une extrême lenteur l.

1 On peut ainsi, et en ayant soin de suspendre l’injection gazeuse toutes les fois que l’animal éprouve de l’agitation, introduire dans la veine crurale ou même dans la veine jugulaire d’un chien un litre d’air, recommencer l’injection au bout de quelques heures, le jour même, le lendemain, le surlendemain, et faire ainsi passer dans ses vaisseaux un volume d’air considérable.

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