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CHAPITRE III. CIRCULATION

Le péril de l’introduction de l’air dans les vaisseaux du cou au moment des opérations de cette région, consiste donc (sous l’influence des efforts exagérés d’inspiration) dans l’appel brusque et instantané d'une grande quantité d'air dans le réservoir sanguin.

Quant à la mort qui survient dans ces conditions, elle ne peut pas être attribuée à un arrêt de circulation dans les poumons, arrêt qui serait la conséquence de la difficulté qu’éprouverait le sang spumeux (mélangé de bulles d’air) accumulé dans le cœur droit, à traverser les capillaires pulmonaires. En effet, lorsqu’on pousse à l aide d'une pression douce 1 de l’air dans une artère, l’artère crurale, par exemple, le sang mélangé d’air revient avec une grande facilité par la veine crurale après avoir traversé le réseau capillaire du membre inférieur. On peut s’assurer du retour du sang en examinant la veine crurale qu’on a mise à découvert en même temps que l’artère ; on voit ainsi, grâce à la transparence des tuniques veineuses, que le sang qui revient du membre est mélangé de bulles d’air.

D’un autre côté, lorsqu’on injecte rapidement de grandes quantités d’air dans les veines et qu’on détermine ainsi la mort de l’animal, on trouve à l’autopsie du sang spumeux partout , non-seulement dans les cavités droites du cœur, mais aussi dans les cavités gauches, ce qui prouve que le sang mélangé d’air a traversé le réseau capillaire des poumons pour passer du cœur droit dans le cœur gauche 2.

La soudaineté de la mort tient à une autre cause : c’est par ischémie cérébrale, et très vraisemblablement par ischémie bulbaire, qu’elle survient 3. Si, en effet, on injecte de l’air, non plus dans l’artère crurale ou dans l’artère brachiale, mais dans l’artère carotide, qui se dirige vers la tête, un demi- décilitre, c’est-à-dire 50 centimètres cubes, suffisent pour entraîner la mort subite à la manière des lésions du bulbe.

La mort subite observée chez l’homme à la suite de l’entrée de l’air dans les veines du cou tient vraisemblablement à la môme cause. Mais on conçoit qu’elle n’a dû se produire qu’à la suite de l’entrée brusque, et pour ainsi dire d’un seul coup, dans les vaisseaux veineux du cou, d’une quantité d’air beaucoup plus grande. Cet air, mélangé au sang veineux qui se dirige vers les cavités droites du cœur, a dû, en effet, traverser les poumons, revenir au cœur gauche, disséminé dans la masse sanguine, et gagner ensuite l’aorte, pour parvenir à l’encéphale par les artères carotides et vertébrales.

L’homme succomberait donc à une suspension momentanée de l’irrigation sanguine ou tout au moins à une insuffisance de cette irrigation dans l’encéphale, c’est-à-dire à une syncoqie mortelle.

§ 110 bis.

Transfusion du sang. — La transfusion du sang, c’est-à-dire l’injection d’une certaine quantité de sang dans les vaisseaux de l’homme ou dans ceux d’un

1 Avec une pression à peine équivalente à la tension sanguine artérielle.

2 Dans ces conditions on trouve même du sang spumeux (c’est-à-dire mélangé d’air) dans tous les vaisseaux.

3 L’air chassé dans l’artère carotide refoule le sang, et l’ensemble des branches artérielles de la circulation encéphalique ne contient plus qu’une quantité de sang insignifiante ; ces vaisseaux sont presque complètement remplis d’air. C’est ce qu’on peut constater aisément en pratiquant rapidement l'autopsie des animaux.

animal, est une idée qui est née dans la science peu après la découverte de la circulation du sang (dix-septième siècle). Quelques essais heureux faits dans le principe firent concevoir aux premiers expérimentateurs des espérances exagérées que de nombreux revers ne tardèrent pas à détruire. Aussi, pendant une longue période qui s’étend presque jusqu’à nos jours, la transfusion du sang fut-elle absolument abandonnée. Cette proscription n’était pas suffisamment justifiée. La question a été examinée de nouveau; on s’est rendu compte des conditions dans lesquelles l’opération offre des chances de réussite, et tout le monde reconnaît aujourd’hui que la transfusion peut offrir au médecin, dans les cas extrêmes (par exemple, quand la mort est imminente par suite d’hémorrhagie), une précieuse ressource.

Pour que la transfusion du sang ne constitue pas par elle-même une opération dangereuse, il faut tenir compte de diverses conditions que nous allons rapidement passer en revue :

Le sang qu'on injectera dans les vaisseaux de l'homme doit être du sang humain. L’expérience a appris, en effet, que le sang des animaux à sang froid fait périr les animaux à sang chaud dans les vaisseaux desquels on l’injecte; que le sang des animaux à sang chaud fait périr les animaux à sang froid ; que le sang des mammifères fait périr les oiseaux, etc. L'expérience a appris également que si de petites proportions de sang peuvent être transfusées impunément d’un animal mammifère à un mammifère d’une autre espèce, cependant, quand la proportion du sang injecté est considérable, la mort en est la conséquence, soit au bout de quelques heures, soit au bout de quelques jours.

Ces expériences, faites en grand nombre sur les animaux, l’ont été également sur l’homme. Pour ne rappeler que les plus récentes, nous citerons celles de M. Hüter de Greifswald et de M. Kiister de Berlin, qui ont injecté du sang artériel de mouton dans l 'artère radiale ou dans X artère tibiale postérieure de l'homme ; celles de M. Basse et de M. Heyfelder, qui ont injecté du sang artériel de mouton dans les veines du bras de l’homme. Ces essais ont porté sur une quinzaine de patients et ont compté cinq ou six insuccès.

Il faut encore ajouter que la quantité du sang injecté n’a pas dépassé 150 à 200 grammes, et la plupart du temps n’a pas atteint cette proportion. Si l’on tient compte de la capacité de l’appareil circulatoire de l’homme, ce sont là de petites quantités. Mais, même en se maintenant dans ces limites, nous ne croyons pas que les expérimentateurs dont nous parlons rencontrent beaucoup d’imitateurs.

La transfusion de petites quantités ou même d’assez grandes quantités de sang dans les vaisseaux d’un mammifère de même espèce que celui d’où provient le sang est bien supportée par l’animal, lorsque l'injection est convenablement faite. Lower et Blundell ont, il y a longtemps déjà, établi cette proposition à l’aide de très nombreuses expériences. Plus récemment, M. Worm Müller (Ghristiana) a montré que lorsqu’on introduit du sang tiré sur un animal vivant dans les vaisseaux d’un animal de la même espèce , on peut, si l’on procède avec lenteur et à l’aide d’un procédé convenable, en introduire des quantités relativement considérables sans inconvénient. Ainsi, par exemple, on peut injecter dans les vaisseaux d’un chien une quantité de sang, en plus, équivalente presque à la quantité totale du sang de l’animal, en un mot on peut presque doubler la masse du sang : le danger n’arrive que quand on dépasse cette mesure. Quand on a

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