CHAPITRE III. CIRCULATION
nombre ni au rhythme des battements du cœur et que si l’animal ainsi mutilé succombe, c'est à d’autres causes. D’où il résulte que nous ne pouvons, encore aujourd'hui, interpréter d’une manière complètement satisfaisante l’action des nerfs pneumogastriques sur le cœur.
Les expériences prouvent toutefois que l’excitation du nerf pneumogastrique détermine, ainsi d’ailleurs que, l’excitation de tous les nerfs mixtes, deux actions : l’une centrifuge, l’autre centripète. Dans les excitations faibles l’action centripète apparaîtrait senle, d’où action sur le bulbe et la moelle et par l'intermédiaire des nerfs cardiaques sympathiques, et comme conséquence, accélération des mouvements du cœur ; dans les excitations énergiques ce serait l’action centrifuge qui prendrait le dessus et l’action directe des pneumogastriques s’accuserait par la suspension momentanée des mouvements du cœur L
Nous ne pouvons terminer ce qui a trait à l’influence du nerf pneumogastrique sans ajouter un mot sur l’une des branches de ce nerf, branche à laquelle M. Cyon a proposé de donner le nom de nerf dépresseur de la circulation. Ce nerf serait confondu chez l'homme avec le tronc commun du nerf pneumogastrique, mais chez le lapin il existe dans un certain trajet à l’état, d’isolement. Lorsque ce nerf sensitif 2 est coupé, la galvanisation du bout périphérique est sans effets, mais la galvanisation du bout central détermine du côLé du centre nerveux une action qui se traduit par l’affaiblissement des battements du cœur et par l’abaissement de la tension sanguine dans les artères. Le nerf dépresseur aurait donc pour action de diminuer la tension sanguine, c’est-à-dire de relâcher les vaisseaux et de modérer les pulsations du cœur.
Les extrémités périphériques ou cardiaques du nerf dépresseur recevraient les impressions (inconscientes) dans le cœur lui-même et les transmettraient au bulbe. Lorsque la tension sanguine est trop forte dans le système vasculaire les extrémités cardiaques de ce nerf sentiraient et apprécieraient en quelque sorte l’effort exercé par le cœur, et sous l’impression transmise par eux auxcenlres nerveux, et des centres nerveux aux rameaux vasculaires ou (vaso-moteurs), les petits vaisseaux périphériques se dilateraient, la tension artérielle diminuerait et le cœur modérerait ses battements II résulte de cette explication que le cœur serait capable de régler lui-même ses contractions et de proportionner leur énergie aux résistances à vaincre. Le nerf, dit nerf de Cyon, serait donc à vrai dire une sorte de régulateur de la circulation. Il faut remarquer du reste que cette action nerveuse qui s’accomplirait silencieusement, en dehors de la volonté, serait absolument de la même nature que celle qui se passe dans la plupart des mouvements des muscles volontaires. Les filets nerveux de sensibilité des muscles volontaires, en nous donnant à chaque moment du mouvement la notion de l’état de nos muscles, nous renseignent en effet sur le degré et la mesure de la contraction nécessaire pour supporter un poids, soulever un fardeau, etc. Cette sorte d’instinct du cœur n’a donc rien de spécial. Le cœur agi -
1 Lorsqu’on injecte, à. une certaine dose, de la digitaline dans les vaisseaux d’un chien, les pulsations du cœur diminuent peu à peu; clics peuvent diminuer de moitié ou des trois quarts. Mais, si l’on pratique la même injection, à la même dose, sur un chien de même taille, après lui avoir coupé les deux nerfs pneumogastriques , cette injection ne détermine aucun effet appréciable sur les mouvements du cœur. Il en est de même d’un certain nombre d'autres substances toxiques.
2 Les nerfs dits smsitifs sont ceux qui transmettent de la périphérie au centre les impressions de la sensibilité (consciente ou inconsciente); les nerfs dits moteurs sont ceux qui transmettent du centre à la périphérie les incitations du mouvement (volontaire ou involontaire). Voy. §§ 341, Oif», 343.
rait à la manière de tous les muscles de l’économie, lesquels proportionnent tous, sans exception, l’énergie de leur contraction aux résistances qu’ils ont à vaincre1.
— L’influence qu’exerce le système du grand sympathique sur les mouvements du cœur a été moins étudiée. On peut dire cependant que l’excitation faible ou modérée des nerfs cardiaques qui procèdent du grand sympathique augmente le nombre des pulsations du cœur. Ces résultats se produisent soit par l’excitation des nerfs cardiaques sympathiques intacts , soit par l’excitation, après leur section, des bouts périphériques de ces nerfs. Les excitations énergiques appliquées sur les nerfs cardiaques sympathiques intacts ou sur les bonis périphériques de ces nerfs divisés peuvent entraîner un arrêt momentané du cœur. Mais on obtient ainsi, nous le remarquions plus haut, non pas une suspension de mouvement par le repos de l’organe, mais une contraction tétanique d’une certaine durée analogue à la contraction plus ou moins durable de la tunique musculaire des vaisseaux sanguins quand on excite les nerfs (appartenant au système du grand sympathique) qui animent leurs tuniques contractiles.
L’excitation vive et prolongée des bouts centraux des nerfs cardiaques sympathiques divisés peut agir sur la moelle allongée par voie centripète et déterminer, quand les nerfs pneumogastriques sont intacts , la suspension momentanée des mouvements du cœur en diastole , c’est-à-dire par la voie centrifuge des pneumogastriques. Les chocs violents sur le ventre, l’ingestion brusque d’une grande quantité d’eau glacée dans l’estomac ; l’écrasement des ganglions semi-lunaires peuvent également, et de la même manière, c’est-à-dire par un ébranlement qui débute dans la sphère du grand sympathique, déterminer une suspension momentanée des mouvements du cœur.
— Les excitations faibles du bulbe rachidien produisent les mêmes effets que les excitations faibles des pneumogastriques et des filets du grand sympathique. Quant aux excitations fortes (courants d’induction énergiques), elles produisent l’arrêt du cœur à la manière des pneumogastriques. Ainsi que Budge l’a remarqué le premier, un choc violent appliqué sur le bulbe amène exactement le même résultat.
Pour que l’action du bulbe retentisse sur le cœur, le bulbe doit être en communication avec le cœur par les pneumogastriques. Quand les deux pneumo-
* Des faits signalés par M. Cyon, ainsi (Tailleurs que de ceux que nous avons exposes, il résulto que les nerfs pneumogastriques sont des nerfs mixtes, c’est-à-dire qu’indépendamment des filets moteurs, ils contienent des filets sensitifs qui transmettent aux centres nerveux, et par voie centripète, les impressions du cœur.
Mais l’interprétation peut varier en ce qui touche à la succession et à l’enchaînement des phénomènes. Pour M. Cyon l’action des centres (du bulbe) éveillée par le nerf dépresseur (c’est-àdire les filets de sensibilité du pneumogastrique) a pour effet de retentir sur l’ensemble des petits vaisseaux périphériques, de les relâcher et par là de tempérer l’action du cœur. Pour M. Marey, ce n’est pas sur l’ensemble des petits vaisseaux périphériques que se ferait sentir l’action réflexe, mais sur le cœur lui-même. L’influence modératrice s’exercerait par voie centrifuge et cheminerait ensuite en sens inverse, sur les filets moteurs du nerf pneumogastrique lui-même.
Les expériences do M. Marey l’ont, en outre, conduit à poser la loi suivante : Le nombre des battements du cœur augmente quand la tension du sang baisse dans les vaisseaux ; le nombre des battements du cœur diminue quand la tension sanguine s'élèue. Toutes choses égales du côté de l’innervation et de la force du cœur, la fréquence des battements de cet organe est en raison inverse de la pression du sang artériel. En d’autres termes le cœur est un moteur qui ne peut produire qu’une somme déterminée de travail en un temps donné. Quand on adapte le cœur enlevé du corps d’un animal vivant (tortue) à un appareil circulatoire artificiel, les mouvements spontanés du cœur se ralentissent toutes les fois qu’on augmente la pression du sang ; ils s’accélèrent quand on la diminue. Remarquons, d’ailleurs, qu’il s’agit ici du nombre des battements du cœur et non de leur énergie, ce qui n’est pas la même chose.