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CHAPITRE III. CIRCULATION

légère augmentation de tension du sang artériel. Cette accélération avait été signalée autrefois par Wilson Philip à l’époque où on se servait seulement des courants continus, c’est-à-dire des courants physiologiquement faibles. Ajoutons encore que tous ces résultats (y compris l’arrêt complet du cœur) peuvent être obenus, ainsi que l’a montré M. Schilf, en excitant dans sa continuité un seul nerf pneumogastrique. On a même remarqué que, sur le chien, l’excitation forte du pneumogastrique gauche arrête plus facilement le cœur que celle du droit (Yulpian); que chez le lapin et les solipèdes, c’est au contraire l’excitation du pneumogastrique droit qui amène le plus aisément cet arrêt (Chauveau, Masoin), différence probablement en rapport avec la proportion relative des filets cardiaques fournis par les deux pneumogastriques dans les diverses espèces animales.

Il paraît résulter des expériences de M. Waller et des recherches plus récentes de M. Gianuzzi que l’action du pneumogastrique sur le cœur est, en partie, au moins, empruntée au nerf spinal qui, on le sait, se confond avec le pneumogastrique par une grosse branche anastomotique, à la sortie du crâne, au niveau du trou déchiré postérieur. Lorsqu’on a coupé le nerf spinal avant cette anastomose, etqu’après quelques jours on vient à exciter le nerf pneumogastrique correspondant, on n’obtient plus l’arrêt du cœur1.

On peut donc amener l’arrêt ou la suspension des mouvements du cœur de deux manières : soit en excitant fortement la portion cervicale des pneumogastriques intacts ; soit en excitant sur les pneumogastriques préalablement divisés au cou, les bouts périphériques de ces nerfs.

Ce double résultat indique déjà que l’action suspensive des nerfs pneumogastriques sur les mouvements du cœur s’exerce dans le sens centrifuge, c’est-à-dire directement du centre nerveux vers le cœur, et que cette action ne s’exerce pas par voie réflexe, c’est-à-dire par suite d’une action qui cheminerait d’abord dans la direction centripète du côté des centres nerveux pour retentir ensuite sur le cœur par la voie des nerfs cardiaques autres que les pneumogastriques.

Les expériences suivantes le prouvent également. Qu’arrive-t-il en effet, chez les animaux auxquels on a coupé un nerf pneumogastrique et chez lesquels on excite fortement le bout central du nerf? Rien de particulier du côté du cœur, mais une anxiété respiratoire considérable. Qu’arrive-t-il lorsque les deux nerfs pneumogastriques ont été coupés, et qu’on excite fortement et simultanément les deux bouts centraux des nerfs pneumogastriques ? D’abord, la suspension convulsive des mouvements respiratoires ; mais de plus, lorsque l’excitation forte est prolongée pendant quelquetemps, le cœur, dont les mouvements s’étaient précipités, s’arrête en une sorte de contraction tétanique qui dure quelques secondes. Ce n’est pas l’arrêt du cœur par suspension de ses mouvements, mais bien un état précisément opposé, c’est-à-dire un arrêt déterminé par une contraction prolongée et comme tétanique. Ici le cœur ne s’arrête donc pas en diastole, mais en systole. Et cet effet se produit évidemment par l’excitation du bulbe etde

1 II résulte aussi des recherches de MM. Tarchanof et Puelma que si on excite longtemps l’un des pneumogastriques du chien, et jusqu’à épuisement de son action sur le cœur (épuisement qui se manifeste par le retour des battements du cœur), on n’obtient plus d’arrêt du cœur ni aucune modification de son activité lorsqu’on procède immédiatement à l’excitation de l’autre nerf pneumogastrique. Mais il suffit qu’il se soit écoulé deux minutes après l'épuisement de l’un des deux nerfs pneumogastriques pour que l’excitation du nerf qui n’a pas encore oté touché entraîne l’arrêt du cœur.

la moelle réfléchie vers le cœur parles filets cardiaques du grand sympathique.

MM. Budge et Weber frères, et après eux un grand nombre de physiologistes, ont caractérisé l’action des pneumogastriques sur le cœur en les désignant sous le nom de nerfs suspensifs ou d 'arrêt, ou modérateurs , ou bridants , ou paralysants L Comme, d'un autre côté, le passage d’un fort courant dans les rameaux du grand sympathique qui se rendent au cœur, accélère ses mouvements, et peut môme le placer dans un état de contraction tétanique, on a dit que le sympathique cervical était l’antagoniste des nerfs pneumogastriques ; qu’il y avait dans le cœur deux systèmes nerveux : l’un, le système des nerfs pneumogastriques, lont l’action amènerait la suspension de l’activité de la musculature cardiaque; l’autre, le système nerveux du grand sympathique cervical, qui aurait pour effet d'en déterminer l’activité.

En d’autres termes la doctrine des nerfs d’arrêt du cœur serait celle-ci : le cœur est soumis à deux influences rhythmées et contraires: l’une excito-motrice, dérivant de la moelle et conduite au cœur parles filets nerveux cardiaques qui de la moelle vont au cœur (filets cardiaques du grand sympathique), l’autre modératrice, dérivant du bulbe rachidien et conduite au cœur par les filets cardiaques du pneumogastrique. A vrai dire cette manière de voir ne mérite guère le nom de doctrine, car elle n’est rien autre chose que l’énoncé pur et simple des faits observés.

M. Brown-Sequard a proposé une interprétation fort ingénieuse, mais qui ne se concilie guère avec la suspension brusque et subite des mouvements du cœur par l’excitation des pneumogastriques. M. Brown-Sequard suppose que les tuniques musculaires des petits vaisseaux sanguins qui distribuent le sang dans le cœur sont animées par les filets du pneumogastrique, et que l’excitation vive de ces nerfs a pour effet la contraction exagérée des vaisseaux, par suite l’ischémie1 2 du cœur, et comme conséquence de la suppression de son excitant naturel, la paralysie momentanée du muscle cardiaque.

Mais il n’est pas démontré que les filets du nerf pneumogastrique se rendent aux tuniques vasculaires des vaisseaux. Le cœur reçoit des filets du nerf grand sympathique; or, dans presque toutes les régions, sinon dans toutes, c’est lui qui directement, ou indirectement, anime l’élément contractile du système vasculaire. En second lieu, dans toutes les expériences dans lesquelles on cherche

mettre en évidence la contractilité des petits vaisseaux, et alors même qu’on met en usage les courants d’induction les plus énergiques, le resserrement des vaisseaux ne débule pas d’une manière instantanée : il faut un temps, relativement assez long pour amener le resserrement et un temps plus long encore pour que le relâchement lui succède.

Il ne faut pas oublier d’ailleurs que si l’on obtient Y arrêt ou le ralentissement du cœur à l’aide de certaines doses d’excitation appliquées aux nerfs pneumogastriques, on obtient un phénomène inverse, c’est-à-dire une accélération des mouvements du cœur pour une autre dose également appliquée aux mêmes nerfs. Il ne faut pas perdre de vue, non plus, que les nerfs pneumogastriques peuvent être depuis longtemps coupés sur un animal, sans que rien soit changé au

1 Le rôle dit paralysant ou suspensif de certains nerfs comparés à d'autres nerfs qui seraient actifs sera examiné plus tard plus en detail (Voy. § 377 bis).

2 Ischémie, (de ïcry w, arrêter, et alu.?., sang), arrêt de circulation ; état des parties anémiées par cet arrêt.

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