CHAPITRE IV. RESPIRATION
Supposons que 1', 2' représentent deux côtes à l’état de repos ou d’abaissement, et a' une fibre du muscle intercostal externe. Lorsque les côtes 1', 2', sont relevées comme elles le sont en 1 et 2, il est vrai que l’espace intercostal correspondant a augmenté suivant une perpendiculaire menée entre les deux côtes. Cependant la fibre s’est raccourcie, car les deux points d’attache de cette libre sont moins distants 1 un de 1 autre, ainsi qu’on peut le constater avec un compas. Puisque la fibre a est plus courte que la fibre a', il s’ensuit que le mouvement d’élévation des côtes correspond à la contraction ou à l’état actif de cette fibre. Le raccourcissement du muscle intercostal externe coïncide avec l’élévation des côtes ; ce muscle est donc inspirateur.
Pour le muscle intercostal interne , la démonstration est tout à fait analogue,
AIN représente l'axe de la colonne vertébrale vue par derrière.
1 , 2, 3, 4 représentent les côtes soulevées ; 1', 2', 3’, 4'. les côtes abaissées. (Le soulèvement et l'abaissement des côtes sont très exagérés, pour mieux faire saillir les diirérences que ces positions entraînent dans les muscles intercostaux.)
a, a' représentent une fibre du muscle intercostal externe dans l’état d'élévation et dans l’état d'abaissement des côtes.
b, b' représentent une fibre du muscle intercostal interne dans l’état d’élévation et dans l’état d’abaissement des côtes.
en sens opposé. En effet, soit b une fibre du muscle intercostal interne dans l’état d’élévation des côtes 3 et 4. Lorsque ces côtes sont abaissées, comme elles le sont en 3' et 4', la fibre b est devenue b\ et il est aisé de voir qu’elle s’est raccourcie; car les deux points d’attache de cette fibre sont moins distants
les intercostaux internes sont inspirateurs tout comme les intercostaux externes. Les derniers dé* fendent, comme nous-même, la doctrine de Hamberger.
Un des principaux arguments qu’on oppose à la doctrine de Hamberger, c’est que l’expiration ne nécessite généralement pas l’intervention de l’action musculaire. Il est vrai que, sur un homme dont la respiration est parfaitement calme, la simple cessation du jeu des puissances inspiratrices ramène la poitrine à l’état initial, c’est-à-dire à l’état de repos, c’est-à-dire à l’état d’expiration. Mais l’homme éveillé n’est presque jamais à l’état de repos. L’homme qui exécute un travail manuel quelconque, l’homme qui parle, qui marche, qui se tient debout, qui rit, qui éternue, qui tousse, qui se mouche, qui fait en un mot un effort, si modéré qu’il soit, met enjeu les^wwsances actives de l’expiration (voy. § 122 et suivants, et § 240). Personne ne contestera qu’il existe des muscles expirateurs. Dès lors, pourquoi les intercostaux internes ne seraient-ils pas expirateurs au môme titre que beaucoup d’autres muscles dont on n’a jamais contesté le rôle?
Les arguments tirés de l’expérimentation sur les animaux et sur l'homme sont jusqu’ici peu probants.
l’un de l’autre. Donc, la contraction de l’intercostal interne coïncide avec l’abaissement des côtes ; donc ce muscle est expirateur.
L’action inspiratrice des intercostaux externes et l’action expiratrice des intercostaux internes n’est efficace qu’autant que d’autres muscles s’associent à leur action et créent des points fixes pour leurs contractions. Les côtes sur lesquelles vont se fixer les muscles intercostaux sont, en effet, mobiles dans leurs articulations vertébrales. Si nous envisageons, en particulier, un espace intercostal, les muscles prenant leurs points d’appui sur des pièces également mobiles, la contraction musculaire tendrait à faire monter la côte qui est audessous, mais elle tendrait aussi à faire descendre celle qui est au-dessus, et ainsi, de proche en proche, dans les espaces intercostaux voisins. C’est en envisageant ainsi les muscles intercostaux, isolément des autres puissances musculaires, qu’on a été amené à admettre que, leurs actions mutuelles se détruisant, leur action résultante était nulle. Mais leur action n’est jamais isolée. Les côtes font corps avec le sternum. Toutes les fois que la cage thoracique s’élève, le mouvement d’élévation ou d’abaissement se fait d’ensemble, ou, si l’on veut, de proche en proche, mais d’une manière presque simultanée. L’action des muscles intercostaux s’accompagne donc toujours de l’action concordante d’autres muscles.
Au moment où les muscles intercostaux externes entrent en jeu, la première côte est élevée et fixée ; de même les intercostaux internes agissent quand les dernières côtes sont abaissées et fixées. Les scalènes, les sterno-mastoïdiens, le sous-clavier, le petit pectoral, jouent le rôle principal dans l’élévation et la fixation des premières côtes (voy. fig. 75 et 76). Le carré des lombes et le grand oblique abaissent et fixent les dernières côtes (voy. fig. 74 et 76) l.
Surcostaux. — Ces muscles, qui s’étendent, en forme de triangles allongés, de l’apophyse transverse des vertèbres à la côte qui est au-dessous, sont élévateurs des côtes, comme les intercostaux externes, dont ils ont à peu près la direction. Leur action n’est pas, comme celle des intercostaux, subordonnée à l’action d’autres muscles, car ils ont, à tous les moments, un point d’appui fixe à la colonne vertébrale. Ces muscles contribuent aussi à faire éprouver à la côte le mouvement de rotation en vertu duquel leur face externe est soulevée.
Scalènes. — Le scalène antérieur (voy. fig. 75) descend des tubercules antérieurs des apophyses transverses des troisième, quatrième, cinquième, sixième vertèbres cervicales à la face supérieure de la première côte. Le scalène postérieur (voy. fig. 75) descend des tubercules postérieurs des apophyses transverses de toutes les vertèbres cervicales, moins l’atlas, et se termine en bas par deux extrémités, dont l’une se fixe à la face supérieure de la première
1 Les expériences faites sur l’homme et les animaux à l’aide de l'excitation galvanique ne sont pas de nature à résoudre la question relative au véritable rôle des intercostaux II est en effet impossible, à l’aide de ce procédé, de généraliser l’action des muscles intercostaux et d’associer à leur action l’ensemble des muscles qui, dans les conditions normales de la respiration, agissent synergiquement ; les intercostaux, en effet, envisagés comme muscles respiratoires, n’agissent et ne peuvent jamais agir seuls. Dans la mécanique respiratoire il n’y a pas, pour ainsi dire, de muscles isolés, mais un ensemble coordonné de forces qui tendent à une résultante commune. L’application des excitants sur un ou plusieurs espaces intercostaux, qu’il s’agisse de l'homme ou des animaux vivants, ou qu’il s’agisse d’un animal mis à mort et dont on a expérimentalement isolé un groupe de muscles intercostaux, ne donne que des résultats insuffisants et qui peuvent cour duire à l’erreur. Ces observations s’appliquent aux expériences de M. Duchenne (de Boulogne), à celles de M. Esbach sur les intercostaux isolés du chien et aux expériences plus récentes de M. Keen tentées sur des suppliciés (par pendaison) deux heures après la mort.