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CHAPITRE IV. RESPIRATION

l’une l’autre. Cette quantité n’est pas absolument et rigoureusement la même, parce que le volume de gaz expiré est un peu moins considérable que le volume de gaz inspiré ; nous verrons bientôt pourquoi. Pour le moment, nous pouvons faire abstraction de ces différences minimes.

Ajoutons qu’à chaque expiration le poumon ne se vide jamais complètement de l’air qu’il renferme ; après l’expiration, même la plus forcée, le poumon contient encore une quantité d’air assez considérable. A chaque inspiration, l’air qui entre dans les poumons ne fait qu 'augmenter la proportion de celui qui y était contenu; et, à chaque expiration, il reste dans le poumon une quantité d’air qui varie avec la capacité de la cage thoracique, ainsi qu’avec le degré du mouvement d’expiration.

La quantité d’air qui entre dans le poumon à chaque inspiration et la quantité correspondante de l’air expiré ne peut donc pas être évaluée d’une manière absolue. Elle varie avec les individus ; elle varie avec la capacité des poumons ; elle varie avec l’énergie ou la faiblesse des mouvements respiratoires. Ceci nous explique pourquoi les évaluations données par les auteurs (MM. Davy, Allen et Pepys, Dalton, Bostock et Menzies, etc.) ne sont pas les mêmes. Les chiffres qu’on peut fournir en pareille matière ne peuvent donc avoir qu’une valeur approximative. 11 importe cependant de poser ces chiffres : nous aurons souvent besoin d’y recourir dans les développements qui vont suivre.

Plusieurs procédés peuvent être employés pour arriver à cette évaluation. Ainsi, on peut, par exemple, expirer pendant un certain temps exclusivement par la bouche, au travers d’un tube recourbé plongeant dans un vase renversé sur une cuve à eau. La quantité d’eau déplacée représente la quantité de gaz expiré pendant un temps donné. Divisant alors ce nombre par le nombre des expirations opérées dans le même temps, on a en volume la quantité d’air rendu à chaque expiration. Il est vrai que l’attention soutenue de l’observateur, dans l’accomplissement d’une fonction qui se fait ordinairement sans le concours de la volonté, constitue, dans ce procédé, une cause d’erreur; mais, avec de l'habitude, on peut se prémunir contre elle et se rapprocher d’une manière assez satisfaisante de la respiration normale.

M. Smith a dernièrement procédé à cette évaluation par un procédé un peu différent. L’appareil qu’il emploie se compose d’un masque qui s’applique sur le visage. Ce masque est garni de soupapes, de sorte que l’air inspiré ne peut sortir au dehors et se rend dans un récipient convenablement disposé. L’appareil de M. Smith est analogue à celui qui a été mis en usage par MM. Andral et Gavarret dans leurs recherches sur la respiration (Voy. page 394).

Un autre procédé, proposé par M. Valentin, est basé sur ce fait, que l’air qui sort du poumon, à une température connue (comme nous le verrons), est saturé pour cette température. Or, en tenant compte de cette température, et en expirant à travers un tube rempli de ponce imbibée d’acide sulfurique, il est facile d’évaluer la quantité d’air qui correspondrait à la quantité de vapeur d’eau recueillie pendant un certain nombre d’expirations, et on peut calculer ainsi la quantité d’air afférente à chaque expiration en particulier.

En combinant ces diverses méthodes, qui fournissent, d’ailleurs, des résultats assez concordants, M. Valentin fixe, en moyenne, à 500 centimètres cubes d’air, c’est-à-dire, en d’autres termes, à un demi-litre, la quantité d’air qui entre dans les poumons et qui en sort à chaque mouvement respiratoire normal.

En fondant ensemble, dans une moyenne commune, les nombres fournis autrefois par MM. Goodwin, Bostock et Menzies, Davy, Herbst, on arrive à un résultat à peu près analogue (à 27 pouces cubes, c’est-à-dire à peu près un demilitre). M. Yierordt donne comme résultat d’un très grand nombre d’observations une moyenne analogue (507 centimètres cubes). M. Smith propose un chiffre presque semblable (490 centimètres cubes). Si nous joignons à ces chiffres ceux fournis par MM. Allen et Pepys (327 centimètres cubes), et par M. Dalton (595 centimètres cubes), la moyenne générale reste àpeuprès la même, c’est-à-dire un demilitre. Ajoutons enfin que dans les recherches nombreuses dont la respiration a été l’objet depuis une vingtaine d’années, les moyennes obtenues oscillent toutes autour de ce même chiffre : un demi-litre ; plutôt au-dessous qu’au-dessus.

500 centimètres cubes, ou un demi-litre (probablement un peu moins), telle est donc en moyenne la quantité d’air mis en circulation dans les poumons, pendant chaque mouvement respiratoire normal.

Les conditions extérieures au milieu desquelles l’homme se trouve placé, l’état de repos et de mouvement surtout, exercent une influence marquée sur la quantité d’air qui circule dans le poumon et peuvent faire varier cette moyenne dans des limites assez étendues. M. Edw. Smith s’est livré à un grand nombre d’expériences sur ce point. Lorsqu’il était entraîné dans un wagon de chemin de fer de troisième classe (wagon ouvert), la quantité d air qui circulait dans ses poumons étant représentée par le chiffre 4, cette quantité descendait à 3 lorsqu’il prenait place dans une voiture de première classe (voiture fermée). Cette quantité augmente également avec la vitesse de la marche ; elle est plus grande dans la course que dans la marche ; plus grande lorsqu’on porte un fardeau que lorsqu’on marche librement; plus grande lorsqu’on monte une montagne que lorsqu’on la descend.

M. Smith a résumé, sous forme de tableau, l’influence que le mouvement (c’est-à-dire le jeu de l’appareil musculaire) exerce sur la quantité d’air inspiré. Lorsqu’il était couché librement et sans aucun effort, la quantité d’air aspiré, dans un certain laps de temps, étant représentée par 1, cette quantité devenait, pendant le même temps :

Assis.

A cheval au trot (les réactions muscu-

Debout.

laires de l’homme sont plus vives qu'au

Marche de 1 mille à l’heure.

galop).

A cheval au pas.

Natation.

Marche de 2 milles à l’heure.

Course de 7 milles à l’heure.

A cheval au galop.

Jusqu’ici nous avons parlé des mouvements ordinaires de la respiration tels

qu’ils s’exécutent naturellement chez l’homme et sans qu’il y fasse en quelque sorte attention. Mais, par un acte de sa libre volonté, l’homme peut exagérer les mouvements de la respiration, et alors la quantité d’air qui circule dans les poumons peut être portée beaucoup plus loin. Ces mouvements respiratoires exagérés ne constituent, il est vrai, que des phénomènes passagers, exceptionnels ; mais ces évaluations ne sont pas sans importance, car elles permettent, en comparant entre eux les individus, d’établir le rapport de leur puissance respiratoire. Les procédés de mensuration sont, au reste, ici, d’une grande simplicité ; il suffit, en effet, de faire une inspiration maximum à l’air libre, et une expiration maximum dans un réservoir convenablement disposé. On contate ainsi qu’une inspiration forcée et une expiration forcée peuvent faires

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