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CHAPITRE IV. RESPIRATION

par l’homme à la suite d’un travail énergique pouvait être triple de la quantité exhalée pendant une période de repos équivalente. Il faut remarquer d’ailleurs que dans ces conditions le nombre et la profondeur des mouvements respiratoires sont augmentés. M. A. Sanson a publié des résultats semblables sur la respiration des chevaux envisagés à l’état de repos et pendant et après le travail. M. Sczelkow recueille pendant une certaine période les produits de l’expiration d’un chien au repos ; puis, pendant une période égale, les produits de l’expiration du même chien dans le train de derrière duquel il provoque une succession de contractions tétaniques à l’aide d’un appareil d’induction. La quantité d’acide carbonique exhalé dans ces dernières conditions par le poumon peut être doublée et même triplée, et cependant ce n’est qu’une partie limitée du système musculaire qui est entrée en action. Longtemps avant ces recherches, à l’époque où nous nous occupions de la contraction musculaire au point de vue thermique, nous avons souvent constaté que des grenouilles qu’on tétanise dans un appareil fermé donnent plus d’acide carbonique que des grenouilles du même poids et au repos.

Il importe de remarquer ici que si la quantité d’acide carbonique augmente à la suite de l’action musculaire, elle se continue encore assez longtemps après. Aussi, dans les expériences de ce genre l’animal au repos et l’animal en action doivent être comparés pendant un intervalle de temps suffisamment prolongé. Quelques observateurs ont parfois cherché à apprécier la quantité de carbone brûlé en un temps donné,' en se bornant à doser la quantité d’acide carbonique produit pendant que le sujet accomplissait un certain travail. La quantité d’acide carbonique évaluée de cette manière ne peut conduire qu’à des conclusions incomplètes : la proportion d’acide carbonique équivalente au travail produit exige un certain temps pour être éliminée par la respiration. Il y a, en effet, dans les phénomènes chimiques dont le tissu musculaire qui se contracte est le siège au moins deux périodes successives : d’abordformation de composés non gazeux, puisdécomposition, ou dédoublements de ces composés et élimination de l’acide carbonique produit. L’intensité des oxydations ne saurait donc être mesurée exactement par le volume d’acide carbonique éliminé pendant le temps où s’accomplit un travail musculaire.

La diminution de l’acide carbonique exhalé se montre aussi, dans des proportions considérables, pendant le sommeil hibernal des animaux. Pendant ce sommeil prolongé, non seulement les phénomènes mécaniques delà respiration sont considérablement ralentis, mais encore les animaux demeurent, pendant un temps prolongé, sans prendre aucune nourriture. La consommation de l’oxygène et l’exhalation de l’acide carbonique s’élevant et s’abaissant ensemble (§ 138), on peut se faire une idée de la petite quantité d’acide carbonique exhalé pendant le sommeil hibernal par les résultats numériques suivants. Un hérisson, qui consommait 1 litre d'oxygène quand il était éveillé, ne consommait plus que 01U,04, ou même 0ut,02, quand il était plongé dans le sommeil hibernal et pendant un même espace de temps (Saissy). Une marmotte, qui, à l’état de réveil, consommait, par heure et par kilogramme de poids du corps, 1 gramme d’oxygène, ne consommait plusparheure, quand elle était plongéedans son sommeil d’hiver, que 0sr,04 d’oxygène par kilogramme de poids du corps (Régnault et Reiset). MM. Valentin, Horvath, etc., ont fait des observations analogues.

L’inanition, en supprimant le renouvellement des matériaux de la combus-

tion, diminue de la même manière la proportion d’acide carbonique exhalé par le poumon. L’alimentation insuffisante agit dans le même sens. MM. Valentin, Yierordt, Scharling, Ranke ont fait sur eux-mêmes des expériences qui le démontrent clairement. Les oscillations sont plus grandes encore chez les animaux, parce qu’il est possible de faire varier chez eux les phénomènes de nutrition dans des limites plus étendues. Entre un chien qui jeûne et un chien bien nourri la différence peut être de plus du double. MM. Pettenkofer et Voit font jeûner un chien de 33 kilogrammes pendant dix jours ; il perd pendant ce temps 3 kilogrammes de son poids. Lorsqu’il était dans son état normal il exhalait en vingt-quatre heures 300 grammes d’acide carbonique. Après son jeûne forcé on lui donne lkil,8 de viande et 350 grammes de graisse : dans les vingtquatre heures qui suivent, il exhale 800 grammes d’acide carbonique.

Il en est de même aussi pour certaines espèces d’aliments. La nourriture féculente, par exemple, augmente la proportion d’acide carbonique exhalé l. Des chiens nourris avec du pain donnent, en un temps donné, une proportion d’acide carbonique plus élevée que lorsqu’on les nourrit avec de la viande (Régnault et Reiset). M. Smith a montré qu’il en est de même chez l’homme. Les féculents représentent, en effet, des aliments hydrocarbonés plus directement réductibles en acide carbonique et en eau que les aliments azotés, dont la combustion est généralement incomplète, et dont les produits définitifs sont éliminés par d’autres voies 2.

L’alcool et les boissons alcooliques exercent, sous ce rapport, une influence remarquable. Déjà Prout et après lui M. Vierordt avaient observé qu’après l’ingestion d’une certaine quantité d’alcool, la quantité d’acide carbonique exhalé diminue au bout de peu de temps. Cette diminution dure quelques heures, et les proportions normales de l’acide carbonique reparaissent ensuite. M. Duchek a fait, à cet égard, de curieuses expériences. Il a constaté que la diminution de l’acide carbonique dans les produits de l’expiration coïncide avec le temps que l’alcool met à disparaître du sang. Dans des expériences plus récentes M. Perrin a confirmé ces résultats. De deux repas pris à la même heure, composés exactement des mêmes aliments et en même quantité, mais'avec ou sans vin, celui dans lequel il buvait du vin était toujours suivi dans les cinq heures suivantes d’une diminution dans la proportion de l’acide carbonique expiré. La proportion d’acide carbonique exhalé à la suite du repas avec l’eau pour boisson étant estimée à 10, la proportion de l’acide carbonique exhalé à la suite du repas avec le vin pour boisson n’était plus que 8,8.

D’après M. Duchek, l’alcool aurait plus de tendance à s’oxyder que les autres principes du sang; il s’emparerait dès lors avec énergie de l’oxygène absorbé par la respiration et circulant avec le sang. M. Duchek ajoute que, pendant le temps qu’emploie l'alcool à brûler, c’est-à-dire à se transformer en acide carbonique et en eau, les autres matériaux combustibles du sang, et notamment les matières grasses, seraient temporairement épargnés : il explique ainsi l'embonpoint des buveurs de profession.

Les produits de la combustion de l’alcool sont, il est vrai, de l’acide carboni-

1 Ces différences ne sont pas très tranchées, et l’expérience est assez complexe.

2 Les féculents (les hydrocarbures de l’alimentation en général) contiennent de l’oxygène et de l’hydrogène dans les proportions de l’eau. Tout le carbone peut donc être oxydé par l'oxygène de la respiration.

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