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CHAPITRE IV. RESPIRATION

que et de l’eau, de même que les produits de combustion des autres matériaux hydrocarbonés de l’économie ; dès lors, il peut paraître singulier qu’après l’ingestion d’une matière réductible en acide carbonique et en eau, les proportions d’acide carbonique exhalé diminuent. M. Duchek fait observer, à cet égard, que l’alcool est plus riche en hydrogène que le sucre et la graisse; que dès lors, quand il brûle, il fournit, pour une même quantité d’oxygène utilisé, une plus grande proportion d’eau et une moindre proportion d’acide carbonique que les autres matériaux combustibles du sang.

L’explication que donne M. Duchek n’est pas démontrée. MM. Lallemand, Perrin et Duroy, dans une longue série de recherches sur le rôle de l’alcool dans l’économie, ont constaté, en effet, que, loin d’être très combustible dans le sang, l’alcool est moins un aliment qu’un excitant et qu’il a une grande tendance à être éliminé en nature , soit par la respiration à l’état de vapeurs alcooliques, soit par la sécrétion urinaire.

La diminution de l’acide carbonique dans les produits de la respiration, après l’usage des boissons alcooliques, paraît donc tenir à une autre cause. Il est probable que, pendant tout le temps que l’alcool circule avec le sang, sa présence modifie le jeu naturel des oxydations, l’entravant dans une certaine mesure sur certains principes, et favorisant l’action sur d’autres.

Cette diminution dans la quantité d’acide carbonique à la suite de l’ingestion dp l’alcool, du vin et généralement des boissons alcooliques, a aussi été observée à la suite de la consommation de diverses autres substances, telles que thé , café, coca , etc. Aussi donne-t-on quelquefois à ces substances le nom d 'aliments d’épargne, parce qu’on suppose qu’elles ont pour effet de ralentir le jeu des combustions et de permettre à l'homme de résister plus longtemps à la privation des aliments. Nous reviendrons plus loin (voy. chap. Nutrition) sur les faits qui ont été invoqués à l’appui de cette doctrine. Qu’il nous suffise de dire ici qu’une pareille supposition est absolument antiphysiologique. Que certains principes puissent modifier la nature et le sens des métamorphoses de la nutrition, cela se conçoit; ce qui ne se conçoit pas, c’est que l’homme ou les animaux puissent vivre et produire de la force sans une consommation de matière équivalente ou adéquate à l’effet produit. Lorsque l’homme et les animaux ne trouvent pas dans leur nourriture l’aliment qui doit être consommé, c’est leur propre substance qui doit nécessairement le fournir.

On a aussi signalé l’abaissement du chiffre de l’acide carbonique expiré dans certains états morbides, en particulier^dans le typhus. Il est probable qu’un pareil résultat doit se produire dans les affections qui altèrent profondément les fonctions et entravent le jeu de l’appareil respiratoire. C’est surtout dans le choléra, maladie caractérisée par un abaissément remarquable dans la production de la chaleur animale, que la diminution dans la quantité d’acide carbonique exhalé est remarquable. M. J. Davy avait déjà observé sur les cholériques, dans l’Inde, que la quantité d’acide carbonique exhalé par eux ne représentait souvent que le tiers de la proportion normale. M. Doyère a constaté, dans l’une des dernières épidémies qui ont sévi en France, que la proportion d’acide carbonique pouvait s’abaisser de moitié et même descendre, dans des cas graves et mortels, au quart et au cinquième de la proportion normale. En général, chez les malades qui ont guéri, la proportion d’acide carbonique de la respiration ne s’est pas abaissée au-dessous de la moitié du chiffre normal.

De la quantité d’azote dans l’air expiré. — Lavoisier et Seguin, MM. Valentin et Brunner constatent dans leurs expériences que l’air expiré contient sensiblement la même quantité d’azote que l’air inspiré. De leur côté, Spallanzani, Davy, Pfaff, trouvent un peu moins d’azote dans l’air expiré qu’il n’en existe dans l’air atmosphérique. D’autres fois, au contraire, et ce fait paraît être plus fréquent, la différence observée a été en sens contraire, c’est-à-dire qu’il y a un léger excès d’azote dans l’air expiré. Berthollet, Nysten, MM. Dulong, Despretz, Boussingault, Régnault et Reiset l’ont constaté dans leurs expériences. Ces variations dans le volume d’azote inspiré ou expiré sont d’ailleurs fort minimes.

Dans la plupart des cas, ainsi que nous venons de le dire, on observe une exhalation prédominante d’azote ; c’est là la règle. Dans les expériences de MM. Régnault et Reiset, qui ont porté sur des chiens, des lapins et des oiseaux, c’est-à-dire sur des animaux carnivores ou herbivores, elle n’a été en moyenne que les cinq millièmes de la quantité d’acide carbonique exhalé dans le même temps. Il n’y a pas eu, sous ce rapport, de différences sensibles entre les carnivores et les herbivores.

Pour que le poumon exhale une proportion d’azote supérieure à celle qui est contenue dans l’air inspiré, il faut nécessairement que ce gaz provienne du dedans, c’est-à-dire de quelque phénomène de décomposition ou de métamorphose organique analogue à celui d’où résulte l’acide carbonique. Cet azote proviendrait des transformations organiques des matières azotées de nos tissus, et il pourrait en être considéré comme l’un des produits ultimes. Nous verrons plus tard que la plus grande partie des produits de l’oxydation des principes azotés de l’organisme sont éliminés sous d’autres formes et par d’autres voies (Voy. § 176 et 185).

Du reste, il se peut faire que cette production intérieure d’azote se ralentisse, soit parce que la nature de l’alimentation varie, soit parce que le mouvement nutritif n’a pas toujours la même énergie, soit enfin parce que la nature des composés azotés qui se détruisent n’est pas la même. Dès lors, la proportion d’azote dissous dans le sang peut diminuer, et cette proportion peut être assez abaissée pour que, en vertu des lois de la solubilité des gaz et de leur différence de tension dans l’air et dans le sang, l’azote de l’air aitplus de tendance à entrer dans le sang que l’azote du sang à en sortir. Dès lors, l’air inspiré cédera au sang une petite proportion d’azote que le sang lui cédera de nouveau, quand des conditions différentes se produiront.

Les conditions qui règlent les rapports de l’azote entre l’air inspiré et l’air expiré sont peu connues. Dans leurs récentes recherches MM. Pettenkofer et Voit les ont cherchées sans les saisir. On sait seulement qu’au nombre des causes qui peuvent favoriser l’introduction de l’azote de l’air dans le sang, il faut placer l’inanition. MM. Régnault et Reiset ont observé en effet, sur des animaux divers, une légère absorption d’azote par la respiration, lorsqu’ils avaient fait jeûner pendant longtemps les animaux.

Le rôle de l’azote atmosphérique dans la respiration des animaux est d’ailleurs tout à fait secondaire. Lavoisier avait déjà vu que les animaux peuvent vivre dans une atmosphère dont l’azote a été remplacé par un autre gaz non délétère, par de l’hydrogène, par exemple. MM. Régnault et Reiset ont fait la

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