ACTION DE LA RESPIRATION SUR LE SANG
Du sangf. — Le sang de l’homme et des vertébrés est un liquide d’une couleur rouge plus ou moins foncée, d’une saveur légèrement salée, d’une odeur sui generis. Le sang est constitué par deux parties différentes. L’une est liquide, transparente : on la nomme plasma du sang; l’autre consiste en une multitude d’éléments figurés, microscopiques (ou globules), lesquels sont suspendus dans le plasma et entraînés avec lui dans le torrent de la circulation.
Le plasma contient une matière incolore dissoute dans le sang vivant , et qui n’est autre que la fibrine. Cette matière se coagule spontanément quand le sang est extrait de ses vaisseaux ; et, en se coagulant, elle emprisonne les globules dans les mailles de son tissu. C’est au coagulum, contenant à la fois et les globules et la fibrine du sang, qu’on donne le nom de caillot. La partie liquide et non coagulable du plasma porte le nom de sérum.
Les globules du sang sont de deux sortes : les globules rouges ou hématies et les globules blancs, ou leucocytes. Il y a en outre, dans le sang, d’autres éléments figurés, de plus petit volume, auxquels on a donné autrefois le nom de globulins et plus récemment celui d 'hématoblastes.
Hématies. — Les globules rouges ou hématies, infiniment plus nombreux que les autres, ont la forme de petits disques aplatis légèrement renflés sur les bords et excavés au centre.
Leur volume chez l’homme est en moyenne de 0mm,007 de diamètre. Ce diamètre peut s’élever à 0mm,008, et peut descendre à 0mm,0ü6; mais les globules de 0mm,007 sont de beaucoup les plus nombreux. M. Hayem estime qu’il y en a environ 75 p. 100 qui ont ce volume moyen, et 25 seulement qui sont plus ou moins volumineux. Comme on le voit, les variations de volume des hématies n’oscillent que dans des limites restreintes. L’épaisseur du disque que représentent les hématies est à peu près le tiers du diamètre, c’est-à-dire 0mm,002.
Chez les nouveau-nés, et pendant les premiers jours qui suivent la naissance, le diamètre des globules rouges paraît être plus variable. D’après MM. Berchon et Perrier, leur volume serait généralement inférieur à celui des adultes et ne dépasserait pas 0mm,006. Cette différence existerait pendant les
1 Les chiffres déduits par MM. Mathieu et Urbain de leurs recherches sur les gaz du sang (chez le chien) les ont conduits à des résultats analogues à ceux de MM. Régnault et Reiset. 1 kilogramme de chien au repos consommerait, en 1 heure (par une température extérieure de + 17°), Ie’, 12 d’osygène.
48 heures qui suivent la naissance, d’où la difficulté de distinguer ce sang de celui des mammifères (tels par exemple que le cheval, le bœuf et la brebis dont les globules du sang ont ce volume). D’après M. Hayem les globules rouges du sang du nouveau-né se distingueraient surtout de ceux de l’adulte par une assez grande variabilité, quant au volume l.
Les globules rouges du sang du cheval, du bœuf, du lapin, du mouton, sont un peu plus petits que ceux de l’homme ; ceux du chien ont un volume à peu près identique. Les globules rouges du sang des caméliens (chameau, lama), des oiseaux, des reptiles et des poissons ont la forme de disques elliptiques.
Dans les globules discoïdes de l’homme et des mammifères et dans les globules elliptiques des caméliens, on ne distingue point de noyau. Dans les hématies des oiseaux, des reptiles et des poissons, d’un diamètre supérieur à celui des mammifères, on distingue au contraire un noyau central volumineux.
Il y a des vertébrés inférieurs dont les hématies sont quatre fois, douze fois plus volumineux que ceux de l’homme; chez la grenouille par exemple le diamètre des globules rouges est de 0mm,002, et chez le Proteus anguinus de 0mm,07 2.
Les globules rouges sont constitués par une enveloppe et un contenu coloré. La paroi des globules rouges a été souvent révoquée en doute. Dans ces dernières années on considérait généralement les hématies comme de petites masses protoplasmiques, dans lesquelles (en dehors de la vie embryonnaire) il n’était possible de distinguer ni noyau ni enveloppe. Pourtant, la manière dont les globules rouges du sang pressés sur le porte-objet du microscope éclatent, en laissant sortir leur contenu par le point qui a cédé et non par les autres ; la manière dont les globules rouges se comportent avec l’eau et avec divers réactifs nous avait toujours inspiré quelques doutes sur cette doctrine, qui ne peut plus être soutenue. A l’aide de procédés divers, M. Ranvier a mis hors de doute l’existence autour des hématies d’une membrane mince anhyste et élastique. C’est aussi la conclusion à laquelle est arrivé M. Krause dans le traité d’anatomie générale microscopique qu’il vient de publier.
Le contenu des globules rouges consiste en un stroma ou en une trame extrêmement délicate entre les fibres de laquelle est renfermée la substance albuminoïde colorée (hémoglobine) qui en représente au point de vue physiologique la partie la plus essentielle.
Les globules rouges du sang se présentent tels que nous venons de les décrire lorsqu’on examine le sang dans l’intérieur des parties vasculaires transparentes de l’animal vivant, ou tout au moins au moment même où il sort de ses vaisseaux. Très peu après la sortie du sang , il se forme à la surface des globules une sorte d’exsudation qu’on peut considérer comme un commencement d’altération et en vertu de laquelle les globules rouges s’accolent entre eux et représentent comme de petites piles de monnaie. C’est également par suite d’un phénomène cadavérique que les globules se rétractent et présentent un aspect crénelé, muriforme, ou mamelonné.
Les hématies jouissent d’une certaine élasticité tout particulièrement due à leur membrane d’enveloppe. Quand on examine la circulation au microscope
1 Les globules rouges de dimensions moyennes s’y rencontrent, mais on y trouve aussi, d'une part, des globules rouges de 0rom,005, et d'autre part des globules rouges de 0“m,008, de 0mm,009 et môme de 0n"”,01.
2 Avec de bons yeux on peut voir à l’œil nu les globules du sang du Proteus aiiguinus.