CHAPITRE IV. RESPIRATION
vivifiante de la respiration, s’en retourne vers le cœur à l’état de sang artériel: il était d’une couleur rouge brun; il est devenu rouge vermeil. Ce changement de coloration, phénomène visible, et par conséquent saisissant, est le seul, à proprement parler, qui s’accomplisse dans le poumon d’une manière instantanée, ou du moins en un très court espace de temps. D’autres modifications surviennent dans le sang, par suite de l’absorption de l’oxygène ; mais ces modifications, qui commencent après cette absorption et qui en sont la conséquence, ont lieu pendant le temps que l’oxygène est en contact avec le sang et avec les tissus, par conséquent dans le perenchyme des organes. Ces modifications, dont l’origine est dans les phénomènes respiratoires, sont directement en rapport avec les métamorphoses de la nutrition, avec la production de la chaleur ainsi qu’avec l’ensemble des activités de l’animal.
La coloration vermeille que prend le sang en passant par le poumon est due incontestablement à l’absorption de l’oxygène de l’air. On sait, en effet, depuis longtemps, qu’en agitant du sang veineux dans une atmosphère d’oxygène, le sang prend presque immédiatement la teinte caractéristique du sang artériel. On sait aussi qu’en agitant du sang artériel dans une atmosphère d’acide carbonique, le sang devient foncé comme du sang veineux *.
Quoiqu’il ne nous soit pas donné d'assister, dans le système capillaire général, comme dans le poumon, aux phénomènes chimiques qui s’y accomplissent, il est permis néanmoins de déduire de ce qui précède que si le sang, au sortir du système capillaire général, est redevenu du sang veineux, c’est-à-dire rougenoir, c’est qu’il a perdu de l’oxygène par suite des combustions de nutrition.
La coloration du sang étant intimement liée avec l’espèce des gaz qu’il tient en dissolution, on doit s’attendre à trouver des différences entre le sang artériel et le sang veineux, eu égard à la proportion relative des gaz qu’ils contiennent. C’est, en effet, ce qui résulte des expériences de M. Magnus, confirmées par celles de tous les expérimentateurs et notamment par MM. Lothar Meyer, Ludwig, Setschenow, Schôffer, Sczelkow, Preyer, Ptliiger, Mathieu et Urbain, etc.
Le sang artériel et le sang veineux, en communication directe l’un avec l’autre par les voies de la circulation, contiennent, il est vrai, les trois gaz que nous avons indiqués, c’est-à-dire de l’oxygène, de l’acide carbonique et de l’azote, mais le mélange gazeux n’est pas le même dans les deux sangs. Dans le système veineux, la proportion d’acide carbonique, comparée à la proportion d’oxygène, est relativement plus considérable que’dans le sang artériel. Ainsi,
i Le sang artériel agité dans une atmosphère d’hydrogène ou d’azote ne change pas de couleur.
La couleur naturelle du sang est probablement celle qu’il possède dans le sang veineux. La teinte rouge vermeille du sang artériel dépendrait de la combinaison instable de l’hémoglobine, avec l’oxygène. Cette manière de voir mise en avant par M. Bruch est au moins très vraisemblable. Si, en effet, on chasse l’oxygène du sang artériel, soit en plaçant le sang sous le vide de la machine pneumatique, soit en faisant passer dans le sang un courant d’hydrogène qui agisse par déplacement, alors la matière colorante reprend sa couleur fondamentale, et elle redevient foncée comme elle l’est dans le sang veineux. L’acide carbonique ne donnerait au sang une couleur foncée que parce qu’il déplacerait l’oxygène do sa combinaison avec la matière colorante, et non pas parce que le gaz formerait en partie de lui-même une combinaison foncée avec le pigment sanguin. En effet, prenez du sang, déplacez l’oxygène qu’il contient en y faisant passer un courant d’acide carbonique et placez ensuite ce sang foncé sous le vide de la machine pneumatique, la couleur du sang n’est pas modifiée. Si la coloration foncée tenait à l’influence de l’acide carbonique, il devrait perdre sa couleur rouge vermeille à mesure que la machine pneumatique lui enlève l’acide carbonique. M. Pflüger, M. Setschenow et tous ceux qui ont épuisé les gaz du sang, ont remarqué pareillement que le sang dégazé est tout à fait foncé, presque noir.
par exemple, dans les expériences de M. Magnus, le sang artériel contient environ 38 parties d’oxygène pour 100 d’acide carbonique, tandis que le sang veineux ne contient que 23 parties d’oxygène pour 100 d’acide carbonique. Il est vrai que, dans quelques-unes des expériences de M. Magnus, les quantités absolue* d’acide carbonique extraites du sang artériel l’ont quelquefois emporté sur celles obtenues du sang veineux. Mais le problème repose tout entier, non pas sur des quantités absolues, mais bien sur des quantités relatives , ou sur un rapport. En comparant la quantité d’acide carbonique à la quantité d’oxygène renfermé dans chacun des deux sangs, toujours on trouve, dans le tableau des expériences de M. Magnus, que la proportion relative d’oxygène est plus faible dans le sang veineux que dans le sang artériel.
Dans ses expériences M. Magnus n’avait, d’ailleurs, que très incomplètement épuisé les gaz du sang. Les analyses de M. Setschenow sont plus complètes ; elles ont été pratiquées à l’aide de l’appareil de M. Ludwig (décrit au paragraphe précédent). En outre, elles ont porté, les unes, sur le sang qui va traverser le poumon (sang pris dans le cœur droit), les autres sur le sang qui revient du poumon (sangpris dans le cœur gauche) ; elles présentent par conséquent un caractère tout particulier que n’offraient pas les expériences antécédentes. Pour déterminer avec rigueur en quoi consistent les phénomènes chimiques de la respiration, c’est-à-dire pour caractériser le genre d’influence que l’air atmosphérique exerce sur la composition du sang dans les poumons, il était nécessaire d’examiner le sang au moment même où il entre dans l’organe respiratoire et au moment où il en sort.
Les analyses de M. Setschenow sont donc particulièrement précieuses pour la physiologie. Elles se composent toutes de deux termes de comparaison: 1° analyse du sang artériel; 2° analyse du sang veineux. Ces deux sangs sont extraits en même temps, sur l’animal vivant, du cœur gauche et du cœur droit.
100 centimètres cubes de sang contiennent (d’après M. Setschenow) :