CHAPITRE IV. RESPIRATION
Les gaz contenus dans le sang se dégagent alors sous 1 influence du vide, aidé d’une faible chaleur (40°), communiquée à l’aide d’un bain-marie au ballon qui contient le sang, et ces gaz occupent en définitive toutes les parties vides de l’appareil, c’est-à-dire le ballon récipient C, le col de ce ballon et l’ampoule B de la figure 88. Par une série de manœuvres analogues à celles à l’aide desquelles on a débarrassé l’appareil de l’air qu’il contenait, on lui enlève les gaz du sang qui en tiennent la place. Seulement ces gaz, au lieu d’être rejetés dans l’atmosphère, sont recueillis à l’aide du robinet à trois voies H, suivant la méthode ordinaire, c’est-à-dire dans l’éprouvette G renversée sur le mercure de la cuvette E. Le mélange gazeux étant recueilli dans l’éprouvelte G, il ne reste plus qu’à procéder à son analyse suivant les méthodes connues.
M. Pflüger a résumé dans les chiffres suivants l’ensemble d’un très grand nombre d’expériences, et sans distinction de la provenance du sang (Voy. § 147, pour les différences entre le sang artériel et le sang veineux).
Dans 10b centimètres cubes de sang, il y a en moyenne en dissolution dans le sang :
Acide carbonique 34cc,3
Oxygène 22 ,2
Azote I ,8
Soit en tout 58cc,3
Il en résulte que le sang contient en dissolution une proportion de gaz qu’on peut estimer en volume à plus de la moitié du volume du sang L 1 L’oxygène contenu dans le sang vient de l’air atmosphérique; l’acide carbonique et l’azote résultent des oxydations et des métamorphoses de nutrition qui s’accomplissent dans l’économie. L’origine de ces gaz ressort de l’examen des produits gazeux de l’expiration (Voy. §§ 138, 141). L’air qui sort des poumons étant moins riche en oxygène que celui qui y entre, et, d’un autre côté, l’air expiré contenant une proportion beaucoup plus considérable d’acide carbonique que celle qui est contenue dans l’air atmosphérique, et aussi (dans l’état normal) un léger excès d’azote, il en résulte qu’il entre de l’oxygène dans le sang, et qu’il n’y entre ni acide carbonique ni azote. Ces deux derniers gaz sont, par conséquent, engendrés dans le sang par les phénomènes de la nutrition.
L’acide carbonique existe surtout dans le plasma du sang; et il se trouve, en partie du moins, fixé aux éléments salins. On estime toutefois qu’il y a un cinquième du volume total de ce gaz uni aux globules.
L’oxygène a une affinité particulière pour les globules, que le vide peut surmonter. L’oxygène est en quelque sorte condensé dans les globules comme dans l’éponge de platine : avec cette différence, que ce gaz ne reste pas inactif dans les globules comme dans le platine. M. Lehmann avait déjà observé que du sang défibriné, contenant encore ses globules, et battu au contact de l’oxygène, possède un grand pouvoir absorbant pour ce gaz, tandis que le sérum privé de ses globules en absorbe à peine un peu plus que l’eau. D’après les recherches de M. Fernet, le sérum a une tendance 100 fois moindre que les globules à s’emparer de l’oxygène. M. Harley a dosé les proportions de gaz
1 Un litre correspondant à 1000 centimètres cubes, 100 centimètres cubes représentent un décilitre. Il y a donc dans un litre de sang 563cc (c’est-à-dire plus de un demi-litre) de gaz, ou 343c° acide carbonique; 222cc oxygène; 18cc azote. MM. Mathieu et Urbain ont trouvé une proportion moyenne de gaz un peu plus élevée (voy. § 147).
absorbé. Voici son procédé. Il prend une quantité déterminée de sérum du sang agité préalablement dans l’air, et il place ce liquide dans un vase gradué avec une atmosphère d’air dont le volume égale celui du liquide. Ce vase, hermétiquement clos, est abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures Après quoi, le gaz qui surnage le sérum est analysé suivant la méthode de M. Bunsen. Or, l’air atmosphérique, qui contenait au début 20,96 parties d’oxygène, n’en contenait plus que 16,74 après l’expérience. Si, au lieu du sérum, on prend du sang frais préalablement défibriné et agité dans l’air, et qu’on le place en expérience dans les mêmes conditions, on trouve que l'air renfermé dans le flacon et surnageant le sang ne contient plus, au bout de vingt-quatre heures, que 11,33 d’oxygène l.
La fibrine du sang paraît jouir aussi, mais beaucoup plus faiblement, du pouvoir d’absorber et de fixer une partie de l’oxygène. M. Harley s’en est assuré par des expériences directes. Il a constaté que, quand on plaçait en expérience dans un flacon fermé, contenant de l’air, du sang non défibriné, on trouvait qu'au bout de vingt-quatre heures la constitution du mélange gazeux était moins riche en oxygène que quand on plaçait une quantité égale de sang défibriné dans les mêmes conditions.
L’oxygène lié aux globules du sang semble s’y trouver à un état électrique particulier que les chimistes désignent sous le nom d’oxygène allotropique ou en un seul mot sous le nom d 'ozone. Déjà M. Sehonbein et M. His avaient appelé l’attention sur ce point. M. Al. Schmidt s’est livré plus tard à des recherches nombreuses sur ce sujet. L’iodure de potassium, réactif ordinairement employé pour révéler la présence de l’ozone, n’est pas assez sensible, il est vrai, pour mettre en évidence l’ozone des globules du sang; mais lorsqu’on dépose une goutte de sang sur un papier préalablement trempé dans la teinture alcoolique de gayac et encore humide, cette goutte ne tarde pas à s’entourer d’un cercle bleuâtre qui révèle l’action oxydante des globules. Une solution d’indigo dans l’acide sulfurique étendu, neutralisée par la craie, et dans laquelle on verse quelques gouttes de sang, perd peu à peu sa couleur et tourne au vert clair 2. Les réactions dont nous parlons ne se montrent pas avec les autres matières organiques.
Le sérum sans globules n’agit ni sur la teinture de gayac ni sur la dissolution d’indigo. Le sérum coloré par le contenu des globules agit d’autant plus qu’il est plus coloré. L’eau additionnée au sang et qui fait éclater les globules en se colorant en rouge agit également. L’oxygène renfermé dans les globules du sang a donc une action oxydante spéciale, et paraît posséder les propriétés du corps désigné sous le nom d’ozone 3. M. Thiry et M. van Deen ont confirmé plus récemment les résultats obtenus parM. A. Schmidt.
toifférences entre le sang veineux et le sang artériel. — Le sang veineux, qui arrive de toutes les parties du corps au poumon, pour y subir l’influence
1 M. Dybkowski a trouvé que la substance des globules du sang (hémoglobine) se charge, pour arriver à saturation, d’environ icc, 2 d’oxygène par gramme.
2 Les réactifs oxydants jaunissent l’indigo. C’est le mélange du jaune avec le bleu de l’indigo non encore modifié qui donne le vert.
3 Les globules sont principalement constitués par l’hémoglobine. M. Schmidt pense que la propriété ozonisante des globules lui appartient.