CHAPITRE I. DIGESTION
de l’estomac dans les phénomènes de la digestion, M. Reclam a fait une série de digestions artificielles dans des étuves à 37 degrés centigrades. Or, il résulte de ces expériences que la dissolution des matières placées dans le suc gastrique a été plus rapide dans les flacons qui ont été soumis en même temps à une agitation permanente .
Les mouvements de l’estomac de l’homme ont été observés directement sur des individus aLteints de fistules gastriques. Des tiges de baleine, des thermomètres, introduits par la fistule dans l’intérieur de l’estomac, ont été serrés, comprimés et entraînés dans des sens divers. Ces mouvements sont surtout remarquables dans la région pylorique de l’estomac. Nous avons souvent pratiqué des fistules gastriques aux chiens, suivant la méthode de M. Blondlot, et nous avons pu constater la pression douce que les parois de l’estomac exercent sur le doigt introduit par cette voie dans la cavité stomacale.
Il y a dans l’estomac de l’homme des fibres musculaires longitudinales dirigées dans le sens du grand axe de l’estomac ; ces fibres agissent en rapprochant les deux orifices. 11 y a aussi des fibres circulaires, et, sur le grand cul-de-sac, des fibres en anses ou circulaires incomplètes; ces fibres, perpendiculaires au grand axe de l’estomac, agissent en comprimant la masse alimentaire suivant l’axe de cet organe. Les fibres circulaires paraissent agir avec une certaine énergie vers la partie moyenne de l'estomac, et semblent en quelque sorte partager celui-ci en deux parties. On a quelquefois observé les vestiges de cette contraction sur des individus qui avaient succombé à une mort violente, au milieu du travail de la digestion.
Les mouvements de l’estomac n’ont pas lieu d’ensemble, c’est-à-dire sur tous les points en même temps ; mais, comme dans l’intestin, ils s’effectuent de place en place par de véritables mouvements péristaltiques ; la masse alimentaire se trouve de cette manière promenée successivement dans toutes les parties de l’estomac.
M. Schultz a étudié le rhythme de ces mouvements sur les chevaux, les lapins, les chiens et les chats. Chez les herbivores, les aliments sont soumis dans l’estomac à un mouvement de révolution. Chez les carnivores, il n’y a qu’un mouvement «le va-et-vient de gauche à droite et de droite à gauche ; c’est aussi ce qu’a plus récemment observé M. Leven. M. Beaumont a étudié le rhythme des mouvements de l’estomac chez un homme atteint de fistule gastrique : la masse alimentaire était mue à peu près comme chez les herbivores. La partie de cette masse placée vers la grande courbure se porte à droite vers le pylore, tandis que la partie de la masse qui avoisine la petite courbure se porte à gauche vers le cardia. Il y a donc un mouvement péristaltique continu du côté de la grande courbure, et un mouvement antipéristaltique du côté de la petite. Ce mouvement est lent. Il fallait de une à trois minutes pour que les aliments parcourussent une révolution complète h
Les contractions de l’estomac sont sous l’influence des nerfs pneumogastriques. La section de ces nerfs paralyse l’estomac ; et, après la section, l’excitation
i On trouve dans les voies digestives de quelques animaux des pelotes de poils, ou égagropiles , qui mettent aussi en évidence les mouvements de révolution de l'estomac. Ces poils, introduits dans le tube digestif par déglutition chez les animaux qui se lèchent , ont été roulés et pelotonnés par les mouvements de l’estomac, et agglutinés entre eux par les liquides visqueux du tube digestif.
du bout du nerf pneumogastrique qui se rend à l’estomac provoque encore les contractions de cet organe.
Sur des lapins auxquels on vient de couper les nerfs pneumogastriques, l’irritation locale de l’estomac est encore suivie de mouvements vermiculaires lents : doit-on en conclure, avec quelques physiologistes, que les mouvements de l’estomac sont sous l’influence des nerfs grands sympathiques, qui envoient dans l’estomac quelques-uns de leurs filets? Mais de ce que l’estomac se contracte encore sous l’influence d’irritants locaux , lorsque les nerfs pneumogastriques sont coupés, cela ne prouve point que ces nerfs ne sont pas les agents incitateurs du mouvement; car, ainsi que nous le verrons plus tard, les parties contractiles séparées du système nerveux par la section de leurs nerfs conservent encore la possibilité de se contracter sous l’influence d’excitants locaux. Si le grand sympathique était le nerf moteur de l’estomac, l’irritation mécanique, chimique ou galvanique de ce nerf devrait être suivie de la contraction de l’estomac. Or, dans un tableau publié par M. Valentin, nous voyons que l’irritation du nerf grand sympathique, pratiquée sur des chevaux, des moutons, des chats et des lapins, a amené des contractions dans des organes divers, tandis que l’estomac figure partout avec un point d’interrogation.
Vomissement. — L’estomac, nous venons de le voir, éprouve pendant la digestion des mouvements lents et continus. Il ne peut agir et il n’agit en effet que d’une manière accessoire dans les contractions violentes et spasmodiques, en vertu desquelles le contenu de l’estomac est rejeté au dehors dans l’acte du vomissement. Les agents principaux de cet acte sont les muscles abdominaux et le diaphragme.
Dans les phénomènes réguliers de l’inspiration, lorsque le diaphragme s’abaisse du côté de l’abdomen, les muscles des parois abdominales cèdent sous la pression des organes pressés en bas et en avant; ils ne se contractent que dans le temps de l’expiration, et en même temps que le diaphragme reprend sa voussure. Mais lorsque, sous l'influeiïce d’une cause perturbatrice dont le système nerveux est le point de départ, la contraction du diaphragme et celle des muscles abdominaux sont simultanées, les organes contenus dans l’abdomen se trouvent subitement comprimés en deux sens opposés. L’estomac, rempli d’aliments, a dès lors de la tendance à expulser par ses orifices les matières qu’il contient. L’orifice pylorique reste fermé et ne leur permet pas de s’engager de ce côté. L’orifice cardiaque, au contraire, s’ouvre en ce moment, et les matières alimentaires s’échappent par son ouverture.
Le mécanisme de l’ouverture de l’œsophage au moment du vomissement a été mis hors de doute par les expériences de P. -A. Béclard, mon père, et par celles de Legallois. L’ouverture de l’orifice cardiaque est déterminée par la contraction spasmodique des fibres longitudinales de l’œsophage, concordant avec celle des muscles abdominaux et du diaphragme. La contraction des fibres longitudinales de l’œsophage agit en sens opposé des fibres circulaires, diminue la longueur de ce conduit et tend à vaincre en même temps la constriction de l’orifice cardiaque. P. -A. Béclard et Legallois, ayant en effet pratiqué sur des chiens la section de l’œsophage près de l’estomac et excité les spasmes du
vomissement par des moyens appropriés, ont vu qu’à chaque effort de vomissement l’œsophage se raccourcissait et remontait vers le pharynx.
L’action simultanée des muscles abdominaux et du diaphragme est, disonsnous, la cause principale de l’expulsion des matières contenues dans l’estomac. Une expérience bien connue de Magendie le démontre clairement. Cet expérimentateur enlève l’estomac d’un chien et le remplace par une vessie de cochon remplie d’eau, dont l’orifice communique librement avec le bout inférieur de l’œsophage; il referme les parois abdominales par une suture, et détermine les efforts du vomissement en injectant de l’émétique dans les veines. Or, cet estomac artificiel se vide presque complètement sous l’influence du vomissement..
Des expériences nombreuses ont été faites dans le but d’apprécier la part proportionnelle suivant laquelle la contraction du diaphragme, ou celle des muscles abdominaux, concourt au résultat final.
On a paralysé le diaphragme par la section des nerfs phréniques. Les muscles abdominaux agissaient alors seuls dans les efforts du vomissement. Le vomissement fut moins énergique : ce qui se comprend aisément. On sait d’ailleurs que chez les animaux qui manquent de diaphragme, les oiseaux, par exemple, la contraction des muscles abdominaux suffit pour produire le vomissement.
On a cherché aussi à isoler l’action du diaphragme, et, à cet effet, on a coupé les muscles abdominaux (mais on a conservé alors les bandes aponévrotiques de la partie antérieure de l’abdomen, ou bien on a maintenu l’estomac sous les côtes, afin que l’estomac, pressé par le diaphragme, trouvât un point d’appui) ; le vomissement provoqué a eu lieu encore, mais plus faiblement.
Ainsi donc, la contraction des muscles abdominaux en première ligne, et la contraction du diaphragme en seconde ligne, sont les principaux agents mécaniques du vomissement. Lorsqu’on suspend à la fois l’action du diaphragme par la section des nerfs phréniques et l’action des muscles abdominaux par l’ouverture de l’abdomen, le vomissement n’est plus possible L
Il ne résulte pas de là cependant que l’estomac soit inactif dans le vomissement. Indépendamment de ce que l’orifice cardiaque doit être disposé de manière à rendre efficace la pression contractile de’s parois abdominales et du diaphragme, le corps de l’estomac concourt aussi à l’accomplissement de cet acte. Les contractions lentes de l’estomac appliquent les parois de cet organe sur les matières contenues dans son intérieur, de manière que ces matières ne fuient pas d’un point à un autre de sa cavité quand les forces musculaires abdominales agissent. Les contractions de l’estomac ont pour résultat, dans le vomissement, de rendre l’évacuation plus complète.
Dans les mouvements du vomissement, les matières expulsées sont évacuées par la bouche. Le voile du palais, horizontalement tendu et appliqué contre la paroi postérieure du pharynx, comme dans le deuxième temps de la déglutition,
i M. Lüttich a constaté qu’à chaque effort de vomissement les cordes vocales sont convulsivement fermées, ce qui explique pourquoi les animaux dont la trachée est ouverte ne vomissent que très-incomplétement et avec des efforts énormes. M. Broadbent a tout récemment (1875) recherché l’ordre dans lequel se succèdent les actes mécaniques du vomissement. Ainsi qu'il était aisé de le prévoir, le vomissement commence par un effort (Voy. § 240). Il y a d’abord inspiration, c’est-àdire contraction ou abaissement du diaphragme, puis fermeture de la glotte. C’est sur le diaphragme abaissé, qui lui forme un plan solide et résistant,' que les muscles de l’abdomen compriment alors l’estomac.
s’oppose au passage des matières dans les fosses nasale. Toutefois, dans les efforts très -brusques des muscles abdominaux et du diaphragme, cette barrière est parfois forcée, et les matières, violemment expulsées, sortent aussi par les fosses nasales.
Les mouvements du vomissement entraînent souvent la contraction d’un bien plus grand nombre de muscles. L’évacuation des matières contenues dans l’estomac est déterminée, il est vrai, par les muscles abdominaux, le diaphragme, l’estomac, les fibres longitudinales de l’œsophage ; mais l’acte du vomissement se complique la plupart du temps du phénomène de X effort, dans lequel des puissances musculaires nombreuses et aussi les organes de la respiration se trouvent mis en jeu (Voy. § 240).
Le vomissement, qui associe d’une manière simultanée la contraction de tant de muscles, a sa source ou sa cause ailleurs que dans l’estomac. En effet, l’introduction directe de l’émétique dans l’intérieur du système circulatoire détermine le vomissement ; et, lorsque cette substance est introduite dans l’estomac, elle n’agit que lorsque l’absorption l’a fait pénétrer dans le sang, et qu’elle se trouve ainsi en relation avec le système nerveux. La fumée de tabac, le balancement de l’escarpolette, le mouvement du navire ou de la voiture, le passage d'un calcul par les voies biliaires ou urinaires, déterminent également le vomissement. C’est par leur action sur le système nerveux (moelle allongée) que ces diverses causes entraînent les contractions spasmodiques du vomissement.
L’estomac et l’œsophage ne jouant, dans les phénomènes du vomissement, qu’un rôle accessoire, on concevra aisément que la section des nerfs pneumogastriques, qui leur communiquent le mouvement, n’entraîne point la suppression du vomissement. La contraction du diaphragme et des muscles abdominaux suffit, en effet, pour le déterminer. L’ouverture du cardia est, d’ailleurs, facilement franchie par les matières expulsées, cette ouverture étant alors paralysée ainsi que l’œsophage.
Régurgitation . — La régurgitation, par laquelle sont ramenées au dehors les matières liquides ou solides de l’estomac, a beaucoup d’analogie avec la rumination chez les animaux : c’est un vomissement presque sans efforts. Quand l’estomac est surchargé d’aliments et surtout de boissons, ce phénomène est fréquent. La volonté, chez certaines personnes, a beaucoup d’influence sur la régurgitation : il leur suffit de faire une forte inspiration, de retenir l’air dans la poitrine et de contracter les muscles abdominaux, pour faire revenir dans la bouche une partie du contenu de l’estomac. M. Gosse, et plus récemment M Brown-Séquard, ont utilisé ce moyen pour faire des recherches sur les phénomènes chimiques de la digestion. C’est encore par régurgitation, plutôt que par vomissement proprement dit, que les matières ingérées sont rejetées par la bouche, lorsque le tube intestinal ne peut leur donner passage par en bas (volvulus, hernie étranglée, etè.).
Éructation. — Lorsque des gaz se sont développés dans l’estomac, ils y excitent une sensation pénible. La contraction de l’estomac suffit quelquefois pour les expulser; mais, en général, cette contraction doit être aidée par celle des