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CHAPITRE I. DIGESTION

salivaires agit d’ailleurs aussi d’une manière différente dans les phénomènes chimiques de la digestion (Voy. §§ 38 et 39).

Accumulation des aliments dans l’estomac. — Les diverses parties du tube digestif, traversées jusqu’ici par l’aliment, n’étaient en quelque sorte que les lieux de passage. L’aliment doit, au contraire, faire un assez long séjour dans l’estomac, pour y subir l’action des sucs digestifs L Le pylore ne donne point passage aux aliments à mesure qu’ils arrivent par le cardia. Les aliments s’accumulent dans l’estomac comme dans un réservoir dont l’orifice de sortie serait fermé. Lorsque le repas est terminé, l’orifice cardiaque lui-même se ferme sur la masse alimentaire comme l’orifice pylorique. S’il en eût été autrement, la pression du diaphragme et des muscles abdominaux, dans les exercices un peu violents et dans les efforts de toux, de rire, de défécation, etc., eût fait refluer la masse alimentaire du côté de l’œsophage 2.

Lorsque la digestion est laborieuse et que l’aliment, incomplètement attaqué par les sucs digestifs, donne naissance, par sa décomposition, à un dégagement de gaz, l’orifice cardiaque s’ouvre souvent pour leur donner issue au dehors. Parfois il arrive que, malgré la compression énergique des muscles de l’abdomen, l’estomac, comprimé, ne peut pas vaincre la résistance que l’orifice cardiaque oppose à la sortie des gaz, et il en résulte des douleurs d’estomac assez vives. L’orifice cardiaque s’ouvre aussi dans les mouvements du vomissement.

L’estomac se dilate pour recevoir les aliments, car il est notablement revenu sur lui-même pendant l’état de vacuité. On peut constater, le fait sur l’animal vivant. Sous l’influence de l’insufflation ou de l’introduction d’un liquide dans l’intérieur de l’estomac vivant, il acquiert des dimensions très-supérieures à celles qu’il possédait dans son état de vacuité. L’estomac, en se dilatant, glisse entre les feuillets du grand épiploon et de l’épiploon gastro-hépatique. Il change aussi de forme et de direction ; sa face antérieure tend à devenir supérieure et s’applique contre le diaphragme, et sa grande courbure se relève en avant contre les parois abdominales.

M. W. Braune a récemment recherché sur des cadavres ouverts après congélation quelle était la position exacte du pylore. Lorsque l’estomac est vide d’aliments, le pylore correspond à la ligne moyenne, au niveau de la onzième ver-

1 L’eau, qui n’a pas besoin d'être digérée pour être absorbée, traverse l’estomac sans s’y arrêter, quand elle est prise à jeun. Au bout d’une demi-minute elle se présente à l’ouverture d’une fistule située au haut de l’intestin grêle d'un homme à jeun , et au bout de six minutes, on la trouve dans le cæcum d’un cheval à jeun.

2 L’expérience déjà connue de Haller, répétée depuis par Tiedmann et Gmelin, et que nous avons nous-même répétée plus d’une fois, consiste à retirer vivement l’estomac de l’abdomen d'un animal qui a mangé, chien ou cheval. On peut le presser entre les mains sans que rien s’échappe par l’orifice pylorique, pas plus que par l’orifice œsophagien.

Cette occlusion de l’orifice pylorique ne doit pas être envisagée comme une occlusion absolue. Elle est suffisante pour empêcher, pendant toute la durée de la digestion stomacale, le passage dans le duodénum des substances alimentaires qui n’ont pas été suffisamment ramollies ou diluées par la digestion Mais dès la fin de la première demi-heure qui succède à l’arrivée des aliments dans l’estomac, l’orifice pylorique commence à céder devant les parcelles alimentaires suffisamment divisées, qui, pressées par les contractions de l’estomac, se présentent au passage. Cette sortie successive de l’aliment digéré, ou tout au moins atténué par la digestion stomacale, dure pendant tout le temps que dure la digestion stomacale, c’est-à-dire pendant plusieurs heures (Voy. § 46).

tèbre dorsale. Lorsque l'estomac est plein, le pylore se dévie à droite, tout en restant à la même hauteur : la déviation est proportionnée à la plénitude de l’estomac. Sa déviation vers la droite peut atteindre 7 centimètres. La partie supérieure et la partie moyenne du duodénum partagent la mobilité du pylore ; la partie inférieure du duodénum est fixe.

L’estomac rempli d’aliments, occupant dans l’abdomen un volume plus considérable que l’estomac vide, distend la cavité abdominale proportionnellement à la quantité des aliments ingérés. La cavité abdominale distendue réagit en comprimant les organes contenus dans son intérieur et même ceux qui sont placés au-dessus du diaphragme ; de là le sentiment de gêne de la respiration qu’on éprouve après un repas copieux, et aussi le besoin d’uriner ou d’aller à la garde-robe, qui surviennent après ou même pendant le repas, lorsque la vessie ou l’intestin sont remplis de leurs produits d’excrétion.

Mouvements «le l’estomac. — Pendant que les aliments sont contenus dans l’estomac, celui-ci ne reste pas inactif, et il agit par ses mouvements , pour faciliter le travail de la digestion stomacale, en présentant les diverses parties de la masse alimentaire à l’action du suc gastrique. Lorsqu’on a paralysé l’estomac des animaux par la section des nerfs pneumogastriques, la masse alimentaire n’est plus mélangée avec le suc gastrique par les mouvements de l’estomac. La partie de cette masse qui est en contact avec la muqueuse gastrique est encore attaquée, mais ses parties centrales ne le sont que très-incomplètement.

11 est des animaux qui ont la tunique musculaire de l’estomac très-épaisse; cet estomac triture les aliments et remplit l’office de la mastication, qui fait à peu près défaut chez eux : tels sont les oiseaux, dont le bec ne fait que saisir la graine, tandis que le gésier la broie lorsqu’elle est ramollie par le suc gastrique. Les mouvements de l’estomac de l’homme sont bien moins énergiques, et ils ne sont pas capables de briser les substances que la mastication n’a pas entamées.

On peut constater directement les mouvements de l'estomac. Si l’on met à découvert cet organe sur l’animal vivant, sur le chien ou sur le chat, par exemple, on observe des mouvements vermiculaires qui durent quelquefois pendant huit ou dix minutes. Lorsque ces mouvements ne se montrent pas spontanément, on peut les exciter à l’aide du galvanisme ou des excitants chimiques et mécaniques.

Il est beaucoup plus facile de constater les mouvements de l’estomac lorsqu’il est rempli par les aliments que lorsqu’il est vide l.

Les mouvements de l’estomac ont été mis en évidence, d’une manière indirecte, par un procédé assez ingénieux. M. Reclam fait jeûner des chiens; puis, quand ils sont affamés, il leur fait avaler du lait. Le lait se coagule dans l’estomac. 11 ouvre alors le chien, retire la masse coagulée, et il constate les sillons imprimés à la surface de cette masse par les contractions de l’estomac. Pour compléter sa démonstration et pour montrer le rôle que jouent les mouvements

i En mettant un animal (un chien) sous l'influence du curare et en entretenant sa vie à l aide de la respiration artificielle, M. Leven a récemment montré que l’estomac rempli d’aliments se contracte d’une manière à peu près continue.

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