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CHAPITRE IV. RESPIRATION

revient de la rate par la veine splénique il y a 1 leucocyte pour 300, pour 200, ou même pour 1,000 hématies, tandis que dans le sang général (sang pris sur les vaisseaux des membres) il y a seulement 1 leucocyte par 1,000 hématies (chiffre de M. Hayem). Mais ce rapport peut indifféremment signifier ou que le nombre des globules blancs a augmenté dans la rate, ou que le nombre des globules rouges a diminué. Or, d’autres faits démontrent que cette dernière interprétation est la véritable (Voy. § 192).

Les globules blancs ou leucocytes présentent une particularité remarquable, ce sont leurs changements de forme. Ces changements peuvent être observés sur le sang des vertébrés aussi bien que sur celui des invertébrés, par conséquent sur le sang des mammifères et sur le sang de l’homme. Ils consistent dans la production temporaire d’expansions ou de sortes de tentacules qui sortent du leucocyte et qui y rentrent. Ces prolongements se fixent souvent sur le porte-objet du microscope, et, tandis que les autres éléments figurés du sang sont entraînés dans un sens, le globule blanc déformé reste pendant assez longtemps dans le champ d’observation.

Ces expansions changeantes et qui modifient profondément la forme du leucocyte se produisent lentement, d’une manière continue; quand le sang est préservé contre l’évaporation, on peut les observer pendant des heures. En l’espace d’une demi-heure on peut assister au moins à une douzaine de transformations.

Les leucocytes ressemblent sous ce rapport à ces infusoires aux formes changeantes qu’on désigne sous le nom d 'amibes; de là le nom de mouvements amiboïdes donné aux métamorphoses dont il est question. Est-il vrai que les phénomènes dont nous parlons ne s’accomplissent que sous le microscope? qu ils dénotent un commencement d’altération du sang, et que dans les vaisseaux, c’est-à-dire dans le sang qui circule, ils n’auraient pas lieu? Il est vrai que dans le sang en circulation, les globules blancs (ainsi d’ailleurs que les globules rouges) passent ordinairement trop vite sous les yeux de l’observateur, pour qu’on puisse suivre ces métamorphoses aussi facilement que sous le microscope. Mais si nous remarquons que dans le courant sanguin (observé au microscope sur de petits vaisseaux transparenLs), les leucocytes sont généralement groupés vers la paroi du vaisseau; que parfois ils s'y arrêtent , y oscillent , avant d’être entraînés dans le courant, que parfois ils s’y fixent plus ou moins longtemps; on ne peut expliquer ces particularités que par la production des prolongements amiboïdes.

Si les globules blancs ou leucocytes ne se transforment pas en hématies, ce qui est aujourd’hui bien près d’être démontré, on peut se demander ce qu’ils deviennent. S’ils sont, comme tout le prouve, incessamment versés dans le sang par le système lymphatique, il faut qu’ils disparaissent aussi d'une manière continue, et dans une proportion équivalente, sans quoi ils ne tarderaient pas à s’accumuler dans le sang l.

Où et comment les leucocytes disparaissent- ils du sang? Il semble démontré aujourd’hui qu’ils peuvent traverser les parois des vaisseaux capillaires et sortir, par conséquent, du centre fermé de la circulation. Mais tous les globules blancs sortent-ils du réservoir sanguin? D’autre part, cette migration en dehors des vaisseaux, ou partielle ou totale, a-t-elle lieu d’une manière continue, ou bien

i L’accumulation des leucocytes dans le sang peut se produire anormalement, et donner lieu à la leucocythémie.

ne se produit-elle que dans certaines conditions qui ne sont pas l’état normal pour devenir ensuite, le point de départ d’une prolifération extra-vasculaire, également anormale, dont les globules du pus sont le résultat? Toutes ces questions sont encore à l’étude. Voyons ce qui semble démontré.

M. Conheim, qui le premier a étudié cette question par la voie expérimentale, met à découvert le mésentère de la grenouille, et le dispose pour l’observation microscopique, en ayant soin de se mettre en garde contre le dessèchement de la membrane. Au bout de quelques heures le sang circule moins vite dans les vaisseaux capillaires, ceux-ci commencent à se dilater et les globules blancs s’accumulent et s’arrêtent contre les parois vasculaires, formant, par leur ensemble, comme une sorte de manchon, dans lequel circulent les globules rouges qui occupent le centre du vaisseau. Bientôt, en examinant attentivement la paroi vasculaire, on peut constater que le globule blanc, par une sorte de prolongement amiboïde, s’est fixé sur la paroi. Ce prolongement apparaît bientôt au dehors, dans le tissu péri-vasculaire, et il arrive un moment où ce qui est dehors est égal pour la masse à ce qui est dedans, en sorte que le leucocyte est composé d’une partie appliquée contre la paroi interne du vaisseau et d’une partie appliquée contrôla paroi extérieure séparée par un étranglement qui correspond à l'épaisseur de la paroi vasculaire : il ressemble à une sorte de bissac. Bientôt la partie extérieure l’emporte sur la partie intérieure ; plus tard encore le globule blanc appliqué contre la paroi extérieure du vaisseau ne tient plus à celui-ci que par un prolongement qui ne tardera pas à se détacher, et le leucocyte deviendra libre.

M. Conheim a complété ses premières recherches 1 en injectant dans les sacs lymphatiques de la grenouille du bleu d’aniline qui colore les leucocytes en bleu avant leur entrée dans le système sanguin à sang rouge, et qu’on retrouve ensuite avec leur coloration caractéristique à la fois à l 'intérieur et à l'extérieur et le long des vaisseaux capillaires sanguins après qu’ils ont effectué leur passage. Enfin M. Conheim a réussi à reproduire ces expériences sur le mésentère de jeunes chats et de jeunes lapins qu’on maintient dans l’immobilité en les éthérisant pendant cinq ou six heures de suite.

Les recherches de M. Conheim ont été d’abord accueillies avec beaucoup d’incrédulité; mais peu à peu les oppositions ont cédé devant une observation patiente et attentive. Parmi les travaux les plus récents sur ce sujet nous signalerons ceux de M. A. Purves, exécutés dans le laboratoire de physiologie d’Utrecht, et ceux de M. Schmuziger entrepris sous la direction de M. Frey. 11 résulte de ces recherches (faites sur la grenouille) qu’il n’existe aucun intervalle appréciable entre les cellules endothéliales des vaisseaux capillaires ; que par conséquent les globules blancs qui s’échappent hors des vaisseaux les lraversent non par des ouvertures préexistantes, mais par une action qui leur est propre; ils se font en quelque sorte leur route au niveau des points de jonction des cellules de l’endothélium vasculaire. M. Schmuziger a compté le temps qu’il faut à un leucocyte pour traverser la paroi d’un vaisseau capillaire du mésentère, depuis le moment où il s’arrête contre cette paroi j usqu’au moment où il est sorti. Tantôt il ne lui a fallu que quinze minutes, tantôt il lui a fallu plus d’une heure.

i Dans ses premières recherches M. Conheim avait aussi parlé du passage des globules rouges au travers des parois des vaisseaux, mais il n’est plus revenu sur ce point, que personne n’a pu vérifier et qu’il paraît avoir abandonné.

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