‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 225 sur 429 · CHAPITRE IV. RESPIRATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. RESPIRATION

tion des hématies, supposition déjà faite par M. AVeber et M. Kôlliker pour le foie des embryons. Nous avons cherché à vérifier ces faits sur les mammifères, dont les globules du sang sont analogues à ceux de l’homme, mais ces animaux ne supportent pas assez longtemps l’excision du foie. Les grenouilles elles-mêmes succombent rapidement : très-peu peuvent être conservées vivantes quelques jours.

On a des données plus précises sur la durée des hématies. Les globules rouges du sang des oiseaux, des reptiles et des poissons, n’ayant pas la même forme (ils sont elliptiques) que celle des globules rouges du sang des mammifères, qui sont des disques circulaires, on a cherché à utiliser cette différence de forme. Lorsqu’on introduit de petites proportions de sang de bœuf ou de sang de chien défibriné dans les vaissseaux du poulet par exemple, et qu’on examine ensuite chaque jour au microscope une petite quantité de sang prise dans la crête de l’animal, on constate que les globules rouges du sang, qui a été introduit, disparaissent peu à peu. Il est rare qu’on en trouve encore au bout de trois semaines. Au bout d’un mois on n’en rencontre plus L

Mais il faut bien dire que ces expériences, si intéressantes qu’elles soient, ne sont pas absolument démonstratives. Les globules du sang de mammifère qui circulent dans les vaisseaux d’un oiseau, ne sont plus véritablement des globules ; leur évolution ne saurait être regardée comme normale, et on pourrait les considérer comme de véritables corps étrangers destinés à disparaître 2. Il n’est pas sans intérêt toutefois de rapprocher de ces expériences, faites autrefois par M. Hollander, et faciles à reproduire, les inductions numériques que nous trouvons dans la première thèse soutenue, il y a quelques années, à la nouvelle faculté de médecine de Nancy par M. Engel (fils), et qui porte pour titre : Des métaux dans le corps humain. Connaissant approximativement la quantité de bile sécrétée dans les vingt-quatre heures, ainsi que la quantité de fer contenue dans la bile, on peut déterminer la quantité de fer éliminée par la bile dans le même temps (en 24 heures) : cette quantité serait d’environ 35 milligrammes. D’autre part, la quantité de fer contenue dans les globules rouges (ou plus précisément dans l’hémoglobine) est, pour toute la masse du sang, d’environ 1 gramme. Donc la quantité totale du fer contenue dans le sang

-[gr

serait éliminée par le foie en un laps de temps représenté par = 30jours

en chiffres ronds. La durée des hématies paraît donc assez courte, et ne doit guère dépasser ces limites.

Les globules rouges qui ont rempli leur rôle disparaissent-ils dans le plasma du sang, partout indifféremment où se trouvent accidentellement leurs formes vieillies ? N’y a-t-il pas des organes ondes points spéciaux où ils se détruisent; c’est ce que nous examinerons plus loin.

— On attribuait autrefois à l’élément spontanément coagulable du sang, c’està-dire la fibrine un rôle très important. Onia regardait comme la substance nutritive par excellence, comme une sorte de matière plastique ou d’albumine

1 Parmi les globules injectés, tous évidemment n’ont pas le même âge. Les plus anciens disparaîtraient les premiers, les plus jeunes les derniers, et ce serait cette limite extrême, c’està-dire un mois, qu’on pourrait considérer comme la durée moyenne des hématies des mammifères.

2 Si on peut injecter du sang de mammifères dans les vaisseaux d’un oiseau, sans trop de dommage, on ne peut introduire du sang d’oiseau dans les vaisseaux des mammifères sans danger pour l’animal ; les globules rouges du sang des oiseaux étant plus volumineux que ceux du sang des mammifères.

perfectionnée, et on voyait dans sa coagulation comme une sorte d’organisation fibrillaire. La fibrine a-t-elle réellement cette importance? La question est au moins douteuse. Sa quantité dans le sang, toujours très faible (de 2 à 4 pour 1,000), n’est pas du tout en rapport avec la vigueur du sujet; on la voit augmenter après le jeûne, après le travail forcé, etc. Elle se reproduit très vite dans l’économie. M. Muron, préparateur du cours de physiologie de la Faculté, a répété et confirmé dans notre laboratoire les recherches déjà anciennes de Magendie. On pratique à un chien une saignée aussi abondante qu’il peut la supporter sans périr. Puis on enlève au sang sa fibrine par le battage, et on le réinjecte dans le vaisseau de l’animal. Le lendemain, le surlendemain et les jours suivants on pratique sur le même animal la même opération à laquelle il survit un temps variable; souvent une semaine. Ce qui est intéressant, c’est que le battage donne chaque jour une quantité de fibrine qui est la même (rapportée à 1,00!) grammes). Seulement, la fibrine du sang devient de moins en moins élastique; elle ressemble à du papier mâché, et, lorsqu’on la dessèche à l’étuve, elle se comporte comme la fibrine extraite du sang de la veine splénique ou de la veine porte. (Voy. plus haut.)

La fibrine se forme donc dans l’organisme ; elle vient du dedans et non du dehors, et on peut la regarder comme l’une des premières phases du déchet organique, peut-être comme le premier degré des métamorphoses des matière albuminoïdes, dont l’urée est le dernier terme L

Dans les phlegmasies on trouve le chiffre de la fibrine augmenté, de même que toutes les fois qu’il y a exagération de travail ou d’oxydation organiques. Cette augmentation de la proportion de la fibrine du sang ne peut pas être considérée comme cause des inflammations, mais bien comme un de leurs résultats.

— Les leucocytes ou globules blancs se multiplient chez les animaux ovipares (les batraciens en particulier), par gemmiparité. Il est extrêmement vraisemblable que c’est aussi de cette manière qu’ils se multiplient chez les vivipares et chezl’bomme en particulier. Quant à la leucocythémie (on désigne ainsi l’accumulation des globules blancs dans le sang),telle serait la conséquence d'une hypergenèse dont les causes nous échappent encore.

Il est vraisemblable néanmoins que cette production exagérée des leucocytes ne se produit pas dans le sang lui-même, mais dans le système qui verse constamment et d’une manière continue les leucocytes dans le sang, nous voulons dire le système des vaisseaux lymphatiques.

C'est en effet dans les ganglions lymphatiques, c’est-à-dire dans les lacunes de leur tissu aréolaire baignées par le courant de la lymphe, que les leucocytes ou globules de la lymphe (ce qui est tout un) se développent par prolifération des cellules embryonnaires qu’on trouve là comme partout où il y a du tissu conjonctif, c’est-à-dire presque partout ( cellules du tissu conjonctif de Ranvier et Cornil, cellules plasmatiques de Virchow, cellules fibro -plastiques de Robin).

Quelques auteurs font jouer à la rate le rôle des ganglions lymphatiques ; ils la considèrent comme un gros ganglion lymphatique, c’est-à-dire comme un lieu de formation des globules blancs. Rien n’est moins prouvé. La méthode numérique, qui permet aujourd’hui d’évaluer la proportion relative des globules rouges et des globules blancs, prouve, il est vrai, que dans le sang qui

1 Lorsqu’on fait énergiquement contracter un muscle à l’aide de la galvanisation prolongée, le sang veineux qui on revient est plus riche on fibrine que le sang artériel qu’il reçoit.

Page 1