‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 24 sur 429 · CHAPITRE I. DIGESTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. DIGESTION

que l’ouverture valvulaire se ferme. C’est en vertu de cette disposition que, sur le cadavre, où la contractilité du plan charnu de la valvule est anéantie, on peut néanmoins remplir d’eau le cæcum, sans que le liquide pénètre dans l’intestin grêle. On peut même, après l’avoir détaché du corps, l’insuffler et le dessécher ainsi : les deux valves s’appliquent l’une contre l'autre, sous la pression de l’air insufflé, ferment le cæcum en ce point, et s’opposent à la sortie de l’air.

Après avoir franchi les côlons ascendant, transverse et descendant, les matières arrivent à l’S iliaque du côlon, dont la forme singulière paraît être en rapport avec le ralentissement des matières fécales.

Les matières parvenant sans cesse à l’extrémité du tube digestif et n’étan expulsées qu’à des intervalles plus ou moins éloignés, il s’ensuit qu’elles s’accumulent et séjournent un temps plus ou moins prolongé dans les parties inférieures de l’intestin. C’est dans la portion du rectum sus-jacente au releveur de l’anus que cette accumulation a lieu. Tl y a, en général, en ce point, une dilatation du rectum. Cette dilatation peut être poussée au point de déterminer des accidents de compression sur les organes contenus dans le bassin. Les matières accumulées dans la partie supérieure du rectum se massent de proche en proche jusqu’à l’S iliaque du côlon. Chaque fois que l’on va à la selle, il n’y a guère (à moins qu’il n’y ait diarrhée) que les matières sous-jacentes à l'S iliaque qui soient expulsées. Aussi a-t-on dit avec assez de vraisemblance que l’S iliaque est le régulateur de la défécation.

Lorsqu’on ouvre un animal vivant, on aperçoit manifestement les mouvements du gros intestin. On peut, d’ailleurs, les provoquer, comme ceux de l’intestin grêle, au moyen de l’excitation directe. Ces mouvements sont moins énergiques que ceux de l’intestin grêle, mais ils ont les mêmes caractères : ils sont lents et se manifestent par places ; c’est sur le côlon ascendant qu’ils sont le plus marqués.

Les mouvements du gros intestin sont soumis à l’influence du nerf grand sympathique. Les premières portions sont animées par le plexus solaire, les dernières portions reçoivent leurs nerfs du plexus mésentérique inférieur. La partie inférieure du rectum est soumise à l’influence d’un plexus nerveux mixte, le plexus hypogastrique, lequel renferme à la fois des filets du grand sympathique et des filets cérébraux-spinaux. Dans l’état normal, les impressions ne sont pas perçues par le gros intestin, et ses mouvements sont involontaires dans toutes les parties qui ne reçoivent que les filets du grand sympathique. La partie inférieure du rectum, au contraire, jouit d’une certaine sensibilité en rapport avec le besoin de la défécation. La contraction du sphincter est soumise à la volonté.

Défécation. — La défécation est l’acte par lequel le résidu de la digestion est expulsé au dehors. Cet acte se reproduit à des intervalles variables, souvent réguliers ; ordinairement une fois par jour, quelquefois toutes les douze heures, ou seulement tous les deux, trois, quatre ou cinq jours.

L’acte de la défécation est précédé d’une sensation particulière, dite sensation du besoin d’aller à la garde-robe, caractérisée par un sentiment de pesanteur dans la région anale. Cette sensation a son point de départ dans la sensibilité obscure de la membrane muqueuse qui tapisse la partie inférieure du rectum. 11 n’est pas rare, en effet, que des excitations portées sur l’extrémité

inférieure du rectum déterminent ce besoin, quoiqu’on réalité il n’y ait point de matières fécales dans l’intestin. Il suffit d’introduire le doigt dans l’anus ou d’y faire pénétrer des corps étrangers, pour exciter ce besoin. Dans la dyssenterie, dans le ilux diarrhéique du choléra, il suffit du contact de quelques parcelles solides ou môme d’une petite quantité de liquide, pour que la sensibilité exagérée du rectum détermine des efforts de défécation.

La rétention des matières fécales, dans l’intervalle des garde-robes, est déterminée par deux muscles placés à l’extrémité inférieure du tube intestinal. Ce sont les sphincters interne et externe.

On désigne sous le nom de sphincter interne la portion des fibres circulaires de la tunique musculaire intestinale renforcée au-dessus du sphincter externe. Le spincter interne n’appartient pas, par sa constitution, à la classe des muscles volontaire (c’est un muscle à fibres lisses) ; mais il joue néanmoins un rôle dans la rétention des matières fécales : la partie renflée du rectum, dans lequel celles-ci s’accumulent, étant sus-jacente à ce muscle. Le sphincter externe est un anneau musculaire très-épais qui entoure l’anus et qui monte le long du rectum, dans une étendue de 2 centimètres environ. Ce muscle, qui peut se contracter sous l’influence de la volonté, n’est jamais dans un état de relâchement complet. 11 est, môme pendant le sommeil, dans un état de tension permanente et modérée, que partagent d’ailleurs tous les muscles. Cette tension, à laquelle on a quelquefois donné le nom de force tonique , résulte de la liaison des muscles avec le système nerveux. Elle se manifeste, dans les muscles orbiculaires livrés à eux-mêmes, par l’occlusion des orifices qu’ils circonscrivent. Si cet état de tension permanente est moins évident dans les muscles qui ont des points d’insertion fixe aux os, il est facile de le mettre en évidence en coupant les fibres musculaires en travers : celles-ci se rétractent alors à l’instant de chaque côté de la section, et mettent cette propriété hors de doute. La paralysie des sphincters, qui anéantit la force dont nous parlons, amène l’incontinence des matières fécales : c’est ce qui arrive souvent dans les maladies delà moelle.

Les puissances musculaires qui déterminent la défécation ont donc d’abord à vaincre la résistance des sphinc ters. Cette résistance, au reste, n’est pas grande, et de faibles efforts peuvent la surmonter. Mais la consistance des matières, et le volume considérable qu’acquiert parfois la masse fécale dans l’ampoule rectale, nécessitent la plupart du temps des contractions musculaires plus énergiques.

Les muscles abdominaux et le diaphragme agissent, dans la défécation, de la même manière que dans l’acte du vomissement. Ces muscles compriment de proche en proche les organes abdominaux et tendent à expulser au dehors, par les ouvertures naturelles, les matières qu’ils contiennent. Lorsque l’estomac est rempli d’aliments, la contraction de l’orifice cardiaque lutte en ce moment contre la sortie des aliments par la bouche. La vessie, pressée aussi dans les efforts de la défécation, trouve généralementdans son sphincter une barrière suffisante : parfois cependant cette barrière est franchie, et l’urine est expulsée en même temps. Les vésicules séminales comprimées laissent souvent aussi s’écouler au dehors, par l’urèthre, le liquide qui les remplit.

11 y a toutefois, dans le rôle que jouent les muscles abdominaux et le diaphragme dans la défécation, une certaine différence avec celui qu’ils remplissent dans le vomissement Dans la défécation, leur contraction est lente, volon-

Page 1